Le Balai citoyen a convoqué une manifestation pour montrer son mécontentement face à l’arrestation de son militant Ollo Kambou. Pendant que ses membres étaient réunis devant la Brigade centrale de lutte contre la cybercriminalité pour exiger la libération de leur camarade, ils ont été interrompus par des individus se réclamant du mouvement Sauvons le Burkina. Une altercation s’en est suivie entre les deux OSC. Pour certains citoyens, le comportement des deux mouvements n’est pas responsable. Ils estiment qu’il n’appartient pas à une Organisation de la société civile (OSC) de défendre le pouvoir d’autant plus que ce dernier a les moyens légaux de le faire.
Pour certains Burkinabè, ces affrontements n’avaient pas lieu d’être. Bien qu’ils ne cautionnent pas les propos d’Ollo Kambou du Balai citoyen, ils trouvent que les individus ainsi que le mouvement Sauvons le Burkina y sont allés fort en voulant empêcher cette manifestation et ce n’est pas dans leurs prérogatives de mener de telles actions.
« A ce que je sache, ces deux mouvements œuvrent pour la bonne marche de notre nation. Si c’est le cas pour ces mouvements, c’est louable. Mais ce qui est déplorable, c’est le fait d’en venir aux mains », argue David Somet.
Pour lui, le mouvement Sauvons le Burkina a peut-être la soif de bien faire les choses et de rétablir l’ordre au Burkina à partir du moment où il soutient le MPSR, donc « c’est normal qu’ils viennent (NDLR : ses membres) s’opposer à un autre mouvement, qui aussi pense qu’il est lésé, vu que c’est un des leurs qui a été arrêté. Je me dis que chacun lutte pour les intérêts de son groupe. Le Balai citoyen est également dans son droit de réclamer la libération de son élément ».
Toutefois, David Somet pense que les deux mouvements ne devraient pas en venir aux mains parce qu’ils ont été formés dans le sens de dénoncer les mauvaises pratiques et de promouvoir la bonne gouvernance. De ce fait, « ils ne sont donc pas bien placés pour venir faire la bagarre dans la rue ».
De l’avis de René Lagma, c’est à l’Etat de prendre ses responsabilités. « Force doit rester à la loi. Dans la mesure où le pays est gouverné, il y a une autorité compétente qui pouvait se saisir de l’affaire. Tous les deux mouvements ont manifesté illégalement parce qu’ils n’avaient pas d’autorisation. »
Il faut donc, selon lui, que les autorités compétentes remettent chacun à sa place au nom de la cohésion sociale.
David Somet estime qu’il y a des situations plus inquiétantes dans le pays pour qu’on ait encore le temps de s’occuper des altercations entre deux mouvements. « Pendant ce temps, ailleurs dans le pays l’insécurité va grandissante et les gens meurent de faim. C’était mieux de s’asseoir discuter que de s’affronter publiquement, ce n’est pas beau à voir. »
« Ce comportement est une manière de ternir l’image du MPSR parce que les objectifs dudit Mouvement, ce n’est pas de pousser des gens à s’affronter dans des lieux publics. Des discours du président Damiba il n’est ressorti nulle part que les gens doivent s’affronter dans la rue ou que des OSC doivent faire la bagarre à la place du régime. Le MPSR devrait s’autosaisir de cette situation parce que ce n’est pas à une OSC de s’opposer à une autre organisation pour défendre ses intérêts », conclut David Somet.
M.Z, dans sa volonté de vendre son terrain pour financer son projet, a été mis en contact avec A.B. Ce dernier lui promet de payer mais ne possède pas de liquidité. Il explique avoir un projet de financement avec une structure financière de la place et qu'il faut des documents pour que la somme soit débloquée. A.B lui présente donc des documents. Il les a signés sans avoir bien lu et il a remis les documents de sa parcelle pour débloquer ladite somme. Il s'est rendu compte par la suite que le document dit que le terrain est vendu alors qu'il n'a pas perçu un kopeck. La victime M.Z et l'accusé A.B étaient au tribunal de grande instance Ouaga I le 5 septembre 2022 pour s'expliquer sur les faits.
Accusé pour escroquerie et abus de confiance, A.B était à la barre pour en répondre. Pour l'accusé A.B, les documents ont été délibérément signés par M.Z. « J'ai 52 ans et je n'ai jamais escroqué qui que ce soit. M.Z savait très bien dans quoi il s'engageait », dit-il. Dans sa volonté de payer le terrain, A.B fait comprendre qu'il n'a pas de liquidité, qu'il a un projet de financement avec Fidelis, une structure financière de la place, et que pour que l'argent soit débloqué, il faut un document.
Pour le procureur, tous les faits montrent que A.B a usé de manœuvres frauduleuses pour convaincre M.Z de remettre les documents de son terrain. « Les manœuvres c'est quoi ? Monsieur Boni a fait usage d'un dossier monté à Fidelis, ce qui est réel, mais il a utilisé ce dossier à des fins frauduleuses dans l'intention de tromper monsieur Zongo en lui présentant ces documents et à la suite de la présentation du document de financement, il a voulu vérifier les faits », a-t-il déclaré. Le procureur estime que B.A est un danger pour la société et que rares sont les structures financières à qui il n'a pas escroqué de l'argent. Il confie que M.B est une personne qui a l'art de manipuler les faits.
Toujours selon le procureur, il est bien vrai que M.Z a signé des documents stipulant que le terrain a été vendu, mais c'est une erreur qu'il a commise là parce qu'il n'a pas pris le soin de lire tous les papiers avant signature. « Il a reconnu que c'est une erreur, mais il faut tenir compte de nos réalités ; il nous arrive souvent de signer des documents sans prendre le temps de les dire, même pour les lettrés. Même moi qui vous parle, j'avoue qu'il m'est arrivé signer des documents en banque, on me tend le document et on dit ‘’signe ici’’ et je le fais sans prendre soin de le lire. Ce n'est pas bon mais, ça arrive ».
Compte tenu de ces paramètres, le procureur invite le tribunal à comprendre l'attitude de M. Zongo quand il dit qu'il a signé les documents sans les avoir lus au préalable. « Surtout si les faits se sont déroulés comme il l'a dit. On lui présente un premier document où il est mentionné hypothèque ; il en prend connaissance et après on lui tend un second document et lui demande s'il a lu et il dit oui. Il n'a plus besoin de relire. Il faut prendre en compte ces éléments pour apprécier le fait qu'il ait signé ces documents sans avoir pris connaissance de ce qui y était écrit », indique le procureur.
M.B a usé de manœuvres frauduleuses pour convaincre M. Zongo de lui remettre le document de son terrain et ce sont ces faits qui sont qualifiés d'escroquerie. Le procureur a donc requis contre le premier cité une peine d'emprisonnement de 24 mois, dont 12 ferme, ainsi qu’une amende d'un million de francs ferme. Le dossier a été mis en délibéré pour le 13 septembre 2022.
Le monde ne vit plus sans médias. Ces médias sont une arme de communication de masse. Mais ils (médias) sont parfois confrontés à d’énormes défis, notamment la restriction de la liberté d’expression, les violences, les discours de haine et bien d’autres. Aujourd’hui, ces défis sont de plus en plus récurrents dans un contexte de guerre, d’insécurité à travers le monde dont le Burkina Faso. Ainsi, le Haut-commissariat des Nations unies aux droits de l’homme a échangé avec les journalistes ce 6 septembre 2022 à Ouagadougou sur les questions autour des droits humains, des discours de haine, notamment comment détecter les discours de haine, comment les combattre. Il s’est agi d’outiller les journalistes sur comment promouvoir dans leurs écrits, face à des situations sensibles, les valeurs d’humanité, les valeurs de morale dont le monde a besoin. La question sur la liberté de la presse en droit international a également été au cœur des échanges.
Au cours des échanges, trois communications ont été données par trois experts membres du haut-commissariat des Nations unies depuis Genève. La première, qui a porté sur la liberté de la presse en droit international et la protection des journalistes, a été faite par Thibault Guillet.
Le droit international et le droit de l’homme indiquent la protection de la liberté d’opinion, a-t-il souligné. A la différence de ces droits, la liberté d’expression ne souffre aucune restriction car protégée dans l’article 19 du pacte international qui dispose : « Toute personne a droit à la liberté d’expression, la liberté de rechercher, de recevoir et de répondre aux informations et aux idées de toutes espèces sur le plan financier, écrit, moral, artistique ou par tout autre moyen de son choix. »
De plus, la liberté d’expression ne peut être restreinte que dans un cadre précis : il s’agit de la condition de la légalité, la nécessité et le professionnalisme. Elles sont fondamentales parce qu’elles permettent d’éviter les restrictions. Cependant, comment traiter et faire face aux discours haineux dans un droit fondamental ?
Selon Thibault Guillet, face à des discours haineux, le journaliste doit chercher à résoudre les causes des discours de haine. Pour cela, il faut faire face aux causes qui sont à l’origine des discours, chercher à connaître ce qui a occasionné les discours de haine.
Par ailleurs, il a précisé que dans l’article 20, le droit international n’interdit pas les discours de haine en tant que tels, mais interdit l’incitation au discours de haine. L’article 20 du pacte international interdit « tout appel à la haine nationale, raciale ou religieuse qui constitue une incitation à la discrimination, à l’hostilité ou à la violence ».
La deuxième communication, donnée par Renaud Gautin De Vilaine, a également porté sur le droit international des droits de l’homme et les défis auxquels les journalistes sont confrontés.
Pour lui, l’article 19 du pacte civil international est la base de la liberté de presse. Cet article permet aux journalistes d’avoir accès aux informations sur les affaires publiques et le droit du public de recevoir l’information donnée par les médias.
Cependant, ce droit peut être restreint mais ces restrictions doivent répondre aux textes prévus dans l’article 19 alinéa 3 du pacte international relative au droit civil et politique. En effet, la restriction doit d’abord être prévue par la loi. D’une part cette restriction doit être légitime : quand il s’agit du respect des droits et de la réputation d’autrui, de la sauvegarde de la sécurité nationale et de l’ordre public, de la sûreté ou de la moralité publique.
La restriction doit être nécessaire : la nécessité dépend du contexte. Par exemple dans un contexte de guerre, les restrictions des médias ne sont pas les mêmes que dans un contexte de paix.
Les défis auxquels les journalistes font face dans le monde et qui mettent à risque leur protection sont, entre autres, les attaques physiques qu’ils subissent.
En effet, 55 journalistes ont été tués en 2021 à travers le monde, selon l’observatoire de l’UNESCO, et 45 ont été tués en 2022 dans le contexte de guerres comme celle en l’Ukraine. Un grand nombre de journalistes meurent dans le contexte d’investigation sur les questions de corruption.
D’autres défis auxquels les journalistes font face sont les détentions. 223 journalistes ont été détenus à travers le monde à la date du 31 décembre 2021, contre 193 en 2018. Les pays qui emprisonnent plus les journalistes sont la Chine, le Vietnam, l’Égypte et la Russie.
D’autres défis sont les attaques en ligne, particulièrement contre les journalistes femmes. Selon l’enquête de l’UNESCO, près de 900 femmes interrogées, 73% ont confirmé avoir été victimes d’attaques en ligne (violence sexuelle, menaces de publier des images intimes sur Internet..). 30 % des femmes journalistes ont subi des attaques physiques.
Par ailleurs, il y a les poursuites en série des journalistes d’investigation sur des sujets de corruption, le harcèlement juridique, la surveillance ciblée des journalistes grâce aux technologies d’information.
Comment faire face à ces défis ?
Il y a des mécanismes du droit international des droits de l’homme.
D’abord le haut-commissariat des droits de l’homme a pour mission de surveiller la mise en œuvre des droits de l’homme à travers le monde pour renforcer la protection des journalistes et la liberté des médias, le renforcement des capacités des acteurs étatiques et non étatiques. Ensuite, il y a l’assemblée générale des Nations unies et le conseil de sécurité adoptent des résolutions qui entrent dans le cadre de la protection des journalistes, la liberté de la presse et des médias.
Il y a aussi les Procédures spéciales en matière de droits de l’homme.
La communication finale a été donnée par Michael Wener sur l’incitation à la haine. Qu’est-ce qui constitue l’incitation ? Où sont les limites de la liberté d’expression ? A quel moment on se trouve dans une situation de discours de haine ?
L’incitation à la haine repose sur 6 critères, selon Wener.
Il y a d’abord le contexte dans lequel le discours a été donné : il peut avoir une conséquence directe sur la causalité. Le contexte doit être, d’abord, d’évaluer sur la base sociopolitique qui existe au moment où le discours a été prononcé. Dans plusieurs cas, c’est dans le contexte électoral où les politiques tiennent des propos pas catholiques.
Ensuite, il y a le rôle que joue l’orateur et son statut dans la société. Il y a une relation entre le contenu du discours et la personnalité de l’orateur.
Le troisième critère est l’objet et l’audience. Le journaliste doit faire attention à ce qui a été dit pour savoir si le discours a un caractère appelant à l’incitation à la haine. L’on a besoin d’un acte d’appel et d’incitation.
Le quatrième critère est le contenu et la forme du discours : il faut analyser le contenu pour évaluer le degré de provocation du discours, s’il est direct ou indirect. Ça peut être dans un contexte académique, dans un discours politique, donc il faut une profonde analyse.
Le cinquième critère est l’ampleur du discours : est ce que c’était un public ? Quelle était la taille de l’audience ? Est-ce que les moyens de diffusion étaient des médias publics, ou par Internet, les réseaux sociaux ?
Le dernier critère est la probabilité qui conclut l’évidence : il faut identifier le lien de causalité, le risque. L’action du discours d’incitation à la haine n’a pas à être commise pour que ce discours soit considéré comme un acte. Mais il faut identifier le niveau de risque que le discours peut engendrer. Les juridictions déterminent la probabilité raisonnable que le discours peut inciter les actions concrètes indirectes tout en reconnaissant le lien de causalité qui devrait être direct.
La question de la coupure d’Internet ou la restriction d’accès aux réseaux a été abordée. À ce sujet, Thibault Guillet souligne que la loi permet aux gouvernements de résoudre les problèmes de la société mais dans la pratique, les minorités sont persécutées parce que les gouvernements utilisent abusivement les législations.
La rentrée scolaire 2022-2023 approche à grands pas. Les parents d'élèves doivent prévoir un budget pour l’achat des fournitures scolaires de leurs enfants. Un constat saute tout de suite aux yeux : les prix dans les différentes librairies connaissent une augmentation. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’ils sont de plus en plus intenables.
A en croire Moumouni Ouédraogo, vendeur de fournitures scolaires, les prix des produits en gros sur le marché ont augmenté. « Les grossistes ont dit que les prix ont augmenté, donc quand nous revendons les articles scolaires, nous majorons leurs prix en tenant compte de notre marge bénéficiaire », nous confie-t-il.
Moumouni Ouédraogo se plaint de la morosité du marché
Pour Alfred Sawadogo, propriétaire de la librairie papeterie Wendwoaga multi-services, il y a différentes qualités de fournitures et les prix sont fixés par les papetiers en fonction de ces qualités. Sur chaque article scolaire, il y a une augmentation de 50 à 100 francs CFA, selon lui. « Par exemple, il y a une marque de l'académie (NDLR : Matériel de tracé) qu'on pouvait obtenir à 500 francs mais qui, actuellement, coûte 600 francs CFA », nous informe M. Sawadogo
« J'avais prévu 15 mille francs pour les achats, mais je me retrouve à devoir dépenser plus. Sans les fournitures, l'enfant ne peut pas aller à l'école », affirme un parent d'élève venu acheter les fournitures de son enfant de CE1.
Selon une cliente, parent d'un élève de la classe de 5e, les prix des fournitures scolaires sur le marché sont trop élevés. « Si tu as par exemple jusqu’à 6 enfants, c'est compliqué de t’en sortir. Mais on n’a pas le choix, vu que les fournitures scolaires sont indispensables aux élèves.»
Le samedi 3 septembre 2022, s’est tenue à Ouagadougou une conférence sur le thème « Et pourtant cette guerre ne nous dépasse pas ». Elle a été animée par le Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, directeur général de l’institut Free Afrik. Selon lui, face à cette crise, toutes les couches sociales doivent s’impliquer et c’est ainsi que le Burkina sortira victorieux. Il reste convaincu que la guerre contre le terrorisme « ne dépasse pas le Burkina ».
En 2021, le pays le plus touché dans le monde par le terrorisme, en termes de nombre de victimes, était le Burkina Faso après l’Afghanistan. L’ensemble des vecteurs croisés en termes d’impact place également le Faso au 4e rang dans le monde, après l’Afghanistan, l’Irak et la Somalie, a révélé le conférencier.
Cette conférence s’est tenue sur un paradoxe, selon le Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo, lequel réside, a-t-il précisé, dans le fait qu’on n’a pas grand-chose mais en même temps qu’on n’a pas recruté suffisamment d’effectifs militaires, pas suffisamment équipé notre armée, pas suffisamment formé celle-ci, pas assez mobilisé la société ni suffisamment mis l’économie au service de cette guerre de façon spécifique.
Il s’est interrogé sur comment on peut être désespéré pendant qu’on n’a pas engagé l’essentiel de l’effort nécessaire. C’est pourquoi il a soutenu que cette guerre « ne nous dépasse pas » parce que nous n’avons pas commencé l’essentiel.
Selon le DG de Free Afrik, la guerre n’a commencé que pour ceux qui gisent au cimetière, ceux qui sont en errance sur les routes, les familles des victimes, ou ceux qui sont dans la situation où ils sont amputés, ceux qui sont en train de défendre le pays au quotidien sous la pluie, notamment les volontaires pour la défense de la patrie (VDP) et les soldats .
Quant au reste des Burkinabè, nous continuons à faire comme s’il n’y avait pas de guerre, à faire comme si la nation n’était pas en péril, a souligné le Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo
Sur la question du comment faire cette guerre, il explique : « Etant donné qu’on n’a pas fait l’essentiel, on ne peut pas dire qu’on a perdu. Ainsi, si nous empruntons résolument les chemins pour nous mettre en ordre, sur les plans individuel et collectif, pas seulement l’État, mais aussi le gouvernement qui doit donner le bon exemple, l’ensemble des organisations de la société civile, l’ensemble du secteur privé, les chercheurs, les intellectuels, la jeunesse ; si nous nous mettons ensemble, nous sommes dans la capacité de nourrir une nouvelle dynamique ».
Selon le Dr Ouédraogo, cette guerre ne sera pas gagnée inconditionnellement. C’est pourquoi, explique-t-il, pour mener cette guerre, il faut réunir l’ensemble de la société. « Si nous avons une société fragmentée comme celle-là, nous n’allons pas y arriver. Si nous avons une société dans laquelle les gens veulent que ce soit d’autres qui soient responsables de la situation et fassent le travail à leur place, on n’y arrivera pas. Si nous avons une société où les gens sont divisés par un faux agenda de la réconciliation, nous ne pouvons pas créer une unité à 100 pour 100. L’unité nationale, ce n’est pas l’unité des corrompus ou des corrupteurs. C’est l’unité autour de grandes valeurs, ce qui nous permettra de nous mettre ensemble pour donner le meilleur de nous-mêmes face au drame. Chacun a une responsabilité à assumer. Celle des autorités est fondamentale mais ne dispense pas les autres citoyens. Le chantier dans cette guerre, c’est la construction d’un Etat solidaire. Mais nous ne sommes pas constitués », affirme-t-il.
Par ailleurs, le Dr Ra-Sablga Seydou Ouédraogo estime que le Burkina aurait pu, à l’occasion de cette guerre, créer une compagnie aérienne nationale pour faciliter les déplacements dans les zones à fort défis sécuritaires. Il ajoute que personne ne fera notre développement ; nous nous développerons nous-mêmes mais nous avons un problème de motivation des hommes et un problème d’équipement. La conviction du conférencier, c’est que la victoire est possible car cette guerre-là ne nous dépasse pas.
Les jeunes, de nos jours, banalisent la sexualité. Internet et le flux d’informations qui leur tombe dessus semblent leur avoir fait perdre leurs repères. C’est devenu presque un phénomène de mode pour eux. Ils s’adonnent alors à plusieurs pratiques sexuelles néfastes qui impactent négativement leur santé. Face à cette situation, les responsabilités doivent être situées. Simon Yaméogo, responsable du centre d’écoute des jeunes de l’Association burkinabè pour le bien-être familial (ABBEF) pense que les parents doivent reprendre leur rôle d’éducateurs et que les autorités doivent les appuyer en recadrant certaines pratiques.
Comment parvenir à éduquer la jeunesse pour une santé sexuelle et reproductive saine ? D’ores et déjà, il faut savoir que cette jeunesse est laissée à elle-même et est sans repère. Elle est donc influencée par son environnement à travers la pression et le flux d’informations qu’elle reçoit. « Avec la technologie, les jeunes ont tendance à banaliser la sexualité. Ils sont vite influencés, pensant avoir la bonne information», affirme Simon Yaméogo.
Pour pouvoir toucher cette jeunesse et retenir son attention, les structures chargées du bien-être familial ont mis en place une stratégie qu’on appelle « pair éducation ». Il s’agit de former des jeunes aux bonnes pratiques de la santé sexuelle et reproductive qui, à leur tour, répercuteront la bonne info à leurs camarades. « Nous adoptons cette stratégie pour que notre cible que sont les adolescents et les jeunes puisse bénéficier d’informations et de conseils sur les questions de sexualité, de santé sexuelle de la reproduction », nous confie Simon Yaméogo, responsable du centre d’écoute pour jeunes de l’ABBEF/Ouagadougou.
Les jeunes sont vivement invités à pratiquer l’abstinence. « Il y a des jeunes qui diront que l’abstinence sexuelle est dépassée. Si c’est le cas, il faut prendre ses précautions pour protéger l’autre et se protéger. L’abstinence, jusqu’à l’heure actuelle, il y a des jeunes qui la pratiquent parce qu’ils en ont compris l’importance. ll y a des gens qui s’étaient lancés activement dans les activités sexuelles et après ils ont su qu’il y a des conséquences qui peuvent découler de ces pratiques. Ils reviennent donc à l’abstinence, d’où l’abstinence secondaire », indique Simon Yaméogo. Il poursuit : « Il ne faut pas qu’on pense que tous les adolescents et les jeunes sont embarqués dans la sexualité et qu’il n’existe pas d’adolescent actif sur le plan sexuel. »
Pour une bonne santé sexuelle et reproductive des jeunes, la responsabilité des parents ne peut être occultée, selon Simon Yaméogo. Pour lui, il est important que ceux-ci accordent du temps à leurs enfants. « Ils doivent savoir qu’ils sont responsables de l’éducation de leurs enfants et que c’est à eux qu’il incombe de les canaliser. A un certain âge, les parents devraient mettre des garde-fous. Lorsque l’enfant grandit, il faut savoir placer les mots pour pouvoir l’accompagner dans le domaine de la sexualité, car si vous le laissez aller lui-même à la recherche de l’information dehors, ce n’est pas évident ». Les parents doivent arriver à tisser un lien solide avec leurs enfants afin de développer cette confiance à pouvoir se confier.
Le jeune homme ou la jeune femme, à un certain âge, doit savoir qu’il (elle) devient responsable. « Dès lors qu’il atteint la vingtaine, il est supposé être mature ; donc le jeune doit songer à se ranger. Les jeunes doivent aussi amener leurs parents à leur parler de santé sexuelle. »
Simon Yaméogo affirme que les jeunes doivent chercher à avoir la bonne information en matière sexuelle, retenir ce qui leur est bénéfique et le mettre en pratique.
Les autorités sont donc invitées à mettre en place des politiques afin de protéger cette jeunesse de toutes les pratiques malsaines, sexuellement parlant, cela s’entend.
La cérémonie de commémoration de la Journée internationale du souvenir en hommage aux victimes du terrorisme s’est tenue à la place du monument aux Héros nationaux à Ouaga 2000 ce 1er septembre 2022. C’est le chef de l’Etat, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, qui a présidé cette cérémonie. Les parents des victimes ont profité de l'occasion pour présenter leurs doléances.
Lors de la cérémonie d'hommage aux victimes du terrorisme, le représentant des parents des victimes, Pascal Lankoandé, a exprimé un besoin de recadrage dans la gestion de l’indemnisation allouée aux familles des soldats tombés sur le champ de bataille. Il explique que les familles souffrent de la lourdeur administrative pour l’effectivité du capital décès et déplore la non-prise en compte des épouses des victimes vivant en concubinage.
Mme Palm née Koné Nassiratou, veuve depuis 2020, dit faire face à plusieurs difficultés. En service dans le Centre-Nord où elle a vu son époux tomber les armes à la main, elle souffre de troubles psychologiques. Elle souhaite donc que le ministère de la Fonction publique se souvienne des familles des victimes qui servent dans les zones rouges où leurs époux ont perdu la vie. « J’ai un cri du cœur à lancer au président du Faso et au ministre de la Fonction publique, Bassolma Bazié. Qu’ils aient un regard sur les familles des victimes qui résident toujours dans les zones rouges. Mon traumatisme ne finit pas. Ça m’a conduite à la dépression et présentement je suis une thérapie psychologique et psychiatrique. Je prends des cachets ». Pour elle, il est préférable que les familles quittent les zones rouges. «Aidez-nous, aidez-nous ! Ça ne va pas ! On souffre actuellement, ça ne va pas. L’aide ne nous parvient pas quand il y a une personne intermédiaire. C’est mieux de nous appeler directement », plaide Dame Ina Yabré, veuve aussi d'un soldat tombé.
Une autre veuve témoigne que c’est lorsqu’elle n’arrivait pas à joindre les deux bouts qu'elle s’est rendue à l’Action sociale et là, après vérification, les agents lui ont dit qu’elle avait reçu 10 millions. Il se trouvait que c'était sa belle-famille qui avait perçu la somme. Finalement, elle n'a reçu que 50 mille sur ces 10 millions. « J’ai eu quatre enfants avec mon époux tombé au combat. La belle-famille ne facilite pas aussi la tâche alors qu’on a des enfants. J’ai demandé au président de voir pour que même si la belle-famille s'en mêle, on puisse avoir quelque chose pour les enfants », affirme Évelyne Ouattara, veuve de FDS tombé au front.
Néanmoins, les parents des victimes disent être rassurés d'avoir pu parler au président. Ils gardent l’espoir que leurs doléances seront prises en compte.
Le 18 août 2022 le gouvernement burkinabè a, dans un décret, annoncé l’augmentation des prix des hydrocarbures de 35F pour le super 91 et de 30F pour le gas-oil. Suite à cette hausse, l’Unité d’action syndicale (UAS) a, dans une déclaration en date du 25 août 2022, exigé du gouvernement l’annulation de cette augmentation et le retour immédiat aux prix d’avant-19 août. Cependant, cette déclaration semble être passée comme du vent car jusqu’à présent il n’y a pas eu de changement. Ainsi, Radars Info Burkina s’est posé certaines questions : Le gouvernement est il en mesure d’annuler l’augmentation comme l’exige l’UAS ? Ne serait-il pas de trop pour le budget de l’Etat qui a d’autres priorités et pas des moindres ? L’UAS peut-elle obtenir gain de cause ? Comment ? La baisse des prix des céréales n’est-elle pas plus urgente que celle des hydrocarbures ? Dans cette interview, le Secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), Moussa Diallo, s’est prononcé sur les questions susmentionnées.
Radars Info Burkina : Pensez-vous que le gouvernement soit en mesure d’annuler cette augmentation comme vous l’exigez ?
Moussa Diallo : Nous pensons que c’est possible. Primo, cette augmentation intervient dans un contexte où le prix des hydrocarbures sur le marché international est en baisse et nous sommes étonnés que le gouvernement prenne en compte seulement une variable, à savoir le cours du dollar, pour justifier cette dernière augmentation. Quand on observe dans la sous-région, beaucoup de pays sont allés dans le sens de la diminution ; d’autres ont même pris des mesures d’accompagnement pour maintenir les prix à l’étape actuelle. Donc nous sommes un peu surpris que notre gouvernement aille dans le sens de l’augmentation des prix des hydrocarbures pendant que la tendance est baissière au niveau international.
Secundo, il est bien possible de le faire, car depuis 2006 nous avons proposé la révision de la structure des prix des hydrocarbures qui devrait permettre, de notre point de vue, de faire supporter la variation des coûts du baril du pétrole sur le marché international par tous les acteurs.
En effet, quand un seul consommateur final paye 1 litre de super 91 à la pompe, l’Etat a 248 F CFA au compte des taxes et impôts sur les produits pétroliers. En outre, chaque acteur impliqué dans l’importation et la commercialisation des hydrocarbures a des marges bénéficiaires payés par le consommateur.
Ainsi, nous avons estimé que l’État devrait tenir compte de ces marges, faire une concession sur ce montant et diminuer à 148 FCFA comme effort.
Cette proposition de l’UAS a l’avantage d’opérer une diminution significative, structurelle et durable des prix des hydrocarbures en vue de soulager les souffrances des populations.
Maintenant s’il y a des efforts à demander aux consommateurs parce que la situation internationale l’oblige, on peut les consentir. Malheureusement tous les gouvernements successifs depuis 2006 ont décidé de protéger les intérêts des autres acteurs, sauf ceux du consommateur final.
Radars Info Burkina : Ne serait-il pas de trop pour le budget de l’Etat qui a d’autres priorités et pas des moindres ?
MD : De notre point de vue, l’économie de marché devrait plutôt nous amener à voir la chose autrement. Quand on prend les hydrocarbures, ce sont des marchandises qui sont stratégiques pour l’économie nationale. Les entreprises qui produisent utilisent de l’énergie, pour transporter les marchandises, il faut du carburant. Donc si les prix des hydrocarbures augmentent, ça se répercute de façon systématique sur les prix des autres marchandises. Cela entraîne une baisse du pouvoir d’achat de la population en général. De ce fait, nous estimons qu’un Etat responsable, dans une situation de crise, surtout celle que nous vivons au Burkina Faso actuellement et dans le monde en général, c’est de faire supporter ces variations des coûts au niveau international par le budget de l’Etat. C’est ce qui permettra de maintenir le pouvoir d’achat des populations et de maintenir aussi l’économie nationale.
Le taux d’inflation actuel est insoutenable non seulement pour l’économie nationale mais aussi pour les consommateurs que nous sommes.
Radars Info Burkina : Pensez-vous pouvoir obtenir gain de cause ? Si oui, Comment ?
MD : Cette déclaration est pour nous une interpellation. Nous voulons attirer l’attention du gouvernement sur la nécessité de prendre en compte la souffrance de notre peuple dans la prise de décisions. Cependant, si rien n’est fait, ne soyez pas étonné que les populations prennent leurs responsabilités à un moment donné, même si l’Unité d’action syndicale ne réagit pas.
Pour ce qui est de l’UAS, nous l’avons dit dans la déclaration, des actions pourraient être engagées seule ou avec d’autres organisations sur cette question mais aussi bien d’autres questions que le gouvernement semble incapable de régler. Faut-il vous en donner la primeur, l’UAS vient d’adopter une plateforme revendicative de lutte portant sur trois axes principaux dont l’axe de l’insécurité, l’axe de la vie chère et l’axe des libertés individuelles et collectives. En temps opportun, vous aurez le contenu de cette plateforme et les actions que nous comptons mener pour sa satisfaction.
Radars Info Burkina : Est-ce qu’exiger la baisse des prix des céréales, des fournitures scolaires n’est pas plus urgent que celle des hydrocarbures ?
MD : C’est naïf de croire qu’on peut diminuer les prix des céréales, des fournitures scolaires, en gardant inchangés ceux des hydrocarbures car il faut bien du carburant pour transporter ces marchandises. Et si le gouvernement n’est pas soucieux de cette situation, ne demandons pas aux commerçants de ne pas augmenter leur prix. Donc l’augmentation des prix des céréales et des fournitures sera une conséquence directe de celle des hydrocarbures. Du reste, dans la plateforme revendicative de l’UAS en cours d’adoption, nous avons non seulement demander une diminution des prix des produits de grande consommation, mais aussi et surtout le contrôle efficace et efficient des prix et de la qualité des produits de première nécessité.
Radars Info Burkina : Quelle lecture faites-vous du refus de la délégation spéciale à accorder le sit-in de la faîtière des consommateurs pour dénoncer cette même augmentation du prix des hydrocarbures ?
MD : C’est une remise en cause des libertés de manifester. Cette pratique est devenue courante depuis un certain temps avec la perturbation des manifestations du mouvement M30 Naaba Wobgo, du Front patriotique et l’incendie du véhicule de Serge Bayala, et nous dénonçons cela.
Un État doit protéger ses citoyens contre toute forme de violence et non les priver de leurs droits.
Pour terminer, je voudrais juste inviter les travailleurs à se mobiliser parce que l’évolution dangereuse de la situation nationale commande que nous puissions renforcer nos rangs et aller en ordre de bataille. Nous ne pouvons pas continuer à observer en spectateur tout ce qui se passe en termes de remise en cause des conquêtes des acquis des populations en général et des travailleurs en particulier.
Le paludisme constitue la première cause de consultation (37% des motifs de consultation), d’hospitalisation (55%) et de décès (15%), selon le Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP). Selon cette structure, qui a ouvert ses portes à Radars Info Burkina le jeudi 1er septembre 2022, chaque jour, c’est en moyenne 12 personnes qui meurent du paludisme. Cette maladie qui sévit depuis plusieurs décennies est essentiellement liée aux comportements de l’homme qui, s’ils sont améliorés, permettront de venir à bout de la pandémie.
Chimio-prévention du paludisme saisonnier pour enfants de 3 à 59 mois, traitement préventif intermittent pour les femmes enceintes, prise en charge des voyageurs arrivant au Burkina ainsi que des sujets qui viennent de zones non immunisées contre le paludisme, distribution de moustiquaires imprégnées à longue durée d’action, sensibilisation, etc., c’est toute une panoplie de mesures que l’Etat burkinabè et ses partenaires ont prises pour lutter contre le paludisme, voire bouter cettr pathologie hors du pays. Et la liste des mesures de prévention est encore longue. Pourtant, le paludisme a la vie dure au Burkina Faso. En effet, malgré les efforts sans cesse croissants, les cas de paludisme et surtout les décès liés à cette maladie ne cessent d’augmenter. Selon le ministère de la Santé, parmi les onze pays les plus touchés, le Burkina Faso est classé 3e en termes de charge élevée de paludisme. C’est quasiment toute la population qui y est exposée et la situation est plus critique d’année en année, surtout pendant la saison des pluies.
Selon les données statistiques glanées auprès du Programme national de lutte contre le paludisme (PNLP), en 2020, c’est 11 311 560 cas de paludisme qui ont été recensés dans les formations sanitaires au Burkina et environ 3983 décès des suites de ce mal. Ces chiffres ont été en hausse l’année qui a suivi, soit en 2021, qui a enregistré 12 231 860 cas de paludisme avec 4355 décès et une forte incidence de 569 cas pour 1000 habitants. Ce qui signifie qu’en moyenne 12 personnes meurent chaque jour du paludisme au Burkina Faso, selon le Dr Ambroise Ouédraogo du PNLP. Il explique que ce sont les malades souffrant de paludisme grave qui décèdent, avec une forte proportion chez les enfants de moins de 5 ans. En effet, selon lui en 2020, les cas de paludisme grave enregistrés chez les adultes étaient de 508 282 et 206 785 chez les enfants de moins de 5 ans, soit plus de deux fois moins élevés que chez les adultes. Cependant, sur les 3983 cas de décès enregistrés la même année, 2885 sont des enfants de moins de 5 ans. Ce qui signifie que sur 10 décès des suites du paludisme, plus de 7 sont des enfants. Les mêmes statistiques sont observées en 2021, traduisant la forte vulnérabilité des enfants de moins de 5 ans à la maladie. Le fléau est alors d’un grave danger pour la population burkinabè martyrisée à outrance par l’anophèle femelle, responsable du transport du plasmodium d’un individu malade vers un individu sain.
Pourtant, des solutions il en existe si les populations prennent conscience
Les ordures, les eaux usées qui stagnent devant les domiciles sont les lieux qui favorisent l’éclosion des moustiques par le développement des larves. C’est pourquoi le Dr Ambroise Ouédraogo souligne que la lutte contre le paludisme nécessite une appropriation par les populations des pratiques hygiéniques enseignées par les structures investies dans la lutte contre le paludisme. C’est tout le comportement humain qui favorise l’éclosion de l’anophèle femelle, responsable de la transmission de la maladie, explique-t-il. Alors que les conséquences ne concernent pas que l’aspect sanitaire. En effet, le traitement du paludisme épuise les économies des citoyens moyens, occupe leur temps et absorbe les ressources de l’Etat et de ses partenaires.
Depuis l’avènement du MPSR (le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration), plusieurs organisations de la société civile et des partis politiques de toutes les tendances ont vu le jour ; certains soutenant le gouvernement de Transition et d’autres s’y opposant ouvertement. Au cours d’une interview accordée à Radars Info Burkina, Issaka Ouédraogo, président du Centre d’information et de suivi des actions du gouvernement (CISAG), nous a livré son point de vue sur l’avènement de tous ces mouvements sur l’échiquier politique national.
Radars Info Burkina : Veuillez nous rappeler l’historique du CISAG.
Issaka Ouédraogo : Le CISAG, au départ, était le Conseil d’information et de soutien aux actions du gouvernement. Quand il a été créé en 1998, son objectif, je vous le dis en toute franchise, était d’appuyer le gouvernement dans sa démarche communicationnelle et de défendre l’image de marque du régime Compaoré et du Burkina Faso à l’extérieur.
Radars Info Burkina : On assiste, depuis la prise du pouvoir par le MPSR, à une floraison de mouvements de veille citoyenne, toutes tendances confondues. Certains soutiennent la Transition tandis que d’autres la pourfendent. Quelle lecture faites-vous de tout cela ?
IO : Cette floraison de mouvements aujourd’hui n’est pas forcément la preuve que le Burkina Faso est sur le bon chemin sur le plan démocratique. Cela ne veut pas dire que nos acquis démocratiques sont en train de s’améliorer. Je dirai même que c’est plutôt le signe d’un recul démocratique. Est-ce que vous pensez que dans ce désordre, on peut distinguer le bon grain de l'ivraie ? C’est très difficile. Il faut avouer que les organisations de la société civile sont même en train de perdre leur crédibilité, eu égard justement à leur coloration politique. Or, les organisations de la société civile sont des structures de veille citoyenne. Ce sont elles qui doivent être des arbitres entre les gouvernants en place et les partis politiques opposés au gouvernement. Mais si aujourd’hui des organisations de la société civile se muent en partis politiques, il y a maldonne quelque part. Et si cela est l’œuvre du gouvernement de Transition pour barrer la route aux partis politiques qui s’opposent à sa gouvernance, je pense que c’est une mauvaise inspiration. Le rôle du gouvernement de Transition, c’est de trouver des remèdes aux problèmes des Burkinabè aujourd’hui. Lorsqu’il y a eu le coup d’Etat, la déclaration qui a été faite par le président Damiba était que la prise du pouvoir était justifiée par l’insécurité grandissante, par le fait que le président Roch Marc Christian Kaboré n’arrivait pas à régler le problème du terrorisme. Mais aujourd’hui, nous voyons que le président Damiba n’est pas mieux que le président Roch Marc Christian Kaboré. La situation sécuritaire est même pire qu’au temps du président Roch Marc Christian Kaboré. Et je pense que c’est à cela que le président actuel et son gouvernement de transition doivent s’atteler : apporter la sécurité aux Burkinabè et non créer des mouvements pour contrer ceux-là qui critiquent leur gouvernance.
Radars Info Burkina : Tous ces mouvements étaient-ils nécessaires ?
IO : Non. En réalité, il faut qu’au Burkina Faso nous changions de comportement. Pendant l’avènement de l’insurrection et sous la transition en 2014-2015, il y a eu des mouvements qui se sont créés et on ne sait pas à quel dessein. Et nous avons vu que les bras armés même de la transition étaient les OSC. Nous sommes encore à une telle transition. Il faut que la loi s’applique pour mettre de l’ordre dans notre vie politique.
Radars Info Burkina : Vous déplorez la situation, mais y a-t-il des indicateurs qui montrent réellement que la situation s’est plus dégradée aujourd’hui qu’au temps de Roch Marc Christian Kaboré ?
IO : Les indices parlent d’eux-mêmes dans la mesure où le MPSR même a reconnu que pendant sa prise du pouvoir, le territoire n’était pas aussi affecté. De nos jours nous avons 65% de notre territoire totalement occupé ou incontrôlé par nos forces de défense et de sécurité. Plusieurs zones sont infestées par les terroristes. Bien avant la prise du pouvoir par le MPSR, toutes ces zones n’étaient pas autant infestées. Le Nord aujourd’hui, personne ne veut y aller. C’est une incertitude totale d’emprunter l’axe du Nord. La seule voie aujourd’hui qu’on puisse emprunter avec plus de sécurité c’est celle Ouaga-Koubri-Ghana. Est-ce qu’on peut alors dire que la situation s’est améliorée ?
Radars Info Burkina : Y a-t-il, à votre avis, des raisons d’être optimiste ?
IO : Oui, car nous avons le droit et l’obligation d’espérer. Il y a de l’espoir dans la mesure où nous pensons que les Burkinabè, femmes comme hommes, se battront comme il faut. Aujourd’hui il est certain qu’on ne peut pas compter seulement sur l’armée ; il faut appeler tous les Burkinabè à la lutte pour cette noble cause. C’est vrai qu’aujourd’hui, le MPSR doit être accompagné pour qu’ensemble nous réussissions cette mission car si le Burkina n’arrive pas à bouter le terrorisme hors de son territoire, c’est nous tous qui allons pâtir de cette situation.