Insécurité au Burkina Faso : « Une faute collective », selon Asseghna Anselme Somda du CGD
Dans l’un de nos précédents articles, nous avons fait le bilan des 6 années de pouvoir de l’ex-président Roch Marc Christian Kaboré dans un entretien que nous a accordé Aseghna Anselme Somda, chef des programmes du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD). Dans le présent article, il aborde la question de l’insécurité qui a fragilisé le pouvoir du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP).
Dès son arrivée au pouvoir, l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré a été accueilli par une attaque terroriste survenue le 15 janvier 2016 avant même la prise de fonction des membres du gouvernement. Et ses 6 années de pouvoir ont été marquées par des attaques à répétition. Chaque Burkinabè ne devrait-il pas faire son autocritique et reconnaître que dans ce qui arrive au pays, il y a une sorte de faillite collective ? Les militaires qui sont au pouvoir ne doivent donc pas accuser les hommes politiques d’être seuls responsables de cette situation.
« Si on n’a pas la sécurité, l’institution militaire ne peut pas dire qu’elle est exempte de reproches. Je pense que c’est l’occasion de dire aux militaires qu’ils doivent balayer devant leur porte aussi. Parce que tout ce qu’on reproche au président Kaboré en matière d’ingouvernance au niveau du secteur de la sécurité, on ne peut pas lui imputer toutes les fautes. Les évènements d’Inata sont une illustration. Si des soldats n’ont pas à manger, de vous à moi, est-ce que c’est le président Kaboré qui va aller aussi donner à manger aux soldats ? Si l’Assemblée a voté la loi de finances, on a alloué un budget aux forces de défense et de sécurité, si les soldats n’ont pas à manger ce n’est pas la faute à l’Assemblée ni la faute au président du Faso. Parce que des ressources sont allouées, mais ce sont des personnes qui n’ont pas fait leur travail », a-t-il déclaré.
Selon le chef des programmes du CGD, en plus de l’insécurité qui régnait, l’ancien président n’a pas sur manager son pouvoir qui était devenu autoritaire vers sa fin pendant que la corruption était devenue monnaie courante. Les coupures intempestives d’Internet, le refus d’accorder les autorisations de manifester étaient devenus quasi systématiques lorsque les manifestations ne partaient pas dans le sens du soutien au régime.
« Vous savez, l’ex-président Kaboré a toujours été vanté comme étant un véritable démocrate sur la gouvernance. Oui je ne croyais pas trop en l’homme, mais sa foi en la démocratie, ça quand même je n’en doutais pas. Parce que ce sont deux choses différentes. On peut être un bon démocrate et du point de vue de la gouvernance être une catastrophe. Tout comme on peut être un dictateur mais avoir une gouvernance vertueuse. Si le Rwanda peut nous servir d’exemple, on ne peut pas dire que c’est une grande démocratie mais du point de vue de la gouvernance, tout le monde sait que c’est la vertu qui est mise en avant au Rwanda. Mais le Rwanda, ce n’est pas une démocratie comme au Burkina. Il n’y a pratiquement pas d’opposition là-bas et la liberté d’expression, ce n’est pas la chose la mieux partagée non plus. Mais du point de vue de la gouvernance, on sent un monsieur (Paul Kagame : ndlr) qui dit zéro tolérance à la corruption », a-t-il ajouté. De l’avis d’Anselme Somda, la mal gouvernance, caractérisée par la corruption et la restriction des libertés, a contribué à la chute du régime de Roch Marc Christian Kaboré.
Barthélémy Paul Tindano

Après le verdict rendu le 6 avril 2022 par la chambre de jugement du tribunal militaire de Ouagadougou dans l’affaire « Thomas Sankara et 12 autres », le collectif des avocats de la famille du défunt père de la Révolution a tenu une conférence de presse ce jeudi 7 avril à Ouagadougou. Objectif : donner à l’opinion nationale et internationale son appréciation du verdict du procès Thomas Sankara. Selon les conférenciers, la justice a été rendue dans un procès équitable et conforme aux normes internationales.
« Cette décision, si elle est une victoire, est le mérite d’abord de notre cliente principale Madame Mariam Sankara, dont il faut saluer le courage, la bravoure et l’abnégation. Ensuite, elle est le fruit du combat de tous les hommes et femmes épris de justice, de vérité, de paix et de liberté comme valeurs cardinales de la dignité humaine. Cette victoire, il faut aussi la dédier à la presse », a déclaré Me Sankara, pour qui la manifestation de la vérité doit être intégrale, car elle ne peut être révélée à moitié.
A la question de savoir si les condamnés pourraient bénéficier d’une grâce présidentielle dans le cadre de la réconciliation nationale, Me Prosper Farama répond que même s’il doit y avoir amnistie, cela devra se faire dans les règles de l’art. Il ajoute qu’on ne peut pas pardonner à des gens qui n’ont pas reconnu leurs torts ni demandé pardon. « Même si on suppose que Diendéré a la clé magique pour nous sortir du terrorisme, c’est comme si on nous disait que si un médecin tue quelqu’un et qu’on l’amène en prison, il faudra le libérer car il y a des patients dehors. Si le salut de notre peuple doit venir de Diendéré, nous sommes morts », soutient le défenseur de la veuve et de l’orphelin.
Peu de gens espéraient la tenue un jour d’un procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons, mais certaines personnes y croyaient dur comme fer. Et 35 ans après, l’histoire leur a donné raison. En effet, après la chute de l’ex-président Compaoré, les lignes ont commencé à bouger dans cette affaire. Et aujourd’hui, le verdict sur ce jugement historique est tombé. Pour beaucoup, on doit tirer des leçons de ce procès.
« L’histoire retiendra que Thomas a aimé son pays », déclare Alouna Traoré, le seul rescapé du 15-Octobre parmi ceux qui étaient avec Thomas Sankara. Pour lui, Thomas Sankara a été tué pour avoir aimé son pays. « Nous avons rêvé le Burkina. Ils ont attaqué notre rêve, pensant pouvoir le tuer. 35 ans après, je me rends compte que le rêve burkinabè tient la route, enthousiasme tout le continent et que les lignes sont en train de bouger. Thomas a fait œuvre utile, son exemple est en train d’être suivi », a-t-il martelé.
Mais pour certains, ce n’est que partie remise, car le procès doit se poursuivre. « N'oublions pas que le procès Sankara n’est pas fini. Ce n’est que la partie nationale qui a été jugée. Il reste la complicité internationale. Comme le juge a fait une disjonction de procédure, ce n’est là qu’une victoire d’étape. Il y a encore d’autres étapes à franchir, notamment la réhabilitation de la mémoire de Thomas Sankara en construisant le mémorial Thomas Sankara et en organisant des obsèques nationales dignes de son nom parce que toute l’Afrique nous regarde », affirme pour sa part Luc Damiba du Comité international du mémorial Thomas-Sankara.
Les accusés Nabonsseouindé Ouédraogo et Idrissa Sawadogo, quant à eux, écopent chacun de 20 ans de prison ferme. 10 de prison ferme, c’est la peine « servie » à Tibo Ouédraogo ainsi qu’à l’officier de gendarmerie à la retraite Jean Pierre Palm. Yamba Elisé Ilboudo, celui-là même dont les précisions ont permis au cours de ce jugement emblématique de mieux comprendre le déroulement du drame du 15 octobre, prend 11 ans de prison ferme. Albert Belemliliga et Diakalia Démé écopent chacun de 5 ans de prison avec sursis. S’agissant de Ninda Tondé dit Pascal, c’est 3 ans de prison ferme qu’il prend.
Le moins qu’on puisse dire, c’est que le verdict de ce procès était très attendu par les familles des victimes, qui estiment que ce jugement servira de leçon aux Burkinabè. « Nous avons attendu 35 ans. On a tous ensemble entendu aujourd’hui le verdict du juge. C’est quelque chose qu’on a demandé. On a demandé la justice, on a demandé la vérité. Nous pouvons dire que nous avons pris connaissance de beaucoup de choses, des choses qui avaient été dites et que ce procès a permis de confirmer », a déclaré Mariam Sankara, veuve de l’ancien président Thomas Sankara. Elle estime par ailleurs que ce procès donnera des leçons sur les violences politiques au Burkina. Malgré sa condamnation à la prison à vie, le général Diendéré est resté égal à lui-même. Il a même été acclamé par certains de ses partisans venus le soutenir.
Depuis le 24 février, le monde entier retient son souffle, craignant une 3e Guerre mondiale. En effet, c’est à cette date que la Russie a lancé une action militaire contre son voisin ukrainien. Un conflit qui n’est pas sans inquiéter le continent africain. C’est au regard de cette situation que la Société burkinabè de géopolitique (SBG) a tenu une conférence publique ce samedi 2 avril 2022 à Ouagadougou pour analyser les enjeux de cette guerre entre russophones sur l’Afrique.
Le professeur Ousseni Illy, quant à lui, a entretenu l’auditoire sur le thème « Sommes-nous aux portes d’un nouvel ordre mondial ? » Une question à laquelle le conférencier a répondu par l’affirmative, lui qui soutient que l’ordre mondial, qui est traditionnellement dominé depuis les trente dernières années par la puissance américaine, était déjà bousculé. De son point de vue donc, cette guerre vient confirmer un retour de la Russie sur la scène internationale qui avait déjà été amorcé avec son intervention en Syrie et l’annexion de la Crimée en 2014 .
«Tous ces faits montrent que la Russie, qui s’était éclipsée pendant un moment après la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’ex-URSS, est en train de revenir sur la scène internationale et cela avec d’autres puissances comme la Chine, le Brésil et l’Inde, qui ont émergé entre-temps», a-t-il déclaré. Cette remise en cause de la puissance américaine et des Etats occidentaux n’est pas sans risques pour le continent africain, selon le professeur Illy. « Il y a comme deux blocs qui se forment : le bloc russo-chinois et le bloc occidental autour des Etats-Unis et de l’Europe, mais pour l’instant on sent que du coté occidental il y a un peu de retenue », a-t-il ajouté.
Deuxième président civil démocratiquement élu de son pays, Roch Marc Christian Kaboré a été renversé suite à un putsch perpétré par le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration (MPSR), dirigé par le lieutenant-colonel Paul Henri Sandaogo Damiba. Après 7 ans de gestion du Faso par le président déchu, quel bilan peut-on faire en matière de gouvernance démocratique ? Radars Info Burkina s'est entretenu avec Asseghna Anselme Somda, chef des programmes du Centre pour la gouvernance démocratique (CGD), qui soutient que le regime Kaboré n'a pas été à la hauteur des attentes du peuple burkinabè.
"Je prends l’exemple de la route Toma-Tougan-Didyr. Lors du lancement des travaux, le Premier ministre d'alors, juste après être revenu de Paris pour la collecte des fonds pour le PNDES, avait affirmé que c’est le PNDES (ndlr : Plan national pour le développement économique et social) qui est en marche. Or, il s’agissait d’un projet dont l’accord de prêt avait été signé sous Blaise Compaoré, ratifié sous la Transition post-insurrection et dont les financements étaient déjà dans les circuits. Il faut dire qu’il y avait une communication politique qui a attribué exclusivement à Roch Kaboré la réalisation de certaines infrastructures routières alors que ses prédécesseurs ont aussi fait des réalisations dans ce domaine. Cependant, de façon globale, il faut reconnaître qu’il y a eu une évolution majeure en matière d’infrastructures routières sous l’ère Kaboré", a-t-il déclaré.
Un autre acquis, selon M. Somda, c'est qu’il y avait une sorte de réceptivité du régime déchu en matière de débats publics. Les autorités étaient disposées à mener les débats publics avec des citoyens. "En tant qu’acteur de la gouvernance, nous avons pu implémenter un programme dénommé le ‘’Présimètre'', où Roch Kaboré a autorisé son gouvernement à se prêter à l’exercice. Si vous faites le tour de la sous-région, vous ne verrez aucun plateau de télévision qui faisait l’exercice dans le cadre du “Présimètre” où sur des politiques publiques sectorielles un ministre du secteur concerné était interpellé à la télévision nationale par des organisations de la société civile, par des citoyens au cours d’émissions et ces derniers adressaient clairement des questions audit ministre sur la gestion de son secteur ministériel", a-t-il ajouté.
Youssef Ouédraogo ou Issouf Ouédraogo à l’état civil vient d’enrichir les rayons des librairies d’un essai de 113 pages intitulé « Crises sociopolitiques en Afrique : Rôles des médias dans l’insurrection populaire de 2014 au Burkina Faso ». La cérémonie de dédicace dudit ouvrage a eu lieu ce 30 mars 2022 à la librairie Mercury à Ouagadougou en présence d’hommes de médias et de lettres.
Selon Youssef Ouédraogo, cet ouvrage est sa « modeste contribution à la documentation sur l’insurrection populaire de 2014 au Burkina Faso ». Un évènement historique, d'après lui, qui présageait un Burkina Faso havre de paix et de bonheur si et seulement si les acteurs du moment avaient pris conscience de la nécessité de capitaliser les acquis pour refonder la société burkinabè. « D’une façon générale, le présent ouvrage se fixe pour objectifs d’évaluer l’ensemble des actions médiatiques pendant l’insurrection populaire, d'une part, et d’autre part de proposer un vade mecum pour les journalistes et les médias en vue d’un meilleur traitement de l’information en temps de crise », a affirmé l’auteur.
Né en 1979, M. Ouédraogo évolue aussi bien dans les lettres, les arts et la culture que dans les médias. « Crises sociopolitiques en Afrique : Rôles des médias dans l’insurrection populaire de 2014 au Burkina Faso » est subdivisé en trois chapitres. Le premier est intitulé « Médias et espaces publics au Burkina Faso : l’autre acteur de l’insurrection populaire ». Le deuxième chapitre a pour titre : « Rôle des médias dans les crises sociologiques : quelques expériences en Afrique et dans le monde ». Quant au troisième et dernier chapitre, il est intitulé « Défis et perspectives ».
Wendlassida Isidor Bouda a obtenu sa licence en science de gestion, option communication des organes, avec brio le mardi 29 mars 2022 à l’Université Aube Nouvelle à Ouagadougou. Son travail a porté sur le thème : « L’utilisation du digital par les organes de presse : cas de Radars Info Burkina ». Durant 15 mn, l’impétrant a séduit le jury qui n’a pas hésité à lui accorder la note de 17/20.
Or, souligne Isidor Bouda, « le nombre de médias en ligne augmente chaque année et le monopole de l’information n’est plus l’apanage des médias ». Le monde de l’information au Burkina est alors très concurrentiel pour une audience plus ou moins restreinte.
Selon lui, le principal enjeu pour les éditeurs semble être alors de développer leurs contenus sur tous les supports, traditionnels comme numériques, et de réussir à les monétiser afin de faire vivre leur entreprise.
Le renforcement des capacités journalistiques et managériales des radios communautaires, c’est l’une des missions de la DW Akademie. Quatre radios partenaires sont bénéficiaires de ce programme. Une collaboration qui a rehaussé le niveau desdites radios. « Cette collaboration nous a permis non seulement d’améliorer nos émissions participatives et de rapprocher la radio de ses auditeurs, mais également de former et d’éduquer les communautés. Nous entamons la huitième année de partenariat avec la DW Akademie et c’est plusieurs résultats qui ont été engagés au cours de ces années. Nous les devons en grande partie à la collaboration avec la DW Akademie », a déclaré Yves Yemboini Ouoba de la radio TIN TUA de Fada.
Satisfecit du premier responsable de cette structure allemande, Carsten von Nahmen, qui apprécie positivement le travail des partenaires. Il promet d’ailleurs de renforcer cette collaboration qui vise la promotion des médias et de l’information. « Nous allons tout faire pour renforcer le travail de Fosocheck contre la désinformation (…). C’est le début d’un engagement à long terme. Nous ne sommes pas venus ici pour regarder mais pour rester. Nous sommes ici parce que nous avons des partenaires très forts et très engagés. Notre pays se focalise sur le Burkina Faso », a-t-il déclaré.
Débuté le 11 octobre 2021, le procès historique Thomas Sankara et 12 autres connaîtra son dénouement le mercredi 6 avril 2022 à 10 heures. C’est l’information donnée par le président de la chambre criminelle du tribunal militaire de Ouagadougou, Urbain Somé, au terme des plaidoiries ce vendredi 25 mars 2022, notamment avec la défense de l’accusé Diendéré. Maîtres Paul Kéré et Mathieu Somé ont été les derniers à défendre le général. Infraction pour prescription, c’est ce qu'on peut retenir des plaidoiries de ces avocats.
Intervenu en dernière position sur les infractions, maître Somé note qu'il y a prescription en la matière. « Si on considère la première plainte de 1997 comme un fait qui a interrompu le délai prévu, on recompte à partir de la dernière décision de 2001 jusqu’en 2015 quand on disait de reprendre. On n’avait pas dix ans révolus, on avait déjà 14 ans 9 mois. Donc une prescription de 10 ans plus 4 ans déjà. Même sans tenir compte du fait que cela a déjà été jugé et qu’on ne peut pas revenir dessus, c’est prescrit », a-t-il déclaré. Un point de vue que ne partage pas la partie civile. « Cette question de prescription, ils l’évoquent depuis l’instruction mais ils ont été battus sur cette question et ils la ramènent. Pour nous, le dossier ne montre aucune prescription. Sur le fait qu’il y a eu plusieurs actes qui ont été posés quand on a entendu la défense parler de prescription, ils se limitent à prendre quelques actes », soutient Me Prosper Farama.
Pour Me Farama, la partie civile est déjà satisfaite que ce procès se tienne et c’est pour elle une victoire. « Depuis le début de ce procès, nous avons dit que pour nous c’était la première victoire. Très peu de personnes s’attendaient à ce qu’il y ait un jour procès dans cette affaire. Mais nous avons fait cinq mois de procès. Comme vous l’avez vu, les avocats du général Diendéré ont pu argumenter pour demander son acquittement. Notre combat, c’est cela. Nous pouvons avoir des positions divergentes, mais nous souhaitons que cela ne soit pas résolu par les armes, que ça ne soit jamais résolu par des assassinats. Que la liberté soit donnée à chacun de dire au cours d’un procès sa position, sa participation ou non à ce qui lui est reproché (…). Vous avez même entendu le général aujourd’hui dévoiler des choses que personne n’avait entendue », explique Me Farama. 










