Littérature : « Des lucioles dans mes ruines », une autobiographie originale de Macange Ngaska Raphoz*
Radars Info Burkina « arpente » aujourd’hui les lignes d’une œuvre littéraire presque mélancolique qui, cependant, reflète la magnificence d’une biographie, la sublimation d’un appel à la résilience et à la sincérité de l’approche relationnelle. C’est un livre « bio » qui n’a pas pour vocation de séduire un lectorat féru de la langue de Molière et de ses tournures parfois complexes et irritantes. La prose de Macange Ngaska Raphoz nous met face à une réalité bouleversante et à une espérance d’un lendemain plus coloré de gaieté. Son titre empreint de métaphore, à lui seul, résume cet état de fait. « Des lucioles dans mes ruines » peut vite induire en erreur les « titrologues » invétérés.
Ce livre de l’éducatrice, artiste camerounaise par ses racines et burkinabè de cœur, est loin d’être une chronologie d’événements douloureux, mais un déroulé d’une vie entremêlant enfance innocente, séparations douloureuses, cruauté humaine, tentations multiformes, liaisons dangereuses voire toxiques, face à un mental de « lionne » au service d’une communauté de l’universalité. Macange, la fille d’Alexandre et de Jeanne d’Arc, fait usage de l’humour et de l’autodérision quand elle évoque son enfance. C’est aussi une forme de sincérité, attribut de l’ambivalence de l’éducation qu’elle a reçue d’une mère au caractère bien trempé et d’un père au tempérament plutôt « calme, conquérant à sa manière ». Elle n’a donc pas choisi une éducation réglée comme une horloge. À l’image de la musique émanant des battements de mains dans les eaux de la rivière Poula à Obala ou encore de la montée d’adrénaline dans la course vertigineuse camouflée à l’intérieur d’un pneu, elle se laissait guider par une existence commune à de nombreux enfants des villes et campagnes d’Afrique.
La prouesse de l’auteure a consisté à relater avec une profondeur et une exactitude déconcertantes une série de faits qui touchent à la sensibilité de ceux qui les ont vécus. Le lecteur avide de sensations fortes, de détails plus que croustillants, va devoir se raviser. Macange est une éducatrice qui a conscience de la portée de ses écrits. Si, par moments, elle se réserve d’être exhaustive, c’est par pudeur pour les « âmes sensibles » et surtout pour honorer les attributs de son éducation. « Des lucioles dans mes ruines » est donc un miroir, reflet de notre singulier dualisme.
Les prises de position de l’auteure au sujet du racisme voilé dans le prisme d’une condescendance ridicule, ou encore la nuance relative aux religions révélées, élucident à satiété qu’elle demeure une grande adepte des débats contradictoires constructifs. Point n’est impératif pour elle de se faire comprendre en faisant usage à profusion de mots savants. Pourtant, elle en a la capacité, dans sa tête bien faite et bien pleine. Cette sobriété dans la construction sémantique ou sémiologique est voulue pour toucher le subconscient de jeunes lecteurs alertes et paradoxalement exposés à une fragilité émotionnelle insoupçonnée.
Dans ce livre, il est, entre autres, question de valeurs familiales transmises, d’amitiés plus ou moins lugubres et de relations professionnelles anecdotiques. Les textes de Macange deviennent, à travers ces différents acteurs et dans plusieurs cadres spatio-temporels de l’Afrique à l’Europe, un manuel didactique empreint d’humanisme. Dans un monde en quête effrénée de bien-être, de confort matériel, l’écrivaine nous ramène à l’essentiel existentialiste : nous sommes parce que les autres sont. L’attention dévolue par son entourage et même par des inconnus à son fils JUNO dès sa naissance est l’illustration d’une Afrique solidaire et altruiste.
Sans verser dans un féminisme béat, ce livre qui se laisse lire d’un trait met en exergue la perception que certains ont de la place de la femme au sein d’une société traditionnelle ou moderne. Ces clichés expliquent-ils les tendances de « garçon manqué » que certains de ses proches lui attribuent ? Pourtant, la révolutionnaire dans l’âme, admiratrice du défunt président du Faso Thomas Sankara et du pays des hommes intègres, est d’une douceur atypique. Son album enregistré à Ouagadougou, sa voix et sa chaleur humaine marquent encore au Burkina les esprits de ceux qui l’ont côtoyée ou connue.
Il n’est donc pas étonnant que, dans les dernières lignes de son livre, nombre de lecteurs soient bouleversés de lire quelques lignes relatives à son combat contre le cancer. Mais pourquoi aborde-t-elle cet aspect touchant en si peu de mots ? Prépare-t-elle le lecteur à une seconde parution ? En attendant de l’avoir en interview pour éclairer notre lanterne, nous apprenons que c’est avec détermination et sérénité. Vaincre le cancer, c’est tout le mal que nous souhaitons à cette brave dame née en avril 1973 au Cameroun.
Dans cette œuvre autobiographique, Macange nous invite à profiter de chaque instant de notre existence. Même dans sa face hideuse, la vie doit être perçue avec reconnaissance et gratitude. Profiter de l’existant avec ses codes, ses limites, sa beauté et sa cruauté est un passage obligé. Tout compte fait, même dans les décombres de notre quotidien, de petites lumières émanant de lucioles nous rappellent qu’il est possible de construire du beau avec si peu. Rester vrai en évitant les confusions entre les valeurs et les artifices : c’est l’essentiel du message de ce récit chronologique de Macange Ngaska Raphoz.
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