mercredi 29 avril 2026

ffesp uneLa 27e édition du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) se tiendra du 16 au 23 octobre 2021 dans la capitale burkinabè. Dans cette perspective, le comité d’organisation de cette biennale culturelle a eu le jeudi 29 juillet des échanges avec les hommes de médias. Objectif : leur faire le point des préparatifs du festival.

Dans 2 mois, Ouagadougou sera sous le feu des projecteurs à l'occasion de la biennale du cinéma africain et le comité d’organisation est à pied d’œuvre pour que l’évènement soit une réussite. Lors de son face-à-face avec la presse, Moussa Alex Sawadogo, directeur général du Fespaco, a présenté les différents prix officiels en précisant qu’il y a eu quelques réaménagements pour les rendre plus attrayants. « Cette restructuration vise à donner plus de visibilité à certains prix », a déclaré le DG du Fespaco, qui a ajouté que ces réaménagements apporteraient une plus-value à cette édition du Festival dont le thème est « Cinéma d’Afrique et de la diaspora : Nouveaux regards, nouveaux défis ». La cagnotte des prix phares du Fespaco reste, dans l’ensemble, inchangée. « L’Etalon d’or reste à 20 millions de FCFA, l’Etalon d’argent à 10 millions de FCFA et l’Etalon de bronze à 1 million de FCFA », a affirmé M. Sawadogo

ffesp 2On a des prix comme ‘’la meilleure collaboration artistique, que ce soit en images, en scénario, en son ou en montage qui sont tous fixés à 1 million de FCFA ; les films documentaires longs métrages qui comportent un prix Etalon d’or à 10 millions de FCFA, un prix Etalon d’argent à 5 millions de FCFA et un prix Etalon de bronze à 3 millions de FCFA ; les films fictions courts métrages avec le Poulain d’or à 5 millions de FCFA, le Poulain d’argent à 3 millions de FCFA et le Poulain de bronze à 2 millions de FCFA’’. Pour ce qui est de la section Perspectives, les prix sont, entre autres, un trophée et 2 millions de FCFA chacun. Ce sont : le prix Oumarou Ganda de la première œuvre du film de fiction long métrage ; le prix Paul Robeson de la meilleure œuvre du film documentaire long métrage ; le prix Dribril Diop Mambety de la meilleure révélation. La cagnotte des prix de la section Burkina varient de 5 millions de FCFA à 3 millions de FCFA. En ce qui concerne les prix Yennenga post-production en numéraire ou en bourse de post-production, on a le prix DoxBox par exemple qui est évalué à 30 000 euros, soit plus de 19 millions 650 mille FCFA, et le prix Nour-Eddine Sail qui est de 50 000 euros, soit environ 32 millions 750 mille FCFA.

ffesp 3Les présidents de jury ont aussi été dévoilés au cours de cette conférence de presse. Ainsi, Moussa Absa Séné (Sénégal) sera le président du ‘’jury Burkina’’ ; Salif Traoré (Mali) sera, lui, le président du ‘’jury film d’école’’ ; Alain Gomis (Sénégal), double lauréat de l’Etalon du Yennenga, sera le président du ‘’jury Perspectives’’ ; Jihan El Tahri (France/Egypte) occupera la présidence du ‘’jury documentaire long métrage’’ ; ‘’le jury courts métrages fictions et documentaires’’ sera présidé par Angèle Diabang (Sénégal) ; Frederick Lavigne (France) présidera le ‘’jury des séries télé/animation’’. ‘’Le jury long métrage’’ sera, quant à lui, présidé par Abderrahmane Sissako (Mauritanie).

« En termes de préparatifs, on est à 70% mais soyez rassurés qu’au soir du 15 octobre, nous serons à 100% prêts», a affirmé Moussa Alex Sawadogo avant d’ajouter : « Notre ambition, c’est de faire en sorte que le public, les professionnels, les partenaires soient vraiment satisfaits du contenu. Il ne s’agit pas d’aligner une centaine de films mais de veiller à ce que les films sélectionnés par le jury soient de qualité ».

Le Sénégal, pays d’honneur de ce 27e Fespaco, a réitéré son soutien technique et financier. « Tout ce qui est matériel de sonorisation est pris en charge par le Sénégal et même les techniciens et ingénieurs viendront de ce pays pour les cérémonies d’ouverture et de clôture de l’évènement », a précisé M. Sawadogo. C’est donc dire, toujours selon le DG du Fespaco, que le Sénégal sera bien présent à cette biennale du film.

Revenant sur la récente visite de la délégation ministérielle au festival des Cannes en France, Moussa Alex Sawadogo a confié que les échanges au cours de ce voyage ont été fructueux pour le Fespaco. « Le ministère français de la Culture et celui de la république de Belgique nous ont assuré de leur présence. Pour nous, leur présence constitue un grand apport pour le festival », a-t-il souligné.

Initialement prévue du 27 février au 6 mars 2021, la 27e édition du Fespaco avait été reportée à cause de la recrudescence de la Covid-19.

Sié Mathias Kam

ppbbda uneTenu sous la présidence de Roch Marc Christian Kaboré, le Conseil des ministres, en sa séance du jeudi 22 juillet dernier, a nommé un nouveau directeur général à la tête du Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA), une structure qui relève du ministère de la Culture. Ce changement a suscité diverses réactions des amoureux de la culture sur la toile. Au micro de Radars Info, quelques acteurs culturels font un bilan du passage du désormais ex-directeur du BBDA, Wahabou Bara, dit Walib Bara.

Le Bureau burkinabè du droit d’auteur (BBDA) a un nouveau directeur depuis le jeudi 22 juillet 2021. Walib Bara a en effet été remplacé de la tête dudit Bureau par Samuel Garané. Almamy KJ (Abdoul Kader Ouattara à l’état civil), SG du Syndicat national des artistes musiciens du Burkina (SYNAMUB), dresse un « bilan négatif » du passage de ce dernier dans l’institution. Selon le SG dudit syndicat, « Monsieur Wahabou Bara a toujours été un directeur général illégitime d’autant plus que l’article 26 du BBDA dispose : ‘’En aucun cas, un créateur, un membre du BBDA ne peut être travailleur du BBDA, a fortiori diriger le BBDA’’. Monsieur Wahabou Bara est un écrivain, un éditeur, un producteur, donc membre du BBDA ; ainsi il était à la fois juge et parti ». Almamy KJ clame que M. Bara a été non seulement un DG illégitime, mais aussi « un champion de la corruption ». « De 2016 à 2020, M. Wahabou Bara a toujours eu son nom sur les différentes listes de paiement des droits d’auteur. Vous conviendrez avec moi que dans un pays sérieux de droit, de telles choses ne peuvent se produire. C’est inacceptable, insupportable », martèle Almamy KJ. Et il enfonce le clou : « Depuis la création du BBDA en 1985, sa gestion sous Walib Bara, de 2016 à 2021, est la plus calamiteuse.»pbbda 2L’activiste Naïm Touré, lui aussi, y était allé de son appréciation de la gestion du BBDA sur sa page Facebook dans une publication du 20 juin 2021 ainsi titrée : « BBDA : Bureau burkinabè des deals artistiques ».

A l’inverse du SG du syndicat des musiciens, le groupe « Génération 2000 », lui, dresse un bilan plus que satisfaisant du passage du désormais ex-directeur général du BBDA. Selon Jean Bayili, alias ‘’Jonny Jonny’’, le décret portant remplacement de Walib Bara  est tombé comme un coup de tonnerre, car personne ne s’y attendait. « C’était la surprise du chef ! Je ne m’y attendais pas », dit-il. Il précise que grâce au passage de M. Bara à la tête du BBDA, beaucoup de choses y ont changé. « Il y a des gens qui ne savaient pas ce qu’on appelle droits d’auteur ; il est donc allé vers eux. Il n’a pas attendu qu’ils viennent à lui, il a organisé des conférences pour montrer à toute la filière artistique comment les choses se passent. Il a montré aux gens comment faire pour percevoir le droit d’auteur », affirme-t-il. « Je lui tire mon chapeau, il a vraiment fait un travail exceptionnel », conclut ‘’Jonny Jonny’’.pbbda 3 Même son de cloche chez son acolyte du groupe « Génération 2000 », Baboudi Michel Neya, alias ‘’Benga Kabakourou’’. Tout en félicitant ce dernier pour le travail abattu, il se demande si le BBDA aura encore un DG disponible comme l’était Wahabou Bara  pour les artistes. « Quelqu’un pourra-t-il faire mieux que Walib ? L’avenir nous le dira », a affirmé ‘’Benga Kabakourou’’.

« Syatik », Idrissa Nikiéma à l’état civil du groupe « Gombo-com », espère que la nouvelle direction poursuivra avec brio les chantiers entamés par Walib Bara. « Les défis sont énormes quand on voit jusqu’à quel niveau Walib Bara a placé la barre. A ses remplaçants de faire mieux que lui », a-t-il dit.

« Génération 2000 » souhaite au nouveau DG du BBDA et à son équipe dirigeante de « faire en sorte qu’il y ait la cohésion entre les artistes ». « Nos attentes du nouveau bureau du BBDA, c’est qu’il fasse un audit de l’institution. Nous avons toujours demandé cela. Auditer, c’est vérifier. Si les gens ne se reprochent rien, qu’ils passent à l’audit du BBDA (…) Il faut assainir cette structure (Ndlr : le BBDA), mettre fin à cette gestion mafieuse qui a liquidé notre maison de droit d’auteur qui auparavant était parmi les plus brillantes de la sous-région », a souhaité le SG du SYNAMUB, Almamy KJ.

En rappel, Wahabou Bara avait été nommé en Conseil des ministres le 29 juin 2016 en remplacement de Kouliga Daniel Nikiéma. Il a, durant 5 ans, dirigé la faîtière du droit d’auteur au Burkina Faso. Samuel Garané, juriste, administrateur des services touristiques, est le nouveau DG du BBDA. Il a été installé dans ses fonctions le lundi 26 juillet 2021.

Sié Mathias Kam

camerExporter la culture du département de la Lekié au Cameroun et dans le reste du monde, tel est l'objectif du festival Festy Lekié, porté par sa promotrice, Mireille Manga. A travers ces lignes, elle donne les raisons qui l'ont conduite à développer une telle initiative depuis 2016.

Le rêve de cette battante du milieu culturel camerounais est parti d'un constat : la grande perte des repères historiques et culturels par la nouvelle génération de son département en raison de l'érosion de la modernité et des influences extérieures.

« Je me suis dit qu'il était impératif de fédérer les efforts de tous les fils et filles de la Lekié autour d'un concept  novateur et c’est ainsi que nous avons créé le festival de la Lekié, dénommé Festy Lekié, en 2016 », a expliqué la promotrice.

Pour l'heure, ledit festival, depuis la 2e édition, bénéficie d'un accompagnement multiforme de la tutelle des Arts au Cameroun et des autres grandes institutions du pays. Un constat qui fait dire à Mireille Manga que le bilan est positif, tant sur le plan artistique que sur celui institutionnel.

Festy Lekié est un rendez-vous culturel qui se veut rotatif à l'intérieur du Cameroun et même au-delà. « Notre politique de rotation à l'intérieur de notre département nous permettra à long terme de sortir du Cameroun et de nous adapter aux réalités d'ailleurs. acct 2Pour cela, nous avons une marraine qui joue pleinement son rôle d'extension et de promotion au-delà des frontières nationales en la personne de Macange Marie, marraine zone Europe chargée des relations avec les organismes internationaux », a précisé la promotrice.

Au-delà de sa dimension culturelle, le Festy Lekié vise aussi à promouvoir le développement économique à travers les foires régulièrement organisées pendant la période du festival, une politique qui permet la création d'activités génératrices de revenus où tous les exposants trouvent leur compte.

Les promoteurs du festival ambitionnent de couvrir les 9 communes de ce département situé dans la région du Centre du Cameroun. « C'est après avoir fait le tour de la Lekié que nous pourrons envisager une organisation extérieure, sauf en cas d'extrême sollicitation », a conclu Mireille Manga.

En rappel, ce festival bénéficie de l'accompagnement du ministère des Arts et de la Culture du Cameroun.

Bessy François Séni

movie uneIl se nomme Rodrigue Savadogo, acteur, scénariste, assistant réalisateur, coordinateur général Des Audacieux (Agence d'acteurs) et  communicateur du groupe Karismatik et de l'ABSM. Il est également l'un des  deux acteurs principaux du film Les Nouveaux Riches du réalisateur Abdoul Bagué. Il nous raconte ses débuts dans le 7e art et comment il s'est identifié au personnage Bouki dans ce long métrage.

Des débuts pas du tout faciles dans le cinéma pour le jeune Rodrigue qui devait allier études et cinéma. Autre défi : comment convaincre son coach en jeu d'acteurs de lui donner sa chance. En effet, le coach du jeune étudiant ne croyait  pas en ses chances de réussir dans le cinéma. Il lui a fallu surmonter ces obstacles en lui faisant admettre qu'on peut y arriver malgré les moqueries et les castings qu'on ratait.

Pour ce qui est de son rôle dans le film Les Nouveaux Riches, c'est sur un plateau de tournage qu'il a rencontré le réalisateur Abdoul Bagué. « Nous avons échangé et il m'a invité sur un de ses projets dans lequel je devais faire un stage en réalisation et à partir de là il m'a recommandé sur plusieurs plateaux en tant qu’assistant réalisateur », explique-t-il.

 « En écrivant le scénario du long métrage Les Nouveaux Riches avec Abdoul, nous voulions d'une part donner une autre couleur au cinéma burkinabè, et d'autre part nous faire plaisir et c'est dans cette optique que j'ai interprété le rôle de Bouki », raconte le jeune assistant réalisateur. movie 2Il ajoute qu'humblement il n'est pas sûr d'avoir incarné intégralement le rôle tel que voulu. « J'ai juste voulu me faire plaisir et laisser mon cœur jouer tout en visant l'excellence », renchérit-il.

Le jeune réalisateur s'est également prononcé sur le rôle de la jeunesse dans la promotion du 7e art. « Les jeunes ont peur d'oser, car ils redoutent le rejet. Nous  oublions souvent que le rejet fait partie du processus de réussite », a-t-il déclaré.

De l’avis de Rodrigue Savadogo, le cinéma burkinabè souffre surtout du manque d'accompagnement au profit de la jeunesse. Selon lui, beaucoup d'entre eux sont très talentueux et créatifs ; malheureusement ils sont limités dans leurs créations.

Donnant son appréciation du niveau  de performance du cinéma burkinabè, le poulain d’Abdoul Bagué pense qu'il mérite la note de 7/10, car les professionnels du cinéma font de leur mieux pour le faire rayonner.

Il faut noter que Rodrigue Savadogo a déjà joué des rôles importants dans la réalisation de certains films. Ce fut le cas dans « Karma », « Djandjou » et « Fruit défendu » d’Abdoul Bagué où il fut assistant réalisateur, ainsi que dans le film "La dette" d’Aimé Bado, puis opérateur caméra dans « Le prix du risque ».

Bessy François Séni

Entrepreneuriat culturelAu Burkina Faso, l’entrepreneuriat culturel  peine à se faire une place au soleil parce que peu créateur d’emplois. Malgré ce contexte difficile, certains promoteurs culturels ont su transformer leur rêve et en faire une activité qui apporte un plus à l’économie nationale. Sont de ceux-là Sébastien Baziemo, styliste modéliste, fondateur de la maison Sébastien Baziemo, plus connu sous le nom de Bazemsé, et Wenkouni Olivia Ouédraogo, comédienne, conteuse qui sont parvenus non seulement à vivre de leur art, mais aussi à en faire profiter à d’autres personnes.

Plus connu sous le nom de Bazemsé, Sébastien Baziemo est un styliste modéliste burkinabè qui force l’admiration. Aujourd’hui fondateur de la maison Sébastien Baziemo, M. Baziemo fait ses premiers pas dans la couture dès son plus jeune âge. Déjà à l’école primaire il était un mordu de couture et, comme il le dit, «  je n’étais pas un garçon comme les autres parce qu’on trouvait toujours des coupons de tissus et des chiffons dans mon sac d’écolier. Je faisais chaque fois un tour chez le couturier pour ramasser des chiffons et des aiguilles et une fois en classe, tandis que le maître était en train de donner la leçon du jour, j’étais sous la table et je cousais des morceaux de tissus ».

C’est avec une abnégation sans faille qu’il parviendra à convaincre sa mère de l’inscrire dans une école de couture malgré l’opposition de son père qui trouvait ce métier était fait pour les femmes. « A un certain moment, j’ai dit à mes parents que je ne voulais plus continuer l’école. C’était une chose qui était très difficile pour mon père. Il aurait préféré que je fasse la mécanique car pour lui,  la couture était un métier de femme. Il s’est farouchement opposé et c’est ma mère qui a pris ma formation de couturier en charge. Elle m’a conduit chez son couturier pendant un an pour voir si ce n’était pas un caprice d’enfant. Vu ma motivation, elle a décidé de m’inscrire dans une école de couture pour une formation de trois ans. Après ma formation, j’ai commencé difficilement à m’installer à mon propre compte et c’est ma mère qui a été mon premier mannequin », raconte Sébastien.

Wenkouni Olivia Ouédraogo, comédienne, conteuse burkinabè, nous parle de son parcours de pionnière semblable à celui du styliste modéliste. « J’ai commencé en tant que conteuse autodidacte à l’âge  de 13 ans. Au début on m’a dit que l’art ne nourrissait pas son homme et qu’il fallait le  faire seulement pour la passion sans rien attendre en retour. Personnellement, j’ai lancé le défi à mes parents en leur disant que j’allais le faire l’art et même en faire un métier. Aujourd’hui, malgré ma petite carrière j’arrive à vivre de mon art et je ne dirai pas que l’art ne nourrit pas son homme ».

Parvenir à faire fonctionner une entreprise culturelle au Burkina Faso est un grand défi pour les acteurs du domaine. Après 20 ans de métier, Sébastien et Olivia ont fini par comprendre qu’il faut se faire accompagner si on souhaite asseoir une entreprise culturelle viable. Ayant bénéficié de l’appui du programme Afrique Créative, ils sont arrivés à stabiliser leurs entreprises respectives en s’entourant d’une équipe dynamique.

« Il faut dire qu’à  la base je suis créateur de mode et non chef d’entreprise. Il m’a fallu 20 ans pour savoir comment m’y prendre avec une entreprise et ce n’est pas chose aisée. Au départ, c’était moi qui gérais tout mais aujourd’hui j’ai équipe avec  qui je  travaille et maintenant je commence à être soulagé », raconte Sébastien Baziemo.

« Au début, c’était très difficile pour moi. A un moment donné,  je voulais même arrêter. En plus de cela, l’Etat ne nous facilite pas les choses. Dès que tu commences à travailler,  les services  des impôts sont à tes trousses parce qu’on te voit tous les jours à la télé et on se dit que tu as certainement beaucoup d’argent. Entre-temps je me suis même demandé s’il fallait chercher à grandir ou rester petit », s’est-il indigné.

De son côté, Olivia s’est interrogée sur le fait de son retard à comprendre la notion d’entreprise culturelle. «  A mon niveau, je me suis demandée pourquoi  c’est après 20 ans qu’on arrive à comprendre l’idée d’entreprise culturelle. Il fallait alors s’arrêter et corriger tout ce qu’on a eu à mettre en place. Aujourd’hui, j’ai une compagnie de théâtre avec laquelle je fonctionne et je fais des monologues et aussi des spectacles de salons, bien sûr avec une équipe mise en place à cet effet», conclut-elle.

Bessy François Séni

Cinema burkinabeGénéralement opposé au film d’auteur, le film populaire suscite de plus en plus d’intérêt, tant du côté des réalisateurs que de celui des cinéphiles burkinabè. Des spécialistes de la question expliquent les raisons d’un tel attrait pour ce type de film dans les salles de cinéma

Mamadou Badolo est réalisateur, scénariste et premier assistant réalisateur pour le film populaire « Infidèle ». Selon ce spécialiste de questions cinématographiques, le film populaire, contrairement au film d’auteur, aborde généralement des sujets proches des populations et des réalités communautaires. Il cite en exemple la plupart des films tournés autour du thème de l’excision. Pour lui, les films indiens, par exemple, doivent leur succès au choix de ce type de films. « La plupart des films indiens sont des films populaires. Ils mettent en exergue leur culture, leur façon de faire. Dans leurs films, l’habillement et tous les gestes de l’acteur principal est un trait de la culture indienne et toute la population s’y identifie », explique-t-il.

Pour Aboubacar Diallo, étudiant en formation à l’ENAM en cinéma et audiovisuel, la raison première pour quelqu’un qui vient au cinéma, c’est le loisir. On a besoin de s’identifier aux acteurs qui sont dans le film. Aboubacar Diallo pense que les cinéphiles ont besoin de sentir parfois que c’est leur histoire qui est en train d’être racontée. « Le public burkinabè a vraiment faim et soif de produits cinématographiques burkinabè, surtout lorsqu’ils sont faits dans le style populaire », a-t-il martelé.

 L’étudiant estime que les films d’auteur traitent rarement des histoires d’amour et le grand public ne s’y retrouve pas souvent. Par contre, avec le film populaire, il y a un grand engouement qui conduit parfois à visionner le même film plusieurs fois. Il a aussi fait savoir que les films populaires sont une solution pour faire revivre les salles de cinéma qui ont été délaissées pendant longtemps.

Selon lui, les salles ne sont pas construites pour rester vides et qu’il faut aussi voir dans le cinéma une industrie où la loi de l’offre et la demande est à prendre en compte. « Quand on crée un produit qui n’est pas demandé, il ne faut pas être surpris que la population ne soit pas intéressée », renchérit-il

 Aboubacar Diallo pense aussi que le cinéma d’auteur est l’idéal, même s’il n’est pas forcément commercial et que c’est la vocation première du cinéaste. Il reste le meilleur produit cinématographique qu’un cinéaste peut espérer produire parce que c’est ce film qui va voyager à l’international.

« Sans être un spécialiste du cinéma ; je me dis quand même qu'on fait le film c’est pour les populations. Lorsque les films sont populaires et aimés par la plupart des gens, c'est ce qui va les attirer vers les salles de cinéma Si vous voyez aujourd'hui que les gens donnent plus d'importance aux films du Nigeria, c'est parce que ces films sont populaires. Lorsque nous faisons des films pensons à la cible parce que les films populaires sont l'avenir du film burkinabè à mon avis », explique Ibrahima Badiel, représentant de la ministre de la femme à l'occasion de la projection du film « La Dette » du réalisateur Aimé Bado

Selon Abdoul Bagué, réalisateur de cinéma, quant à lui dira que « quand un public adhère à quelque chose forcément cela va faire du bruit, cela va faire de l'écho ». Il affirme que le cinéma populaire est l'avenir du cinéma burkinabè. « Le cinéma populaire permettra aux cinéphiles de faire revivre le cinéma en salle et de redonner une couleur à ce secteur qui dort un peu. Je pense que c'est la voie pour donner un coup de pouce à notre à notre cinéma », conclut-il.

Bessy François Séni

mrds uneLa musique burkinabè a subi beaucoup de mutations ces dernières décennies. On constate l’émergence d’une génération d’artistes musiciens ayant un style différent de celui de leurs prédécesseurs. Pour Marius Diessongo, journaliste et consultant culturel, la musique burkinabè a puisé pendant longtemps dans ses propres racines, même si elle a été souvent influencée par des bases rythmiques extérieures.

« Je ne vois pas en quoi la musique moderne burkinabè est une copie de la musique ivoirienne », a déclaré d’entrée de jeu Marius Diessongo. Il a ajouté que la musique était cyclique en citant comme exemple l’âge d’or de la musique congolaise. Au Burkina Faso, par exemple, des artistes comme Georges Ouédraogo et Issouf Compaoré faisaient soit de la soul music, soit de la chanson française, c’est-à-dire que la base rythmique de leurs chansons était de la soul music ou de la chanson française mais ils ne chantent qu’en mooré. Et Marius Diessongo de préciser qu’à cette époque-là, il y avait un certain nombre d'artistes qui faisaient du warba.

Pour le consultant culturel, l’âge d’or de la musique congolaise a influencé la base rythmique des chansons des musiciens burkinabè. Des musiciens comme Zaksoba (qui a fait un featuring avec le musicien congolais Defao) et le Groupe Oxygène illustrent cette influence de la rythmique congolaise sur les musiciens burkinabè avec le soukouss, le zaïko et bien d’autres genres. L’influence de la musique ivoirienne n’est apparue que tout dernièrement avec le mouvement coupé-décalé avec le Groupe As DJ en 2002. C'est à ce moment que quelques artistes burkinabè faisaient du coupé-décalé. Il y a eu aussi l’influence du zouglou avec le Groupe Djafoul Staff qui faisait un mélange de liwaga et de zouglou, mais qui a eu du mal à s'imposer.

mrds 2Marius Diessongo a en outre fait remarquer que c’est à partir de 2005 qu’on a vu apparaître un artiste musicien comme Yoni avec son album Nonglom. C’était une œuvre musicale faite purement de la musique burkinabè à sa base rythmique avec un mélange de musiques moaga, peule et de wedbindé.  Yoni a transmis son rythme à Floby qui à son tour l’a transmis à d'autres comme Sofiano et ainsi de suite. Hamed Smani a créé le takborsé, Dez Altino est arrivé avec sa rythmique issue de Ouahigouya. « Peut-être qu'il y a eu des influences sur des consommateurs parce ces derniers sont friands de musique ivoirienne, mais pas sur les artistes forcément », a indiqué Marius Diessongo.

Il a rappelé que les musiques d'inspiration traditionnelle occupent une place de choix dans le show-biz burkinabè avec de grands noms comme Kisto Koinbré, Zougna-Zagmda et Hado Gorogho Léontine.

« La base rythmique de la musique mandingue a aussi influencé la musique burkinabè d’artistes comme Solo Dja Kabako et Bassita Diabaté », a précisé M. Diessongo, pour qui cette influence extérieure est à mettre au compte des acquis culturels. « C'est d'ailleurs une bonne chose parce que quand vous allez dans les confins du Burkina Faso, vous constatez que c’est ce qu’une grande partie des populations écoutent. L’avantage, c’est que cela suscite des collaborations entre artistes de la musique traditionnelle et artistes de la musique moderne », a affirmé le consultant.

Bessy François Séni

cltr uneIl fait partie des artistes incontournables en matière d’humour au Burkina et en est l’un des précurseurs. Membre du groupe Génération 2000 dont il est aujourd‘hui le leader, Jean Aimé Bayili, alias JONH’ES, nous dit  ce qu’il pense de la promotion de la culture au Faso dans cet article.

 « On a commencé par l’animation de soirées culturelles, de ballets et de sketches », raconte JONH’ES à propos de leurs débuts. Au fil du temps le groupe a grandi et déployé ses ailes aux quatre coins du Burkina. Aujourd’hui, il procède à la formation de jeunes en humour malgré la modicité de ses moyens.

De cette écurie sont sortis des artistes humoristes comme le groupe Gombo.com, Son Excellence Gérard, Moussa Petit Sergent, pour ne citer que ces derniers. De l’avis de notre interlocuteur, la relève est assurée.

JONH’ES, jamais en manque d'inspiration, met en place  le ‘’Camp vacances humour’’, une initiative qui permettra de révéler davantage de talents cachés. Cela a permis l’apparition de talents comme Momo l’intellectuel, Ouistiti d’or 2020, Bala le citoyen, les Homotokés, etc. cltr 2Interrogé sur l’importance du groupe Génération 2 000, Momo l’intellectuel ne tarit pas d’éloges sur celui qu’il appelle affectueusement « papa ». « Ce groupe a été la porte d’entrée pour bon nombre d’acteurs et ce qu’on est aujourd’hui, c’est à lui qu’on le doit », nous confie le lauréat du Ouistiti d’or Momo l’intellectuel.

Le groupe Génération 2 000, comme tout autre, a connu des hauts et des bas, à en croire JONH’ES. « Nos difficultés sont surtout d’ordre financier. L’initiative ‘’Camp vacances’’ a été financée sur fonds propres et la participation est gratuite. C’est dire que si je devais tendre la main, je n’allais pas être à la 5e édition de cette activité», explique-t-il. 

Notre interlocuteur nous confie avoir pour ambition la création d’un centre de formation professionnelle dédié à l’humour et au rire. Dans ce sens, il lance un appel aux autorités nationales à accompagner davantage les artistes qu’ils sont. « Nous avons besoin de l’accompagnement de notre ministère de tutelle pour aller plus loin », plaide Jean Aimé Bayili. Des formations au profit de la jeunesse sont organisées mais, relève l’humoriste JONH’ES, c’est seulement de manière sporadique. « Mon objectif, c’est d’avoir un lopin de terre pour en faire une école d’humour et du rire », a-t-il conclu.

Sié Mathias Kam (stagiaire)

rlst uneL'édition 2021 du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (FESPACO), principal festival africain du 7e art, initialement prévue du 27 février au 6 mars, se tiendra finalement du 16 au 23 octobre. Oumar Dagnon, producteur, réalisateur, scénariste burkinabè, se réjouit que le FESPACO revienne.

Réalisateur, producteur, scénariste burkinabè et P-DG de la structure Watigroupe SARL, Oumar Dagnon ne cache pas sa joie quant à la reprogrammation de la biennale du cinéma. « Cela me fait chaud au cœur de savoir que le FESPACO revient. C'est vrai qu'il n'avait pas été annulé mais reporté. Qu'on ait une date maintenant, je pense que cela permettra à chacun de se préparer pour voir comment aborder ce festival », a-t-il affirmé. « Vu que des films ont été soumis à l'appréciation du comité de sélection, on va attendre que les résultats sortent », a-t-il ajouté.

Oumar Dagnon pense que le FESPACO a toujours été un moment de rencontres, un moment décisif dans la vente de programmes. C'est aussi le moment de tisser des partenariats pour voir dans quelle mesure construire des coproductions entre différentes productions et différents pays et surtout espérer avoir des accompagnements financiers, faire des réseautages, c'est-à-dire avoir un maximum de contacts possible.

Le réalisateur a saisi l’occasion pour évoquer les difficultés que le secteur rencontre au Burkina Faso. Des difficultés qui sont pour la plupart financières. 

« Pour produire des films, vous avez beau avoir un bon projet, si vous n'avez pas de financement assez conséquent pour mener à bout les aspects artistiques, techniques et esthétiques le projet, cela va sans dire que le projet va prendre des coups sur le résultat final », a-t-il martelé. Oumar Dagnon propose qu’il soit mis en place un fonds spécial dédié au cinéma burkinabè comme cela se fait au Sénégal et en Côte d'Ivoire dans la mesure où le Fonds de développement culturel et touristique (FDCT) n'est pas spécialement dédié au cinéma.

Le réalisateur, producteur, scénariste burkinabè s’est aussi prononcé sur la forte présence actuelle des techniciens du cinéma burkinabè sur de nombreux plateaux de cinéma à l’international. « Ce sont surtout les techniciens burkinabè qui sont sur beaucoup de plateaux de cinéma avec la série Cacao en Côte d’Ivoire, la série Wara au Sénégal. La plupart du temps, ce sont les techniciens burkinabè qui sont sollicités parce qu'on a de grands techniciens au Faso. Le fait que l'industrie cinématographique ne soit pas encore en marche ici fait que les choses stagnent ; forcément ils vont donc aller  monnayer leurs compétences ailleurs et c'est de bonne guerre », estime Oumar Dagnon.

Le réalisateur a conclu ses propos en invitant les autorités burkinabè à mettre l'accent sur le financement du cinéma parce que avant tout, c'est le Burkina qui est représenté à l'extérieur : « Quand on parle du FESPACO, tout de suite c'est le Burkina Faso. Je pense qu'on peut toujours avoir notre place dans le concert des nations mais en mettant en place des mécanismes de financement réels de tout ce secteur ».

Bessy François Séni

hmr uneIls font partie des meilleurs humoristes du Burkina. Eux, c'est Syatik et Kérékékankoukan du groupe Gombo.com, ce duo de fous du rire qui relève le défi d'être de plus en plus vu à des cérémonies lors desquelles il incarne le rôle d’enfants bien éduqués qui n’hésitent pas à dire tout à tout le monde. Qu’est-ce qui fait la particularité de ce groupe qui, depuis maintenant une dizaine d’années, arrache le sourire au public ? Réponse dans cet article.

Le groupe Gombo.com, composé de Syatik, Idrissa Nikiéma à l’état civil, qui est passé par le département d’études anglophones de l’université Joseph Ki-Zerbo de Ouagadougou, et d’Ousmane Bamogo dit Kérékékankoukan, titulaire d'un BTS en maintenance électronique et informatique, a un parcours atypique, et c'est le moins qu'on puisse dire. Ayant fait leurs premiers pas dans le théâtre, ces deux amis d’enfance ont finalement opté pour l’humour.  «C’est après des formations en humour qu’on s'est rendu compte qu’on était à côté de la plaque ; on a opté pour l’humour mais à nos heures perdues, on fait du théâtre car cela nous permet de mieux nous former pour être meilleurs dans l’humour», nous a confié Ousmane Bamogo. hmr 2Comme on a coutume de le dire, la vérité sort de la bouche des enfants. C’est conscient de cela que ce duo a décidé d’incarner le rôle d’écoliers. « On a opté d’incarner le rôle d’enfants car l’enfant est pardonné d’office malgré tout ce qu’il fait et dit», a expliqué Idrissa Nikiéma. L’essentiel, c’est de proposer une représentation de qualité au public. Pratiquement absent depuis son dernier spectacle en février 2021, le groupe Gombo.com observe une sorte de pause mais, à en croire Ousmane Bamogo, « c’est un retranchement pour mener la réflexion sur de nouveaux personnages à incarner. » Avec la multiplication des spectacles, le groupe doit savoir qu’il lui est nécessaire de se réinventer s'il veut éviter de sombrer dans le piège de la monotonie, du déjà-vu. C'est en tout cas l’avis de John’s, artiste comédien, qui affirme : « Les artistes ont besoin d’explorer d’autres univers, artistiquement parlant, pour voir ce que cela donne, pour pimenter leur art. » Et d’exhorter la nouvelle génération à la créativité. Mais, ajoute Ousmane Bamogo, « la latitude est laissée au promoteur, voire au public, de choisir le rôle à incarner par Gombo.com : un rôle d’enfants ou de nouveaux personnages. » Toutefois, le groupe déplore le manque de salles pour les spectacles et invite le ministère de la Culture à œuvrer à diversifier les infrastructures dans tout le pays.

Syatik et son acolyte envisagent de créer au profit des jeunes qui désirent faire carrière dans l’humour un cadre leur permettant de se mettre en lumière après que ceux-ci auront été formés. « Le 2e mandat sera époustouflant », a conclu, taquin,  Idrissa Nikiéma.

Mathias Kam (stagiaire)

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