lundi 4 juillet 2022

« Il faut amener les parents à parler de la sexualité avec les enfants. Éduquer sexuellement les enfants ce n’est pas les pervertir », madame Ketura THIOMBIANO chargée de communication du projet genre, droits sexuels et santé de la reproduction

20180814 100243Au Burkina Faso, la sexualité précoce de la jeune fille est une réalité. Pas toujours consciente des dangers qu’elles en courent, nombreux sont les jeunes qui adoptent des comportements susceptibles d’avoir des répercussions importantes sur leur santé et leur avenir en général. Pour en parler nous avons rencontré madame Ketura THIOMBIANO, chargée de communication et du suivi-évaluation du projet le genre, les droits sexuels et santé de la reproduction.

 

Radars Info Burkina : Que  peut-on  entendre par sexualité précoce ?

Ketura THIOMBIANO : Pour nous, la sexualité précoce c’est l’entrée dans la vie sexuelle très tôt aussi bien pour la jeune fille que pour le jeune garçon, parce que la maturité physique qu’on peut situer entre 18 et 20 ans pour une fille ou un garçon n’est pas synonyme d’une maturité psychologique.  En effet, la jeune fille peut être physiquement apte à avoir des rapports sexuels et même à supporter une grossesse, mais, sur le plan psychologique, elle n’est pas assez mure pour supporter le poids d’une grossesse, le poids des rejets et toutes les conséquences de la grossesse qui découlent de sa sexualité. La sexualité précoce, on le situe aussi en milieu scolaire pour une fille qui est toujours sur le banc de l’école qui n’a pas encore fini son cursus scolaire. Si elle est en activité sexuelle, c’est que c’est précoce, parce que pour nous, il faut d’abord atteindre un certain niveau avant de commencer sa sexualité. En effet, quand on dit qu’on est sexuellement actif, on doit être responsable, on doit être aussi en mesure d’assumer les conséquences de cette sexualité précoce, c'est-à-dire être une mère, être une épouse immédiatement, parce que la grossesse dans certaines sociétés  équivaut au foyer étant donné qu’il faut rejoindre l’auteur de la grossesse et continuer peut être les études. Ce qui fait que c’est plusieurs poids qui se retrouvent donc sur les épaules de la jeune fille en situation scolaire. De charges dont elle n’est pas encore apte à supporter.

 

RIB : On remarque de plus en plus que la sexualité précoce est assez fréquente chez les filles au Burkina Faso. Qu’est ce qui peut expliquer cela ?

KT : Il y a plusieurs facteurs qui expliquent l’entrée très précoce de la jeune fille dans la vie active sexuelle. On peut citer par exemple le poids de la tradition  et le tabou. Le cadre familial n’apprend pas vraiment la jeune fille à pouvoir préparer sa vie sexuelle. On l’a met en garde, mais on en parle pas. On lui dit qu’elle va devenir femme, mais on ne lui dit pas comment  on devient femme. A l’école, on se limite beaucoup plus aux aspects physiques avec les cours de SVT, on lui explique simplement le fonctionnement du corps de la jeune fille du jeune garçon, mais, sans lui dire les risques qu’elle court en allant aux rapports sexuels. Là où elle entend parler de la sexualité, c’est dans les medias qui  ne font pas ce travail  d’éducation sexuelle. Ils donnent l’information, l’adulte comme l’enfant a droit à la même information et l’enfant quand elle capte cette information elle ne peut pas traiter cette information de la même manière que l’adulte. Il y a aussi la pression des paires en milieu scolaires. On remarque que dans les écoles, les filles qui ont opté pour l’abstinence sont la risée des uns et des autres, alors que celles qui sont actives sexuellement sont celles qui sont dites «  branchées ». Ce qui fait que celles qui sont la risée des autres sont emmenées à faire comme les autre, donc à aller aux rapports sexuels. Il y a aussi la question des partenaires, qu’ils s’agissent des élèves, des gens de la communauté des enseignants et bien d’autres. On entend beaucoup parler de viol, de grossesses dont des enseignants en sont les auteurs. Tous les acteurs sont donc impliqués dans cette situation,  que ce soit au niveau familial, scolaire que politique, parce qu’il n’y a pas de loi qui encadre la sexualité des filles au Burkina en ce moment.

 

20180814 100527RIB : quel est l’état des lieux de la sexualité précoce au Burkina Faso ?

KT : De 2012 à 2016, le ministère de l’économie et des finances avait fait une étude. Il  a recensé 6 400 cas de  grossesses précoces en milieu scolaire et non désirées au Burkina Faso. Ces chiffres ne prennent pas en compte les filles qui ne sont pas instruites. Pourtant à ce niveau aussi le phénomène est inquiétant.  Au cours de notre étude de référence pour mettre en œuvre ce projet, nous aussi avons recensé des cas de grossesses précoces et les 15 établissements partenaires de notre étude ont été sélectionnés sur la base de taux de grossesse,  le moins élevé c’est 10 et le plus élevé c’est 30 cas, il y a donc un réel problème en milieu scolaire.  Le taux est élevé et d’années en années, on voit des situations là ou le taux à été moins élevé sa s’augmente et là ou s’est élevé ca baisse.  Nos actions seules ne peuvent pas résoudre le problème. C’est en collaboration avec les autres acteurs que le combat peut être gagné. Raisons pour laquelle il faut harmoniser, parce que nous on pourra aller donner le message mais tant que d’autres viendront aussi donner un contre message cela ne peuvent pas résoudre le problème il faut vraiment avoir un seul langage envers les jeunes.

 

RIB Quelles peuvent être les conséquences de ce problème ?

KT : Les conséquences sont multiples.  La conséquence directe qu’on peut voir c’est une grossesse et pour la plupart des cas, elles ne sont pas désirées. En plus d’être précoce, dans la mesure où,  la fille est très jeune, elle est non désirée, parce que quand la grossesse survient, l’auteur a tendance à la renier. Ainsi, il se trouve toutes les excuses pour dire qu’il n’est pas l’auteur.  Cela peut aussi mettre fin aux études la fille, parce que si elle n’a pas les moyens et n’a pas le soutient nécessaire pour pouvoir allier grossesse et études, elle sera obligée de laisser tomber ses études. En outre, la sexualité précoce peut provoquer des infections sexuellement transmissibles et voire même le SIDA. Egalement, l’autre conséquence dont on n’en parle pas beaucoup avec les jeunes ce sont les conséquences psychologiques. C’est le poids que la jeune fille supporte au regard des conséquences qu’elle subit au niveau de la famille, de la pression qu’elle a, du poids qu’elle supporte au niveau de ses camarades. Il y a un poids psychologique que la jeune fille n’est pas prête à assumer et à supporter raison pour laquelle on dit que vraiment c’est précoce.

 

RIB : Mais peut-on prévenir ce problème ?

KT : Oui, nous au niveau du Centre de recherche et d’interventions en genre et développement, nous pensons qu’on peut prévenir, parce que c’est beaucoup plus un problème de communication à tous les niveaux. Il faut amener les parents à parler de la sexualité avec les enfants. Éduquer sexuellement les enfants ce n’est pas les pervertir. C’est leur dire : tu es jeune fille tu vas observer à un moment des changements dans ta vie sur le plan corporelle, tu vas pousser des seins, tu vas observer des changements, mais tout cela est naturel, tu auras ton cycle menstruel. Au moment venu, reviens nous voir pour qu’on puisse te montrer comment te protéger. Une fois au stade du cycle, c’est de dire à la jeune fille que si elle va avec un garçon, elle va tomber enceinte si elle ne se protège pas bien sûr, mais lui donner les valeurs de la famille, les valeurs traditionnels, les valeurs morales : dans notre famille en tant que chrétiens  ou en tant que musulmans ou  traditionaliste , voici ce qu’on fait, une fille doit s’abstenir jusqu’au mariage, une fille doit se préserver jusqu’à finir ses études, pour qu’elle soit consciente et se souvienne de tout cela au moment où elle va sortir du cadre familial et qu’elle va rencontrer d’autres personnes qui vont vouloir l’influencer négativement. Qu’elle soit en mesure de dire non, moi voici ce que je ressens, voici ce que je dis par rapport à la sexualité. Qu’elle qu’en soit la pression si déjà au niveau de la famille, elle a déjà cette première information cela lui donne sa première opinion qu’elle aura et cela ne sera pas l’opinion des autres. Il faut donc amener les parents à parler de la sexualité et à éduquer sexuellement leurs enfants. Au niveau de l’école, il faut vraiment que l’Etat fasse de gros efforts pour intégrer la question de l’éducation sexuelle dans les curricula de formation. Il faut en parler. En parler ce n’est pas pervertir les enfants c’est les prévenir, leur donner l’information, parce que nous pensons que s’ils sont informés ils sont protégés contre tous les dangers. Beaucoup de jeunes vont aux rapports sexuels sans avoir l’information minime. Donc nous pensons que même au niveau de l’Etat, il peut faire un grand travail pour pouvoir éduquer sexuellement les enfants en prenant bien-sur en compte les différentes tranches d’âges depuis le primaire jusqu’au secondaire en passant par les universités et autres et même au niveau de la société civile, il faut développer l’écoute. Nous devrons aussi travailler aux cotés de l’Etat pour pouvoir éduquer les jeunes. Ainsi, toute la population dans son ensemble doit s’y mettre dans cette éducation. Ce n’est pas seulement l’affaire les parents et de l’Etat, mais toute la communauté. Il faut que toute la communauté soit consciente de cette problématique.  Au regard des grossesses qu’on enregistre chaque année au Burkina,  il faut que tout le monde se réveille pour pouvoir travailler main dans la main.

 

Propos recueillis par Edwige SANOU et Alexiane YAMEOGO (stagiaire)

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