mardi 18 juin 2024

Mortalité maternelle au Burkina : « Les décès maternels peuvent être évités si toutes les femmes ont accès à des soins de qualité » (Dr Nadine Oui, gynécologue obstétricienne)

femmeenceinteSelon le dernier Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH) du Burkina, le ratio de mortalité maternelle en 2019 était de 222,9 décès maternels pour 100 000 naissances vivantes alors qu’il était de 330 décès maternels en 2015. Pour réduire davantage ce ratio de mortalité maternelle, le ministère de tutelle entend mettre en place un comité national multisectoriel de surveillance des décès maternels qui fera des investigations sur d’éventuels cas de décès maternels. Ce comité de surveillance peut-il véritablement contribuer à diminuer, voire empêcher la mortalité maternelle ? Dr Nadine Oui, gynécologue obstétricienne, donne son point de vue sur la question dans cette interview.

 

Radars Burkina : Quelles sont les causes de la mortalité maternelle au Burkina ?

Dr Nadine Oui : Les principales causes des décès maternels au Burkina Faso sont les hémorragies, les infections, la rétention placentaire, les ruptures utérines, les complications des avortements et les éclampsies. A côté de ces causes médicales, il existe de nombreux autres facteurs qui favorisent cette mortalité des mères au Burkina Faso. Il s'agit, entre autres, de la non-pratique de la Consultation prénatale (CPN), de l'insuffisance des soins obstétricaux essentiels et d'urgence et du recours à des accoucheuses villageoises incompétentes.

Radars Burkina : D’aucuns disent que c’est la négligence des agents de santé qui occasionne les décès maternels. Que répondez-vous à ces personnes ?

Dr Nadine Oui : Il est vrai que certains professionnels de santé qualifiés n’accomplissent pas leur devoir avec conscience, ce qui entraîne malheureusement des décès maternels qui auraient pu être évités. Cependant, la mortalité maternelle ne relève pas forcément de la responsabilité des agents de santé.

Radars Burkina : Ce comité de surveillance des décès peut-il vraiment contribuer à diminuer la mortalité maternelle, voire à y mettre un terme ?

Dr Nadine Oui : Il peut contribuer à la réduction de cette mortalité s’il est opérationnalisé et si le travail est bien fait. Par exemple, ce comité peut faciliter l’amélioration des équipements, notamment les lits d’accouchement qui sont parfois en mauvais état.

Radars Burkina :   En tant qu’acteur de terrain, quels sont, selon vous, les systèmes ou stratégies qui peuvent contribuer efficacement à lutter contre la mortalité maternelle ?

Pour lutter efficacement contre la mortalité maternelle au Burkina, nous pensons que le gouvernement burkinabè et ses partenaires techniques et financiers doivent travailler davantage à assurer l'accès des femmes et des filles aux services de santé dans toutes les localités du pays en vue de les rapprocher des services de planification familiale.

L'opérationnalisation de la surveillance des décès par un suivi régulier des grossesses, un accouchement assisté dans les formations sanitaires, un suivi postnatal et un recours précoce des femmes aux formations sanitaires peuvent contribuer à minimiser les décès maternels. En plus, il est possible d’éviter la plupart des décès maternels, car les soins à administrer pour prévenir ou prendre en charge les complications sont bien connus. Toutes les femmes doivent avoir accès à des soins de qualité pendant leur grossesse, au moment de leur accouchement et même après. La majorité des décès maternels peuvent être évités si toutes les femmes ont accès à des soins de qualité.

Entretien réalisé par Flora Sanou

Comments (0)

There are no comments posted here yet

Leave your comments

  1. Posting comment as a guest.
Attachments (0 / 3)
Share Your Location
  1. Les Plus Récents
  2. Les Plus Populaires
  1. Articles vedettes