mercredi 19 juin 2024

Décision du gouvernement de suspendre les manifestations d’envergure afin de prévenir la propagation du coronavirus : Une mesure diversement appréciée par les citoyens burkinabè

diel uneLe 9 mars, le ministère de la Santé informait l’opinion nationale qu’un couple de Burkinabè avait été testé positif au coronavirus. Afin d’éviter que le virus se propage, infecte un grand nombre de personnes et que les formations sanitaires se retrouvent saturées, le gouvernement a pris la décision de suspendre toutes les manifestations d’envergure nationale et internationale qui pourraient occasionner de grands rassemblements. Pour savoir ce que pensent les citoyens burkinabè de cette décision de l’exécutif, Radars info Burkina a tendu son micro à certains d’entre eux.

Souleymane Badiel, SG du F-SYNTER : « Je fais le constat que c’est quand même une mesure parcellaire, qui comporte beaucoup de zones d’ombre et crée même la confusion, parce que véritablement le terme « manifestation de grande envergure » n’a pas été circonscrit. S’il y a effectivement des risques importants liés à la propagation du virus, et qu’un des vecteurs de cette propagation ce sont les rassemblements, relevons qu’il y a néanmoins beaucoup de types de rassemblements qui sont maintenus, alors qu’ils constituent des moments de brassage et de proximité entre les individus. A titre illustratif par exemple, les écoles restent fonctionnelles ; il en est de même des lieux de culte, des marchés et yaars. Alors que ce sont des lieux où les gens se rencontrent et se frottent. Si l’objectif visé par la mesure gouvernementale était vraiment d’arrêter ou de prévenir la propagation du virus, il aurait fallu qu’elle soit exhaustive. Autrement, elle devient une mesure sélective et qui a d’autres visées que celle d’apporter véritablement une réponse à une question sanitaire. En tant qu’organisation syndicale, nous venons de faire grande manifestation dans l’ensemble des localités du pays, une autre est prévue pour la semaine prochaine le 17, et déjà nous avons vu des ministres qui se sont saisis de cette décision du Conseil des ministres pour tenter de dénier aux travailleurs le droit de se rassembler à travers des sit-in. diel 2Donc l’objet de cette mesure, c’est véritablement cela, raison pour laquelle je parle de dimension politique plutôt que de solution sanitaire. Le mouvement syndical va analyser la situation et s’il y a lieu de prendre des décisions, il les prendra. Mais pour le moment le programme fixé est maintenu. » 

Seydou Bonkoungou, employé de commerce : « Selon moi, le gouvernement a bien fait de prendre cette décision, il vaut mieux prévenir que guérir. Si des lieux comme les marchés ne sont pas concernés par la mesure, c’est parce qu’il est assez difficile d’interdire les marchés. Le gouvernement doit prendre des mesures supplémentaires pour que l’épidémie ne prenne pas de l’ampleur. Les citoyens doivent aussi accepter de se soumettre aux mesures, surtout celles du ministère de la Santé, pour éviter d’être contaminés par la maladie. C’est une maladie sérieuse, donc chaque citoyen devrait prendre les dispositions nécessaires pour se protéger et protéger les autres ».

Eugénie Ouédraogo, déléguée médicale et parent d’élèves : « L’initiative est louable mais elle ne résout pas tout. Pour nous par exemple qui fréquentons les centres de santé, ce sont des lieux potentiels de présence du virus, puisque le ministère de la Santé a conseillé aux personnes qui ont été en contact avec le couple infecté d’aller vers les centres de santé. diel 3Il aurait été préférable de diriger les gens vers un centre précis de référence, préparé à prendre en charge la maladie. Ces centres de santé constituent déjà un canal qui peut augmenter les contaminations. Et le fait de laisser les lieux de culte ouverts est aussi un problème parce que c’est dans ce genre de lieux que les gens se saluent, discutent et sont à côté les uns des autres. Donc la décision de suspendre les grands rassemblements n’est vraiment pas complète, il aurait fallu aller jusqu’au bout. Lorsque l’on prend également le cas des écoles, il y a des élèves qui ont des parents agents de santé qui ont peut-être été en contact avec des personnes infectées, certains ont des parents qui sont récemment allés à l’étranger, dans les pays touchés par la maladie et qui peuvent potentiellement être infectés. Alors que si les parents sont infectés, il y a de grandes chances que les enfants prennent aussi le virus. En gros, il y a beaucoup de voies de propagation de la maladie qui n’ont pas été fermées ».

Issaka Sawadogo, menuisier : « Nous étions vraiment peinés d’apprendre la présence du coronavirus sur le sol burkinabè. Mais comme la maladie est déjà présente et que nous n’avons pas pu empêcher cela, tout ce que nous pouvons faire, c’est prendre des précautions et suivre les conseils qui nous sont donnés pour ne pas être contaminés. Le gouvernement a bien fait de suspendre les grands rassemblements et en fonction de l’évolution des choses, nous verrons s’il n’est pas nécessaire d’étendre la mesure à d’autres lieux comme les marchés ou les lieux de culte ».

Propos recueillis par Armelle Ouédraogo et Elza Nongana (Stagiaire)  

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