mercredi 19 juin 2024

Lutte contre le VIH-SIDA au Burkina Faso : les acteurs ont-ils baissé la garde ?

luttIl y a quelques années, la sensibilisation à la prévention du VIH-SIDA était très médiatisée. Sur les chaînes de télévision, les ondes des radios et les affiches, elle était quasi quotidienne. Mais de nos jours, le constat qui s’impose est que ce battage médiatique a considérablement décru. Pour avoir des éléments de réponse, Radars info Burkina est allé à la rencontre d’Athanase Zagaré, président du Centre d’information, de conseil et de documentation sur le SIDA et la tuberculose (CICDoc). Lisez plutôt.

Radars info Burkina : Il nous a été donné de constater que les actions de sensibilisation grand public ne sont plus perceptibles. Est-ce parce que vous estimez que la pandémie du SIDA a été éradiquée ?

Athanase Zagaré : Si les actions de sensibilisation grand public ont baissé, cela peut s’expliquer par plusieurs raisons. D’abord au Burkina Faso, nous sommes passés d’un taux de séroprévalence de 7,17% à 0,8%, ce qui signifie que le pays des hommes intègres n’est plus dans une situation d’épidémie généralisée qui nécessite qu’il y ait beaucoup de tapage en matière d’information de prévention. Cette avancée est à mettre au compte des efforts conjugués du gouvernement burkinabè, de la société civile et des partenaires techniques et financiers.

Ensuite, l’on peut dire que les actions de sensibilisation à la prévention sont de nos jours ciblées. S’il est vrai que ce taux de prévalence est de 0,8%, il est un peu plus élevé au niveau de certains groupes cibles. Il s’agit par exemple des minorités sexuelles telles que les travailleuses du sexe, où la séroprévalence est plus de 5%, il y a également les hommes qui ont des rapports sexuels avec d’autres hommes (HSH), où ce taux est supérieur à 5%. Vous aurez constaté que la séroprévalence est faible, mais il y a des poches de résistance où il faut focaliser certaines actions de sensibilisation, tout en maintenant un minimum d’action de sensibilisation sur l’ensemble de la population. Ce sont les raisons explicatives de cette diminution d’actions de sensibilisation grand public.

Par ailleurs, il faut signaler qu’en ce qui concerne les actions de sensibilisation dans les établissements scolaires, nous avons réussi à les intégrer dans les manuels de formation des enseignants et des professeurs des lycées, si bien que tous les enfants qui partent à l’école ont cette chance d’avoir assez de notions sur la prévention.

R.B : Parlant des poches de résistance, que faites-vous pour certaines régions comme le Sud-Ouest, qui a un taux de prévalence supérieur à celui national ?

AZ : Effectivement, dans la région du Sud-Ouest, tout comme celles du Centre-Ouest et du Centre, la séroprévalence est plus élevée. Dans ces régions, il y a une stratégie qui est en train d’être mise en place afin d’accroître les capacités pour leur permettre de faire la prévention non seulement à travers les informations, mais aussi à travers le test de dépistage. Cela permettra aux séropositifs de faire le traitement qui est gratuit depuis belle lurette, mais aussi d’éviter de contaminer les autres. Ce sont ces types d’actions qu’il faut renforcer dans ces localités car de mon point de vue, il y a à faire à ce sujet.

 

RB : De nos jours, pouvez-vous nous dire si votre centre est fréquenté ?

AZ : Je peux dire même qu’il est très fréquenté parce que aujourd’hui, nous avons créé une l’habitude chez  certaines populations données consistant  à aller régulièrement faire le test de dépistage. Et pour cela, nous pouvons dire qu’il y a plein de jeunes et d’adultes qui font ce « rituel » et nous trouvons que c’est une très bonne pratique. Car, il vaut mieux connaître très tôt son statut sérologique pour commencer le traitement que de le découvrir longtemps après. Etant donné que les antirétroviraux sont gratuits, plus tôt on commence le traitement et plus la charge virale est faible, ce qui permet de mener une vie décente. Ce qu’il faut dire, c’est que les acteurs de la lutte contre le SIDA peinent à trouver les restants de cas positifs. Aujourd’hui, on a un gap que l’on recherche et pour cela nous pensons qu’il faut aller vers ces populations, mieux cibler les zones de poches de résistance pour mieux toucher les cas d’infection. Je crois que c’est le challenge que nous avons de nos jours. Mais je peux vous assurer que nous sommes arrivés à instaurer en la population l’habitude de faire régulièrement le test de dépistage, surtout quand les gens ont eu un rapport sexuel à risque.

R.B : Pouvons-nous dire sans risque de nous tromper que le tabou est levé sur la question du VIH-SIDA au Burkina Faso ?

AZ : Oui beaucoup, même s’il reste des poches de stigmates, ce n’est plus la situation d’il y a 15 à 20 ans où les gens avaient honte. Ceux qui fréquentent notre centre (CICDoc) quand ils ont leur statut sérologique et qu’il est positif, ils fréquentent les centres de prise en charge sans aucune gêne. Mais il faut une fois de plus signaler qu’il y a toujours des résistances et ces cas ont besoin de soutien psychologique pour franchir le pas. A notre niveau, nous pouvons réaffirmer qu’il y a la garantie quant à l’anonymat du résultat du test et à sa confidentialité et il en est de même dans tous les centres de santé et ceux communautaires. 

De nos jours, ce qu’il faut redouter, c’est le rebond car il y a un courant de jeunes qui n’ont pas connu les vagues de sensibilisation passées. Le fait que les gens n’aient plus peur du VIH-SIDA est un couteau à double tranchant. Car cela augmente les comportements à risque, d’où l’importance d’attirer plus l’attention des populations en gardant un minimum d’actions de sensibilisation des jeunes.

Propos recueillis par Sâahar-Iyaon Christian Somé Békuoné

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