mardi 18 juin 2024

« La gouvernance doit changer conformément aux raisons qui ont présidé à l’insurrection », dixit Moumouni Dialla, président du Conseil national des jeunes

jnes uneC’est une sorte de faîtière des associations de jeunes et mouvements de la jeunesse qui émane de la charte de l’Union africaine, que le Burkina Faso a ratifiée en 2008. La même année le Conseil national des jeunes a vu le jour avec pour objectif de mobiliser cette frange de la population autour des questions de développement et pour mission d’influencer les programmes et politiques en faveur de celle-ci. Moumouni Dialla, son président, dans cet entretien accordé à Radars Info Burkina, se prononce sur la place des jeunes dans le débat public au Burkina Faso.

Radars Info Burkina : Parlons d’abord de la notion de « jeune ». On entend des gens qui ont près de 60 ans se réclamer jeunes. Pour vous, qui est jeune ?

Moumouni Dialla : Justement ! La définition du mot « jeune » renvoie à tout homme qui a un âge compris entre 14 et 35 ans. Le terme jeunesse quant à lui désigne tous ceux qui œuvrent dans l’intérêt des jeunes. C’est aussi un ensemble d’associations qui ne sont pas forcément constituées de jeunes mais de gens de tout âge qui travaillent à la promotion des jeunes. Il y a donc cette nuance qu’il faut relever. « Jeune » renvoie à une tranche d’âge comprise de 14 et 35 et « jeunesse » renvoie à des gens qui travaillent au bien-être des jeunes. On entend effectivement des gens dire qu’être jeune, c’est dans la tête. Pour moi, cela s’interprète sous deux aspects. Si une personne âgée se réclame jeune, c’est peut-être dans une dynamique de soutien aux jeunes. Mais ça peut aussi s’interpréter comme un refus de passer la main à la jeune génération. Parce que si les gens se revendiquent toujours jeunes, ça veut dire qu’ils se considèrent comme la relève.    Ils ne donc sont pas prêts à céder la place à la relève actuelle.

RB : Parlant de relève, quelle appréciation faites-vous de la place accordée aux jeunes dans le débat public ?

insrMD : La place accordée aux jeunes dans le débat politique est minime par rapport à sa proportion dans la population burkinabè. Selon les statiques, 70 à 72% de la population burkinabè est jeune. C’est donc une réalité dont il faut tenir compte. Malheureusement, certains prennent les jeunes pour des adversaires. Vous entendez certainement des expressions du genre « Ils sont pressés » ; « Ils ne sont pas encore prêts ». Ce sont des arguments pour freiner l’élan d’apprentissage et de responsabilisation des jeunes. Pour beaucoup de personnes, « jeune » rime avec loisirs, immaturité, « grins » de Thé. Pourtant la jeunesse, c’est le courage et l’innovation.

RB : Les jeunes ne prêtent-ils pas le flanc à leurs adversaires par leur attitude ?

Le flanc ? bien sûr ! Ce sont les jeunes qui le prêtent. Parce que si vous êtes numériquement supérieurs et que vous n’arrivez pas à vous imposer, cela veut dire que quelque part vous devez vous interroger. Beaucoup de jeunes n’ont pas compris qu’il faut être solidaire pour pouvoir avancer. Vous verrez des jeunes s’attaquer et s’entre-déchirer pour quelques sous pour des gens. Peu de jeunes ont le courage d’assumer leur choix et leurs convictions. Mais aussi en face il y a des dispositifs qui bloquent, un système qui est conçu depuis longtemps. Aujourd’hui quand vous voulez faire la politique, il vous faut un carnet d’adresses et une assise économique. Ces atouts manquent à la jeunesse et personne ne veut les leur donner.

RB : Le Burkina Faso vient de franchir la cinquième année de l’insurrection populaire qui a été possible en partie grâce aux jeunes. Cinq ans après, que devient cette jeunesse ?

MD : Je ne parlerai pas de retombées mais de la dynamique pour le Burkina Faso et de la question de la promotion de la jeunesse. Parce que quand on a une vision et un souhait du Burkina de demain, la dynamique de la gouvernance va dans le sens de ce souhait. Quand on regarde aujourd’hui, l’insurrection n’est pas forcément allée dans ce sens-là. Car la jeunesse souhaiterait être associée à la prise des décisions, mise au-devant de la gouvernance. Aujourd’hui sur les grandes questions du pays, la jeunesse n’est pas consultée. La gouvernance doit changer conformément aux raisons qui ont présidé à l’insurrection. Sans quoi, on dirait qu’on a eu l’alternance sans l’alternative.

RB : Parlant de consultation, le Conseil national des jeunes n’est-il pas consulté sur les grandes questions qui concernent la vie de la nation ?

DM : Au niveau du conseil national des jeunes, nous sommes consultés mais à un niveau qui ne satisfait pas toujours. Aujourd’hui le Conseil est assez bien positionné pour être consulté sur les questions d’intérêt national, notamment l’économie, la sécurité, la culture et même sur la question de l’indépendance de notre pays. Le Conseil n’est pas là pour être consulté sur de petites questions comme qui désigner pour aller en mission. Nous ne sommes pas du tout satisfaits du niveau de consultation des jeunes. 

Propos recueillis par Péma Néya

 

 

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