samedi 15 juin 2024

LIGNE ROUGE/Cinquantenaire du FESPACO : Défi sécuritaire relevé, succès organisationnel mitigé

horse uneLes lampions se sont éteints sur le cinquantenaire de la biennale du cinéma africain. Le Burkina Faso a admirablement réussi le pari d’organiser l’évènement dans un contexte national marqué par une kyrielle d’attaques terroristes et, depuis peu, par une riposte appropriée de nos forces de défense et de sécurité. Comme pour marquer du sceau de l’indélébilité la symbolique de l’enjeu sécuritaire, l’apothéose de cette célébration, c’était le 2 mars, date marquant le premier anniversaire de l’attentat terroriste simultané de l’état-major général des armées et de l’ambassade de France au Burkina. Une fouille systématique des festivaliers ainsi que la sécurisation des principaux cadres devant abriter l’évènement ont permis aux cinéphiles et aux Ouagavillois de vaquer en toute quiétude à leurs occupations.

Un des succès retentissant du Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco) aura été sans conteste sa cérémonie d’ouverture, sous la houlette du maestro Bil Aka Kora, la prestation originale d’artistes musiciens et la brillante prestance de Maîtres de cérémonie rompus à la tâche. La sonorisation offerte par l’Algérie avait une belle résonance et le public du stade municipal, participatif, jubilait. Tout augurait une fête du 7e art aboutie avec le secret espoir d’un sacre des réalisateurs et autres cinéastes burkinabè. Mais le cinéma, ce n’est pas la politique : on n’organise pas une compétition cinématographique pour impérativement la remporter comme une élection en tripatouillant les données.

Ainsi, l’Etalon d’or de Yennenga en fiction long métrage a décidé de galoper en direction du Rwanda, par ailleurs pays invité d’honneur du Fespaco. Joël Karekezi, pour son film « The mercy of the jungle », a été sacré grand lauréat de cette 26e édition de la fête du cinéma africain.

 horse 2Au-delà de quelques prix spéciaux, ce fut une maigre moisson dans le palmarès officiel chez les représentants burkinabè. Apolline Traoré (meilleur décor long métrage fiction pour « Desrances »), Aïcha Boro (Etalon d’or en documentaire avec son film « Le loup d’or de Balolé ») et Ismaël Césaire (2e prix des écoles africaines de cinéma pour « Maison de retraite ») sauvent tout de même l’honneur.

Cafouillage à l’apothéose

Le moins qu’on puisse dire est que la cérémonie de récompenses a été marquée par une retentissante cacophonie. Des journalistes pourtant accrédités se sont, par exemple, retrouvés dans les gradins du palais des Sports de Ouaga 2000 parce que l’instruction, venant du service Communication de la présidence du Faso, avait été donnée de n’autoriser l’accès Presse qu’aux cameramen et aux photographes. Que peut faire un cadreur sans l’aval de son réalisateur ?

Sur le podium, c’était l’amateurisme en live. Le présentateur Big Ben se démenait comme un beau diable pour suivre et tenir le conducteur de la soirée. Il marquait des arrêts, consultait tout le monde et personne à la fois. Tout était confus. Plusieurs temps morts ont été observés, qui ont davantage rallongé cette cérémonie, la rendant par moments ennuyeuse.

Les trois chefs d’Etat présents (Paul Kagame, Ibrahim Boubacar Keita et Roch Marc Christian Kaboré) ont dû subir le chronogramme et faire preuve de patience. Trois ministres et le directeur général de la RTB (Radiodiffusion télévision du Burkina), Pascal Thiombiano, interviennent en renfort dans l’arrière-scène. On y aperçoit, par ailleurs, des membres du jury. De temps en temps le ton monte, les esprits s’échauffent.

horse 3Les hôtesses, ne sachant où donner de la tête, montent sur le podium avec des chèques géants de lauréats qu’elles présentent à l’envers au public.

La sonorisation « enrhumée » et capricieuse étouffait les voix des intervenants. Des micros aphones étaient remplacés parfois sans changement majeur dans la qualité sonore, comme dans un évènementiel quelconque.

Autant d’imperfections à prendre en compte aux prochaines éditions pour réussir le challenge de l’organisation. Ne pas coupler cérémonie de remise des prix officiels à celle de prix spéciaux serait un bon début dans la gestion du temps. Mais aucune œuvre humaine n’est parfaite et le président du comité d’organisation, Yacouba Traoré, a réussi, avec « sa bande de fous », à mettre les petits plats dans les grands. Ils ont même essayé de mettre les grands plats dans les petits et ont pu constater que ce n’était pas évident. L’histoire retiendra cet effort de rigueur.

Boubié Richard Tiéné

www.radarsburkina.net

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