lundi 4 juillet 2022

Interview Noufou Zougmoré

nouf une« Les sankaristes qui ont la même gestion que les gens du MPP ne peuvent pas avoir le pouvoir », Noufou Mernepthan Zougmoré, journaliste

Le 4 août 1983, le Conseil national de la révolution (CNR) voyait le jour. Bien que cette étape de l’histoire politique du pays des hommes intègres n'ait duré que 4 ans, elle a particulièrement marqué les esprits au point que plus de 3 décennies après, de nombreux citoyens et mouvements politiques continuent de se réclamer de cette révolution. Noufou Mernepthan Zougmoré, journaliste, nous parle dans cet entretien de l’impact de la révolution d'août sur la vie politique nationale d’aujourd’hui.

RIB : 4 août 1983 - 4 août 2019 : cela fait 36 ans que le Burkina Faso, ancienne Haute Volta, a expérimenté un régime révolutionnaire. Selon vous, que reste-t-il de cette révolution ?

NMZ : Ce qu’on a toujours évoqué, ce sont les valeurs qu'exaltait la révolution, à savoir l’intégrité et le travail. L’un de ses credo d'ailleurs était que nous, Burkinabè, devons d'abord compter sur nous-mêmes. Et jusqu’à nos jours, les jeunes sont réceptifs à ce discours révolutionnaire. Pendant l’insurrection de 2014, ce discours a même contribué à galvaniser une grande partie de la rue. Une autre chose qui est toujours d’actualité, même si les actes ne suivent pas encore, c’est la réduction du train de vie de l’Etat. Par exemple, le président Sankara avait fait enlever les climatiseurs des bureaux et fait remplacer les fauteuils par de simples chaises. Aujourd’hui, tout le monde dénonce le caractère bureaucratique de notre administration. On peut également parler du Faso Danfani qui est beaucoup porté aujourd’hui par nos autorités. Par exemple, presque tous nos ministres s’habillent en Faso Danfani, de même que le citoyen lambda. Ils sont nombreux, ceux qui s’habillent librement et fièrement en Faso Danfani alors que sous la révolution, il avait fallu user de moyens contraignants pour son port.

RIB : Quel est l’impact de cette révolution sur la vie politique actuelle ?

NMZ :  A l’échelle nationale, on ne perçoit que le discours chez beaucoup de jeunes pour le moment. Et les politiques surfent très souvent sur cette vague par démagogie. Sinon en termes de vision révolutionnaire comme Sankara qu’avait, il n’y a pas encore d’action du politique dans ce sens. Sur le plan international,  il y a beaucoup de mouvements de gauche au pouvoir ou encore des luttes pour accéder au pouvoir avec  pour modèle le président Thomas Sankara. Son image trône à plusieurs fora et rencontres des altermondialistes et de ceux  qui pensent qu’un autre monde est possible.

RIB : Certains observateurs estiment que cette révolution a été possible grâce à la conjoncture internationale de l'époque, marquée par la guerre froide. Pensez-vous qu’aujourd’hui une révolution est encore possible ?

NMZ : Vous savez, les époques ne sont pas les mêmes. Aujourd’hui, nous sommes dans un monde globalisé dans lequel on ne peut vivre en autarcie. Mais il y a des faits positifs qu’on peut réintroduire dans le schéma politique actuel.  L’un des admirateurs de Thomas Sankara était le président chilien ‎Salvador Allende Gossens, qui est arrivé au pouvoir par des élections à la tête d’une coalition de mouvements de gauche. Ce qui veut dire que si les partis sankaristes s’organisent bien et montrent sur le terrain qu’ils sont mieux que les autres, le peuple leur donnera son suffrage. Mais ces partis sankaristes ont le même fonctionnement que les partis réactionnaires ; ce sont des partis électoralistes. Sinon s’ils travaillaient à avoir la tête de deux ou trois mairies avec une gestion cohérente, juste et meilleure que celle des autres formations politiques, le peuple les suivrait. Mais les sankaristes qui ont la même gestion que les gens du MPP ne peuvent pas avoir le pouvoir.

RIB : Quelle a été la contribution de Blaise Compaoré à l’avènement de cette révolution ? 

NMZ : Elle a été énorme ! Il ne faut pas tronquer l’histoire. Blaise Compaoré a été un élément dissuasif, je pense qu'il a été un révolutionnaire de bonne foi à un moment donné mais comme le dit le philosophe,  «  de l’homme je ne dirai plus rien ». Et ceux qui connaissaient Blaise et Sankara disent qu’au sein du cercle fermé de l’armée, Blaise était l’homme à qui Sankara faisait le plus confiance. La réalité, c’est que Blaise aimait le luxe, contrairement à Sankara. La preuve, c’est le palais qu’il a construit à Ziniaré dans les années 90 et plus tard le plus luxueux palais présidentiel d’Afrique à Ouaga 2000.

Propos recueillis par  Pema Neya (Stagiaire)

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