vendredi 3 avril 2020

San Rémy Traoré : L’audiovisuel, sa passion

rem 2Sacré meilleur réalisateur aux Faso Music Awards, San Rémy Traoré est un féru de l’audiovisuel qui exerce dans le domaine depuis environ 5 ans. Avec à son actif plus d’une centaine de clips vidéos réalisés à ce jour pour des artistes d’ici et d’ailleurs, il gère d’une main de maître « Propulsion Pictures », qui est une structure spécialisée dans la production de clips vidéo, de spots publicitaires… Passionné de hip-hop depuis son jeune âge, San Rémy n’hésite pas à tendre la perche aux jeunes artistes évoluant dans ce domaine et en quête d’émergence. Radars Info Burkina a pris langue avec lui,pour en savoir plus sur son métier de réalisateur et le regard qu’il porte sur la musique burkinabè. Lisez plutôt.

RIB : Depuis combien de temps êtes-vous dans ce domaine et qu’est-ce qui vous y a conduit ?

SRT : Plus jeune, c’est-à-dire du lycée jusqu’à l’université, je faisais du rap. Nous avons même figuré sur la compilation « La part des ténèbres », volume 2, produite par Smockey. Et ce projet nous a conduits à d’autres compilations. Nous avons bossé avec Sony, Universal Music, sur des projets spécifiques où il s’agissait de chanter sur des titres qui allaient être mis en téléchargement libre sur Internet et dont les fonds récoltés devaient servir à la construction d’une école. C’est de là qu’est partie l’idée de la réalisation de clips vidéo. Depuis le départ, je nourrissais l’idée de réaliser mes propres clips en tant que rappeur, parce que nous n’avions pas les moyens de le faire. Ce projet avec Sony et Universal Music m’a permis de rencontrer des personnes passionnées qui avaient beaucoup de choses à m’apprendre sur le domaine et cela m’a réconforté. J’ai commencé comme autodidacte ; j’ai pu m’exercer avec les petites caméras que l’on avait, les téléphones que l’on utilisait pour faire des petits montages. Et petit à petit j’ai pu tracer ma route, et plus j’avançais, plus je faisais des rencontres qui me permettaient de me perfectionner dans le domaine. Et aujourd’hui, j’arrive à réaliser des clips vidéo, en plus d’autres activités comme les spots publicitaires, mini-documentaires. C’est une activité qui m’occupe entièrement.

RIB : Sur un plateau de tournage de clip vidéo, quel rôle joue le réalisateur ?

SRT : Le réalisateur, c’est cette personne qui organise tout pour la réussite du clip vidéo. Il coordonne tout sur le plateau, conçoit les images avec les plans qu’il voudrait avoir. Il écoute la musique et en fonction de ce qui ressort, échange avec les artistes sur le scénario qu’ils veulent faire ressortir à travers le clip. Il fait appel à son imagination et le travail d’organisation commence à se mettre en place. Au Burkina Faso c’est un peu différent, le réalisateur se retrouve parfois à tout faire en même temps : scénariste, monteur, concepteur. Certains se retrouvent à faire le travail de communication parce que les artistes n’ont pas toujours un carnet d’adresses assez fourni pour diffuser leurs clips.

RIB : Comment se passe généralement la collaboration avec les artistes ?

SRT : En ce qui me concerne je suis assez ouvert, j’essaye toujours d’écouter l’artiste et de lui faire des propositions. Il y a des artistes qui nous font entièrement confiance en nous donnant la latitude de leur proposer quelque chose de bien. Mais il arrive souvent qu’il y ait des difficultés parce qu’il y a d’une part notre envie de proposer un produit potable et d’autre part les moyens dont dispose l’artiste. Cela se comprend parce que généralement dans le domaine de la musique, les artistes n’ont pas toujours de moyens financiers consistants. Ce n’est pas comme dans certains pays où l’on sait très bien qu’une vidéo peut aider l’artiste à se positionner et d’autres structures à greffer leur image à la vidéo pour se donner de la visibilité. Des placements de produits dans le clip vidéo permettent par exemple à l’artiste d’avoir de quoi faire face aux coûts de réalisation. Si on arrive à faire cela au Burkina Faso, ça aidera beaucoup les artistes à présenter des clips de qualité. Parce que faire sortir un clip de bonne facture engage non seulement l’image de l’artiste mais aussi celle du pays. Avec les chaînes internationales, il est important que les artistes puissent présenter des produits de qualité, compétitifs. De nos jours, nous avons les mêmes circuits de diffusion que les artistes d’ailleurs.

RIB : Parlant de scénario de clip, l’on note souvent des vidéos dans lesquelles l’on retrouve des scènes quelque peu obscènes. Quel est votre avis sur la question ?

SRT : En tant que réalisateur, il ne me revient pas de refaire la conception musicale ou idéologique de l’artiste. Il vient avec son univers musical qu’il a besoin de mettre en images. Quand par exemple un artiste m’approche avec un projet de clip vidéo, avec une chanson qui fait allusion aux boîtes de nuit et qu’il me dit qu’il a envie d’avoir une belle ambiance  avec peut-être des filles qui se trémoussent un peu partout, j’ai mon éducation et ma vision sur la chose. Mais mon travail, c’est de mettre en images cette musique en fonction de ce qu’elle représente. J’essaye aussi de comprendre parce que de nos jours, c’est la course aux vues. Ce qui fait que l’artiste est en concurrence avec ceux d’ailleurs. Nous sommes beaucoup plus pudiques au Burkina par rapport à d’autres pays où les gens sont beaucoup plus ouverts. Malheureusement nous nous retrouvons sur le même marché, et lorsque la compétition est rude chacun y va de sa manière pour pouvoir attirer l’attention. Nous savons bien qu’un artiste a besoin de concerts, de festivals pour vivre. Mais si ses vidéos ne sont pas vues, il ne sera pas invité sur des scènes. L’artiste fait tout alors pour attirer l’attention sur sa personne. Je suis d’accord que personne ne gagne à exposer qui que ce soit dans les clips vidéo, mais la réalité fait que les artistes sont obligés de se conformer. Ce que beaucoup de gens ignorent, c’est que même les médias recherchent des contenus qui captivent. Un clip qui a trois millions de vues a plus de chances de passer sur des médias internationaux qu’un clip qui n’a que deux cents ou trois cents vues.

RIB : En votre qualité de réalisateur, quel est votre regard sur la qualité des clips vidéo proposés de nos jours ?

SRT : En termes de qualité de clips vidéo, je pense qu’il y a une nette évolution. Il y a encore quelques années, les beaux clips pouvaient se compter du bout des doigts. Il y a des réalisateurs qui nous ont précédés, qui faisaient du très bon boulot. Mais à cette époque, les artistes qui pouvaient faire des clips de qualité étaient ceux qui avaient assez de moyens financiers. Il y avait donc très peu de réalisateurs pour beaucoup d’artistes. Mais de nos jours il y a un nombre assez intéressant de réalisateurs qui arrivent à offrir des produits assez potables et beaucoup plus d’artistes qui sont regardants sur la qualité de leur image. Ils n’ont pas tous les moyens de faire de beaux clips parce qu’un clip ça coûte cher : le décor, les tenues, les figurants. De plus, ils manquent de soutien. Nous avons de belles chansons, mais qui sont souvent mal accompagnées par les images parce que les moyens font défaut. Pourtant un clip vidéo, c’est l’élément phare en réalité qui peut faire vendre un produit. Et lorsque la vidéo est de bonne facture, sa promotion et sa diffusion dans les médias s’imposent facilement. Et un artiste n’est crédible qu’à travers l’image qu’il présente. Ça peut par exemple lui permettre d’être approché par d’importantes marques pour servir d’ambassadeur.

RIB : Combien de temps peut durer le tournage d’un clip ?

SRT : Il m’est déjà arrivé de tourner des clips vidéo en une seule journée, comme il m’est aussi arrivé de tourner des clips sur des mois. Tout dépend du décor dont on a besoin. Et souvent il faut faire des démarches ou voyager carrément pour avoir un décor. Tous ces aspects peuvent faire traîner le tournage.

RIB : Un dernier mot ?

SRT : Nous avons beaucoup d’artistes qui ont du potentiel mais qui malheureusement manquent de moyens. Alors pour aider certains d’entre eux, nous sommes actuellement sur une compilation de hip-hop dénommée « sang neuf », qui mobilise les meilleurs rappeurs du Burkina. Nous les accompagnons dans la production à travers la compilation où chacun pourra avoir au moins deux chansons et clips. Nous avons entamé le projet depuis un an et il a permis d’avoir des artistes qui commencent à émerger. Certains se retrouvent sur des chaînes internationales, à l’image du rappeur Ka ya woto, qui a même occupé le top 10 des meilleurs rappeurs africains sur Trace Urban avec son titre « Tab n’yonsé ». Ce qui nous conforte dans le fait que le travail que nous avons entrepris commence déjà à payer. Mais nous ne comptons pas nous arrêter en si bon chemin. Nous demandons aussi aux mécènes de croire en la musique, parce que c’est aussi un business. Dans d’autres contrées ils l’ont compris, la musique et le cinéma occupent une place importante dans l’économie, mais au Burkina c’est encore négligé. Alors que ça peut leur offrir de la visibilité dans leurs activités également.

Propos recueillis par Armelle Ouédraogo

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