jeudi 13 août 2020

Projet de rattachement des villages artisanaux au SIAO : « Au lieu que nos autorités nous soutiennent moralement et économiquement, elles sont en train de nous casser le moral », Moussa Tapsoba, artiste bronzier

rattach uneDepuis un certain temps, des voix s’élèvent parmi les artisans pour protester contre un projet de rattachement des villages artisanaux au Salon international de l'artisanat de Ouagadougou (SIAO). Radars Info Burkina s’est rendu au village artisanal de Ouagadougou pour rencontrer des artisans afin d’en savoir davantage sur cette question qui oppose ces derniers à leur ministère de tutelle, celui du Commerce, de l'Industrie et de l'Artisanat (MCIA).

Moussa Tapsoba, artiste bronzier, est en activité dans son atelier. Selon lui, la Chambre des métiers de l'artisanat du Burkina Faso (CMA-BF), lors d’une conférence de presse, leur a fait cas d’un projet de rattachement des villages artisanaux au SIAO. « C’est une initiative à laquelle nous n’adhérons pas. Jusqu’à présent nous ne sommes pas d’accord. Selon elles (Ndlr : les autorités), les villages artisanaux ne prospèrent plus comme avant. Cette situation se manifeste par le manque de moyens financiers. Si l’Etat mettait les moyens à la disposition de la CEMA-BF, elle pourrait nous accompagner dans tous les sens. En plus, l’Etat n’honore pas les subventions à l’endroit de l’administration, ce qui est vraiment difficile pour nous. En plus, le SIAO se tient tous les deux ans et regorge d’artisans internationaux. Etant les acteurs principaux, nous sommes au village à tout moment pour l’exposition et le travail. Si on nous rattache au SIAO, en dehors de l’évènement, qu’est-ce que nous, les artisans, allons devenir ? S’il y a rattachement, il faudra nous laisser avec notre maison mère », a expliqué Moussa Tapsoba.

rattach 2Salfo Bonkoungou est artiste modeleur-fondeur. Pour lui, ce projet n’est pas la meilleure solution. « Le SIAO est un évènement international, alors que les villages artisanaux évoluent au niveau national », a-t-il soutenu.

Selon M. Tapsoba le premier responsable de leur ministère de tutelle n’a pas essayé de convoquer les artisans et la CMA-BF pour une discussion afin de trouver un terrain d’entente. « Depuis que notre ministre de tutelle a pris fonction, il n’est jamais venu au village artisanal s’enquérir de la situation que nous vivons ici. Au lieu que nos autorités nous soutiennent moralement et économiquement dans ce contexte difficile de COVID19, elles sont en train de nous casser le moral. On n’est pas du tout content.  J’aimerais que le ministre fasse tout pour nous réunir pour qu’ensemble, nous trouvions une solution définitive à la question », a-t-il martelé. 

rattach 3Le premier responsable de l’administration du village artisanal n’a pas voulu s’exprimer sur le sujet « pour le moment ». Selon nos informations, tout est parti de la circulaire du Premier ministre portant réduction du train de vie de l’Etat. « Dans le souci de réduire le train de vie de l’Etat, le gouvernement a entrepris plusieurs actions dont celles édictées dans la circulaire N°2019-069 PM-17 octobre 2019. Dans le sens de poursuivre les autres réformes identifiées en la matière, je vous invite à entreprendre toutes les initiatives devant conduire à la rationalisation du nombre de structures publiques, notamment le nombre d’Etablissements publics de l’Etat (EPE) relevant de la tutelle technique de votre département ministériel », lit-on dans la circulaire du 29 novembre 2019.

La première mesure est la suppression ou la rationalisation des structures administratives par le regroupement de celles ayant des missions similaires pour une réduction des charges. « Au regard de la circulaire, les villages artisanaux ne sont pas concernés puisqu’ils n’ont pas de statut. Les villages artisanaux ne sont pas des EPE. Pourquoi ne pas rattacher les artisans à leur maison mère au lieu d’un événementiel ? Ce sont les artisans qui ont fait créer le SIAO. Au lieu de lier le marché à la production, on veut lier la production au marché. En quoi l’Etat nous prend en charge ? » s’est interrogée une source au sein de l’administration du village artisanal.

Du côté du ministère, on nous fait savoir que le ministre Harouna Kaboré a reçu le vendredi 12 juin 2020 le personnel du village artisanal.

« Au cours de la rencontre, le ministre a rappelé l'objectif principal de la réforme des villages artisanaux qui est de les doter d’un statut juridique. Il a rassuré l'ensemble du personnel que leurs intérêts seront préservés», peut-on lire dans le résumé disponible sur la page du ministère.

Aly Tinto

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