samedi 22 février 2020

Sommet à Pau : « Nos chefs d’Etat ne sont pas assez armés de courage pour aller contre cette idée qu’Emanuel Macron veut voir affirmer et renforcer », Eric Ismaël Kinda du Balai citoyen

Initialement prévu pour le 19 décembre dernier, c’est finalement aujourd’hui 13 janvier 2020 qu’a lieu à Pau, en France, le sommet de clarification entre le président français et les présidents du G5 Sahel. Quelles sont les attentes des Burkinabè ? Radars info Burkina a tendu son micro à quelques-uns d’entre eux.

Oskimo, artiste musicien

summit 3« En Afrique ici,  on s’excite beaucoup, particulièrement la jeunesse. Pourquoi je dis ça : la France est là depuis plus de 50 ans. Notre langue officielle, c’est le français. Même si la France quitte le Burkina, nous n’allons pas parler comme langue officielle le mooré ou le dioula. De mon point de vue, aller en France pour espérer que la situation change, c’est être naïf. Ce que les chefs d’Etat doivent faire, c’est clarifier la position de chacun d’eux dans cette lutte contre le terrorisme. Si par exemple quelqu’un est chargé de gratter la route pour faciliter le passage, qu’il s’en tienne à cela. Celui qui est chargé de faire le toit pour que l’on puisse dormir, qu’il s’en tienne à cela aussi. L’armée française, ce n’est pas aujourd’hui qu’elle est arrivée en Afrique ; elle est là aujourd’hui et sera là demain. Depuis quatre ans que les attaques terroristes ont commencé chez nous au Burkina Faso, qu’avons-nous fait pour venir à bout de ce phénomène ? Il y a plein de choses qui nous manquent : les armes, les blindés, par exemple, est-ce que notre pays les fabrique ? Toute la logistique nécessaire pour combattre le terrorisme, nous l’achetons à l’étranger. Ce qu’il y a , je le répète, c’est de faire en sorte que le partenariat soit clair. Par exemple la force Barkhane au Mali, elle combat ou pas ? Vu les résultats des années après, si elle ne combat pas, qu’elle quitte le Mali. S’agissant de Kidal, pourquoi l’armée malienne n’y pénètre pas ? Nous ne pouvons pas comprendre qu’il y ait des zones dans le Sahel dédiées à l’armée française. Qu’est-ce qu’elle y fait ? C’est toutes ces questions qu’il faut clarifier. Comme l’a si bien dit le président français, la clarification est nécessaire et c’est lui qui doit la faire. Personnellement, je ne pense pas que ce sommet de Pau va changer grand-chose à la situation. Les questions de droits de l’homme, nous en avons hérité de la France en laissant tomber nos coutumes et ce sont les conséquences que nous subissons. »

Eric Ismaël Kinda du Balai citoyen

summit 2« A votre question je répondrai par une autre question : Est-ce que nos chefs d’Etat ont suffisamment de moyens pour que l’on puisse attendre quelque chose de sérieux d’eux ?  Personnellement, je n’attends pas grand-chose d’eux. Au départ, tout le monde l’a vu, c’était une injonction du président Macron et non une invitation. Le président français veut que les présidents du G5 Sahel aillent en France déclarer haut et fort qu’ils veulent la présence française sur leurs territoires. Nos chefs d’Etat ne sont pas assez armés de courage pour aller contre cette idée qu’Emmanuel Macron veut voir affirmer et renforcer ; il n’y a rien de particulier à attendre de ce sommet et c’est bien dommage. De plus, les attaques récentes vont apporter de l’eau au moulin de la France qui estime que sa présence est légitime parce qu’elle est là pour défendre des peuples qui sont faibles et ne sont pas capables de combattre le terrorisme. Hasard de calendrier ou pas, je ne le sais pas, mais ce qui est sûr, nous enregistrons toujours des pertes en vies humaines. Toutes ces rencontres à l’issue desquelles il y a de grandes déclarations intriguent. Il faut se mettre à l’idée que la France n’est pas là pour une question de philanthropie, c’est pour une question d’intérêts géopolitiques. Ce n’est pas par amour pour les Africains qu’elle est en Afrique. Ce qu’il faut faire savoir aux Fançais, c’est qu’ils ont un devoir de reconnaissance vis-à-vis de l’Afrique en ce sens que de nombreux Africains sont partis mourir pour eux pendant les deux guerres mondiales ; ils devraient par humilité reconnaître cela. Dire que des soldats français viennent mourir sur le sol africain et que pour cela nous devrions être reconnaissants à la France, ça nous amuse. Nos grands-parents sont partis mourir pour l’Hexagone sans que l’on retrouve leurs corps, encore moins qu’on leur réserve des obsèques dignes. Si les Français pensent que nous ne méritons pas que leurs soldats meurent sur notre territoire, c’est à la limite de la provocation et c’est inacceptable. »

Nelson Bandaogo, juriste

summit une« Moi, je n’attends rien de cette rencontre, qui n’a d’ailleurs pas de sens. Le G5 Sahel pour moi, c’est une entreprise de la France pour vendre ses armes. Il ne faut donc pas s’attendre à ce qu’il permette aux pays qui en sont membres de venir à bout du terrorisme. Il faut purement et simplement mettre fin à cette mascarade et revenir à l’ECOMOG de la CEDEAO,permettre aux armées de cette aire géographique de traverser sans difficulté les frontières quand elles poursuivent des terroristes,  veiller au partage d’informations entre les différents états-majors généraux des armées. Moi, j’estime que le départ de la France du territoire africain permettra de couper l’approvisionnement des terroristes en matériel. Par ailleurs, il faut une vraie implication de l’Algérie, qui est une base arrière des terroristes, dans la lutte. Elle a une dette historique envers les Touaregs et a du mal à se départir d’eux. »

Propos recueillis par Saâhar-Iyaon Christian SoméBékuoné

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