Prélèvement d'1% sur le salaire net des travailleurs du public et du privé : « C'est trop demander au fonctionnaire » (Dieudonné Tankoano, sociologue, enseignant et écrivain)
Au Conseil des ministres du vendredi 5 janvier 2024, le gouvernement burkinabè a décidé, entre autres, du prélèvement obligatoire de 1% sur le salaire net des travailleurs du public et du privé, pour alimenter le fonds de soutien patriotique dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, qui secoue le pays depuis huit ans. Sur la question, Radars Info Burkina a tendu son micro à certains travailleurs.
Depuis 2022, le gouvernement a proposé le prélèvement de 1% sur les salaires des fonctionnaires du public et du privé. Dès lors, ce prélèvement se faisait de façon volontaire. Mais le volontariat fait place désormais à l'obligation car de bon gré mal gré, la retenue de 1% sur les salaires nets des travailleurs du privé et du public sera une réalité pour 12 mois. Les avis divergent sur cette mesure.
En effet, pour Dieudonné Tankoano, sociologue, enseignant-écrivain," c'est vrai qu'il n'y a pas de sacrifice de trop pour la question de son pays, mais le sacrifice doit permettre à la personne de vivre. Les gens disent que c'est parce qu'il y a le pays qu'il y a des travailleurs. Mais je pense que c'est parce qu'il y a aussi des travailleurs que le pays existe".
Selon lui, le gouvernement n'a pas été très stratège. Après le refus des syndicats de céder le 1%, il devrait travailler à améliorer les échanges entre lui et ces derniers. Malheureusement, il est resté enfermé et a même continué à ouvrir des fronts d'opposition entre lui et les syndicats. Au lieu d'imposer, qu'est-ce qui prouve qu'une deuxième tentative de négociation n'aurait pas marché", a-t-il questionné ?
"Il faut finir rapidement avec cette guerre, mais il ne faut pas oublier que ce n'est pas seulement une guerre de moyens. Il faut également construire le dialogue. Je pense que ce dialogue manque avec ce gouvernement et c'est ce qui a fait qu'après une tentative échouée de négociation avec les syndicats des travailleurs, il n'est pas revenu, il a utilisé ce qu'il connaît le mieux : la force", a-t-il argué.
De son avis, "cette décision est mal vue car elle a une connotation qui laisse penser que le fonctionnaire ne participait pas à la guerre, comme s'il s'est mis à l'écart. Pourtant cela n'a jamais été le cas. Il a perdu son village, hébergé des PDI, réinscrit des élèves dans des écoles privées et il subit les difficultés de la vie chère imposée par le terrorisme. Selon moi, c'est trop demandé au fonctionnaire".
"Je ne le souhaite pas mais si nous n'arrivons pas à finir cette guerre en une année, que va devenir cette imposition de 1% sur le salaire des travailleurs ? Elle va rester comme l'IUTS ? Tant que cette guerre n'est pas finie, l'imposition va demeurer. Il se peut qu'elle reste même après la guerre et ça sera une double imposition : l'IUTS et 1% sur le salaire pour l'effort de guerre", s'inquiète-t-il.

Voilà pourquoi à l'en croire, "c'est difficile d'accepter cette décision. Il faut que les gens sachent que ceux qui s'opposent à cette imposition ne sont pas des apatrides. S'ils l'étaient, ils auraient pu aller ailleurs pour travailler car c'est possible", a-t-il lancé.
En lieu et place de ces retenues, il suggère que le gouvernement exploite d'autres sources de financement comme l'avait suggéré le syndicat des travailleurs, à savoir traquer les corrompus qui ont volé l'argent de l'État, les sources de financement à travers le secteur minier, la fiscalité, la traque des détournements, etc.
Mais Comme la décision est déjà imposée, "nous allons observer l'évolution de la situation" a-t-il déclaré.
Par ailleurs Sieur Tankoano soutient qu’il faut penser au Burkina Faso de demain. "Si nous arrivons à terminer avec cette guerre, quelle sera l'image de notre pays. Je vois un pays très pauvre, déstructuré et désorienté. Désorienté avec une jeunesse très pauvre, affamée, voleuse et brigande. Après cette guerre, je vois un pays qu'il faudra encore prendre des décennies pour reconstruire. Je vois un pays qui sera à plat et c'est ce que nous sommes en train de faire. On est en train de tout converger vers la guerre. Qu'allons-nous faire pour nous développer, lutter contre la famine, l'éducation des enfants, et comment allons-nous vivre ? Voici des questions qu'il faudra se poser", a-t-il conclu.
Cependant pour certains, la participation populaire est plus que nécessaire, c'est un devoir.
"Le pays est notre héritage commun. C'est ensemble qu'on peut le sauver et le défendre ; c'est de notre devoir de contribuer à l'effort de paix.
Nous sommes prêts à engager tout ce qu'il faut pour en finir avec cette guerre qui nous a été imposée. Déjà que des vies ont été engagées à cet effet, aucun sacrifice matériel, financier et autres, ne sera de trop pour sauver le pays. Pourvu qu'il contribue à l'atteinte de cet objectif" a déclaré E.D., agent de la fonction publique.
À sa suite, A.K.S, travailleur du privé, estime que "refuser ce prélèvement, c'est comme quelqu'un qui est malade couché sur un lit d'hôpital et meurt par manque d'argent pour payer les médicaments. Malheureusement après sa mort, on trouve une forte somme sur lui !" Donc "s'il y a des Burkinabè qui sacrifient leurs vies, nous devons être capable d'aller au-delà de ce prélèvement même" de sa conviction.
En outre, pour Yannick Zoundi agent du privé, il a déjà assez de taxes que les Burkinabè paient pour l'effort de guerre. Donc "le prélèvement d'1% va asphyxier maintenant les agents" Tout compte fait, il pense que le prélèvement devrait se faire en fonction du salaire perçu.
"À mon humble avis, cette mesure est acceptable pour le salarié moyen. Si les pourcentages étaient définis par catégorie ou en fonction du salaire perçu, j'allais plus apprécier car parmi les salariés il y en a qui touchent gros. Après le combat, les autorités doivent songer à ne pas oublier de supprimer des impositions comme l’Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS)", a terminé M. Zoundi.
Flora Sanou

Selon le panéliste, de 1960 à nos jours, lors des grands tournants historiques de notre pays, le mouvement démocratique révolutionnaire (mouvement syndical) en général a toujours été présent. « Les grandes histoires, que ce soit le 3 janvier 1966, les 17 et 18 décembre 1975 et l’insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, entre autres, ces victoires ont eu lieu avec le mouvement syndical », a-t-il fait savoir.
Toutefois, pour lui, « le mouvement syndical doit toujours reconnaître qu’il a des limites, surtout quand il s’agit des débats politiques. Mais se prononcer sur la vie politique, les questions politiques sur l’évolution du pays, c’est une nécessité et il doit continuer à le faire vaille que vaille ».
La porte de 2023 s'est refermée pour laisser place à 2024. L'heure est aux présentations de vœux pour cette nouvelle année. Radars Info Burkina a recueilli quelques souhaits de Burkinabè.
Selon Ophélie Rouamba, étudiante en droit, "tout Burkinabè patriote ne devrait avoir comme vœu, en cette période de crise sécuritaire, que le retour de la paix".
Radars Info Burkina : Y a-t-il encore une chance de voir François Compaoré comparaître à la barre pour répondre des faits qui lui sont reprochés ?
Radars Info Burkina : Qu’est-ce que vos opérations ont pu rapporter à l’État en 2023 ?
Pour ces enfants, c'est dans l’union que résident la force et la capacité à avancer ensemble vers un meilleur avenir. Ainsi, à l’orée de l’année 2024, ils ont formulé des vœux d’union véritable et de solidarité à tous les Burkinabè, pour une vie paisible.

« J’invite les populations civiles à respecter strictement les consignes de sécurité données par les forces de défense et de sécurité. Quand on vous dit qu’une voie est barrée pour des raisons de sécurité ou qu’on vous dit qu’à une certaine heure il y a des zones à éviter, ou quand on vous fait des injonctions de vous arrêter, vous devez respecter ces consignes. Si des agents laissent leurs familles et sortent patrouiller afin de renforcer le dispositif, c’est pour que les populations puissent fêter dans la quiétude », a affirmé le ministre délégué à la Sécurité, Mahamadou Sana.
Pour le renforcement de la sécurité des villes, une coordination complète de toutes les forces (police municipale, police nationale, gendarmerie nationale, eaux et forêts, garde de sécurité pénitentiaire, sapeurs-pompiers, etc.) a été mise en place le 15 décembre dernier. Ainsi, selon Le lieutenant-colonel Léonid Rakiswendé Diabri, commandant de la troisième légion de gendarmerie, par ailleurs coordonnateur de la coordination des forces de défense et de sécurité, les populations peuvent avoir affaire, par exemple, à la police municipale ou à l’armée de terre ou même à la garde de sécurité pénitentiaire lors des contrôles ou des patrouilles. De ce fait, il leur est demandé de se soumettre aux injonctions, a-t-il indiqué.
La plateforme e-timbre a été lancée le 20 novembre dernier par le ministère de l’Economie, des Finances et de la Prospective. Après près d’un mois d’utilisation, comment ce timbre fiscal numérique est-il apprécié des citoyens ? Une équipe de Radars Info Burkina a recueilli quelques avis ce lundi 18 décembre 2023, à Ouagadougou.
À quelques mètres de dame Ouédraogo se trouve le kiosque de madame Isabelle Zoundi. Elle relève les mêmes difficultés. « À cause de la poussière les clients refusent de s'asseoir pour manger. Donc je m'arrange à prévoir des kits. Cela me permet d'éviter les méventes », a-t-elle indiqué.
Quand bien même les consommateurs seraient conscients du risque sanitaire qu’ils encourent, ils avouent ne pas avoir le choix, en raison du prix accessible des repas vendus.
De nos jours, les réseaux sociaux servent de canaux de communication pour faire passer une information. Cependant, ces plateformes sont de plus en plus utilisées comme vecteurs de désinformation et de diffusion de discours de haine. Ainsi, dans un pays en crise comme le Burkina, lutter contre la désinformation et les discours haineux ne pourrait-il pas contribuer à lutter contre l’insécurité et favoriser la cohésion sociale ? C’est en réponse à cette question que l’Observatoire citoyen des réseaux sociaux (OCRS) a vu le jour. Dans une interview accordée à Radars Info Burkina, Cyrille GUEL, président d’Educommik, responsable de cet outil de veille, nous en dit plus.











