Fonds exceptionnel de solidarité mis en place par le BBDA : « Ce fonds ne compromettra aucunement la répartition de fin mai », dixit Walib Bara
La direction générale du Bureau burkinabè du droit d'auteur a décidé de mettre en place le Fonds exceptionnel de solidarité (FES) pour venir en aide aux créateurs en difficulté. Radars Info Burkina a rencontré le Walib Bara, directeur général du BBDA, pour comprendre davantage la nature de ce fonds et les mécanismes de sa mise en application.
Radars Info Burkina (RB) : Le BBDA a décidé de transformer le deuxième appel au fonds de promotion culturelle en FES. Comment vous est venue l'idée de procéder ainsi ?
Walib Bara (WB): Le fonds de promotion culturelle est alimenté statutairement par 5% de nos collectes traditionnelles et 50% de la rémunération de la copie privée (les droits de douanes qui proviennent des droits sur les supports CD, clé USB, etc.) Ce fonds est géré par un comité qui a en son sien tous les titulaires de droits de différentes catégories BBDA. Dans sa mise en œuvre, il est organisé en deux sessions. La première constitue un appel à projet en termes d'aide à la création, à la mobilité. La deuxième a lieu en juin. Le premier appel ayant eu lieu au premier semestre et le second ayant dû intervenir en juin eu égard aux conséquences du COVID-19, nous avons décidé de revoir le lancement de cet appel. Le créateur, avant de penser à la création, doit pouvoir répondre à certaines mesures d'urgence. Le coronavirus ayant eu ces effets collatéraux avec les mesures prises par le gouvernement dans le but de freiner cette pandémie, nos créateurs sont dans le chômage partiel. Dans l'optique de pallier ces urgences face aux flux de créateurs qui viennent régulièrement au BBDA pour poser leurs différentes préoccupations, la direction du BBDA a donc proposé par transformation ce second appel en FES.
RB: En quoi consiste concrètement le projet?
WB: Le projet consiste en réalité à utiliser le montant qui est de 150 000 000 francs CFA et à le répartir à tous les membres du BBDA. Dans la première approche, les membres étaient au nombre d’environ 5700 et il fallait trouver des critères pour que le montant à allouer à chaque membre soit au moins consistant. Il faut que chaque membre ait une somme lui permettant de faire face à ses charges fixes. Nous avons ainsi procédé à l’élimination des fonctionnaires, des salariés, des structures de production et d'édition, des bénéficiaires du fonds d'aide aux personnes âgées. Et nous nous sommes retrouvés finalement à 4759 membres. Mathématiquement on se retrouve avec 30000 F par personne. Ce FES a été présenté au ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme qui a trouvé l'idée intéressante. Pour respecter la procédure, nous sommes passés devant le Conseil d'administration par conseil extraordinaire et l'idée a été adoptée à l'unanimité. On essaie de mettre les bouchées doubles pour que sa mise en œuvre puisse intervenir au plus tard le 29 avril. Il ne faut pas confondre ce fonds de solidarité à la répartition qui est prévue en fin mai. Le FES n'entachera aucunement la répartition de fin mai.
RB : En procédant ainsi, ne vous exposez-vous pas à une éventuelle contestation des exclus?
WB: Il nous fallait procéder par élimination. Quand on prend une maison de production ou d'édition, c'est une structure morale. Elle a un minimum par rapport à un individu qui est créateur. Les créateurs sont des travailleurs indépendants qui sont dans une forme de fragilité quotidienne. Donc nous avons dû écarter les maisons de production et d'édition. Les personnes âgées qui bénéficient du fonds d'aide aux personnes âgées sont passées en fin mars et passeront en juin. C'est logique également qu'on les écarte. En ce qui concerne les fonctionnaires, certains sont membres du BBDA. Le simple fait qu'ils ont déjà un salaire, ça veut dire qu'ils ont un minimum. Il faut garder à l'esprit que ce fonds a été mis en place pour les créateurs les plus nécessiteux. Sur les 4759 membres si 3000 personnes viennent, on aura dépensé 90 000 000 F et il restera 60 000 000 F. Deuxième scénario pessimiste, le coronavirus n'est pas encore fini, ce montant peut servir encore à soutenir les plus nécessiteux. On peut se tromper mais on s'est dit que c'est ce minimum sur lequel on pouvait aller pour écarter quelques-uns.
RB: Qu'en est-il du milliard de francs CFA pour l'accompagnement du secteur de la culture ?
WB: Je voudrais dire que les 1 025 000 000 F annoncés, le ministre de la Culture, des Arts et du Tourisme a mis en place un comité de réflexion. Le comité de réflexion dont fait partie le BBDA a fait des propositions avec la société civile culturelle, le secteur privé de la culture et certains cadres du ministère. Ces propositions sont aujourd'hui entre les mains de l'autorité. Comprenez que je ne puisse dévoiler le contenu de ces travaux.
Interview réalisée par Aly Tinto
Le jeudi 23 avril 2020, le ministre de l’Education nationale, de l’Alphabétisation et de la Promotion des langues nationales, Stanislas Ouaro, a procédé au lancement de l’enseignement à distance. Il s’agit d’enregistrer les cours et de les diffuser sur des chaînes de télévision et des radios. Cette initiative vise à pallier l’arrêt des cours et à permettre aux élèves un apprentissage continu. Quelques enseignants font l’analyse de ce nouveau système.
Pour lui, si les évaluations doivent se faire sur la base de tout le programme de l’année, les élèves ne pourront pas s’en sortir. Pour bien assimiler les cours, les élèves doivent faire des exercices, avoir des explications pour comprendre. Les cours à distance, par rapport à nos réalités et à notre contexte, ne seront pas d’un grand apport pour nos élèves, déclare un professeur de mathématiques d’un lycée privé. La preuve, nous rencontrions des difficultés lorsque nous les enseignions en classe et ce n’est pas à distance que ces difficultés seront résolues renchérit-il. « Pour ma part, cette initiative est juste une plaisanterie. Les cours à distance ne constituent pas une solution ». Pour lui, vu l’évolution de la maladie, la solution serait de continuer dans la sensibilisation des populations et attendre le retour à la normale pour reprendre les cours en classe sinon les cours à distance constituent un gaspillage de finances. Aussi les élèves ne suivent pas ce qui déjà sur Burkina Info, nombreux sont ceux d’entre eux se croient en vacances. « Mon fils en classe de troisième par exemple ne suit même pas les cours à la télévision. Si les conditions ne sont pas réunies, attendons le retour à la normale ». Mais comment les élèves pourront-ils suivre les cours avec les nombreux délestages que connaît le Burkina Faso.
Notre interlocutrice n’est pas la seule à vivre cette situation inconfortable ; une étudiante suivie au service de rhumatologie est dans le même cas. Suivant un traitement à la chloroquine depuis sa deuxième année d’université, ses examens n’ont pas encore révélé le mal dont elle souffre. Elle affirme néanmoins que son traitement réussi à calmer ses douleurs articulaires ainsi que ses malaises. « Actuellement, le plaquenil manque et ça joue beaucoup sur mon état de santé. Il y a des jours où je n’arrive pas à quitter mon lit parce que j’ai mal partout. Je suis allée voir mon médecin pour qu’il me trouve un équivalent ou une solution », nous confie-t-elle. D’après ces deux dames, les médecins ont tenté des négociations avec l’Etat burkinabè afin que les pharmacies continuent à ravitailler les patients sous chloroquine. Des négociations qui ont porté des fruits. De nouvelles ordonnances sont alors délivrées par les médecins spécialistes à leurs patients pour leur permettre d’avoir leurs produits en pharmacie. « Avec cette nouvelle ordonnance que j’ai, je suis allée à la pharmacie mais le produit n’est pas encore disponible. Le pharmacien a pris l’ordonnance pour enregistrer la commande et va me rappeler dès que le produit sera disponible », renchérit notre patiente lupique. En attendant que leurs produits soient sur place, les patients sous chloroquine devront prendre leur mal en patience.
Le porte-parole du gouvernement, lors du point de presse sur le Conseil des ministres du 22 avril, a affirmé que la date du 28 avril annoncée pour la reprise des cours était toujours d'actualité. Il a cependant précisé que la priorité du gouvernement était d'assurer la sécurité sanitaire des élèves et enseignants, d'où la prise de certaines mesures. Mais pour les syndicats de l'éducation, il ne saurait y avoir de reprise des activités sans une satisfaction préalable de certaines de leurs doléances.
Certes, il y a encore la subvention à la presse privée et les lignes de crédits au niveau du Fonds d’appui à la presse privée (FAPP), mais elles ne semblent pas être des réponses structurantes et durables aux difficultés des médias. En outre, l’on peut noter un retour des velléités de contrôle de l’information et surtout des tensions permanentes dans les médias publics qui sont de nature à compromettre la liberté et l’indépendance des professionnels évoluant dans lesdits médias. Enfin, l’on peut noter que malgré les avancées, l’Affaire Norbert Zongo reste pendante et plusieurs organes de presse font l’objet de harcèlement et d’intimidations à travers des procès dont l’équité et l’impartialité sont plus que douteuses. Au regard de tout cela, je crois que la note et le classement du Burkina sont conformes à la réalité. Nous sommes en net recul. Et j’ai bien peur que ce ne soit le début de la fin de la forte percée du Burkina résultant des réformes opérées sous la Transition. Car, on ne voit rien venir avec ce pouvoir », a regretté M. Ouédraogo.
Pour le journaliste d'investigation Atiana Serge Oulon, cette place est bonne à prendre dans la mesure où le Burkina est dans le top 50 en matière de liberté de presse dans le monde. « Mais à défaut de progresser, le pays devrait garder le cap », a-t-il ajouté.










