Rétrospective 2022 : Les Burkinabè ont payé cher la forte dépendance extérieure de leur économie
L’année 2022 n’aura pas été un long fleuve tranquille pour l’économie burkinabè. Le pays a en effet connu des soubresauts, notamment avec un changement de régime à deux reprises, la guerre en Ukraine, la forte appréciation du dollar et surtout la double crise sécuritaire et alimentaire qui a sévi au niveau national. Sur le plan économique, l’année écoulée, pour de nombreux Burkinabè, pourrait être assimilée à la période 68-72. Retour sur l’actualité économique burkinabè en 2022.
En 2022, le Burkina Faso a connu deux coups d’Etat : le premier le 24 janvier et le second le 30 septembre. Ces évènements ont eu certainement un fort impact sur la vie économique de la Nation. Même si les institutions n’ont pas tenté d’évaluer cet impact économique, on peut retenir la suspension de l’exécution des budgets au sein de plusieurs administrations publiques, des collectivités territoriales, etc., qui a entraîné l’arrêt de certains services ou travaux publics. Cela a donc perturbé le fonctionnement de l’économie burkinabè et mis au chômage ou en difficulté financière des citoyens ainsi que des entreprises.
Toujours en 2022, le pays a enregistré une crise inflationniste sans précédent ayant dépassé celle de tous les autres pays membres de l’espace UEMOA (Union économique et monétaire ouest-africaine). La période de pic a été le troisième trimestre de l’année écoulée. En effet, cette inflation a atteint 18% en août, soit le pic en 2022. Ensuite, elle est respectivement redescendue à 17 puis 15% en septembre et octobre 2022. Cette situation a non seulement des causes externes telles que la guerre en Ukraine, la forte appréciation du dollar (monnaie de paiement internationale) par rapport à d’autres monnaies comme l’euro, avec laquelle le franc CFA est en parité fixe (1€ = 655,975 F CFA), mais aussi et surtout des causes internes qui sont la forte dépendance de l’économie burkinabè vis-à-vis de l’extérieur (c’est une économie de consommation), la crise sécuritaire qui a occasionné un déplacement massif de plus de 1,8 million de Burkinabè sur le plan national, la mauvaise campagne saisonnière que le pays a connue en 2022, etc.
Sur le plan fiscal, au 30 juin 2022, la Direction générale des impôts (DGI) avait recouvré près de 584,59 milliards de F CFA sur une prévision de 550,33 milliards de F CFA, soit un taux de réalisation de plus de 106,23%. Rapporté aux prévisions annuelles de 1 105 milliards de F CFA retenues dans la loi de finances 2022, ce taux de recouvrement a été de 52,63%. Dans la même période, la Direction générale des douanes (DGD) a recouvré près de 423,55 milliards de F CFA, sur une prévision de recettes de 354,99 milliards de F CFA, soit un taux de recouvrement de 119,31%. Rapporté aux prévisions annuelles de 772,49 milliards de F CFA retenues dans la loi de finances 2022, ce taux de recouvrement est de 54,83% pour cette direction. Les performances réalisées par les deux régies de recettes, pour la première moitié de l’année 2022, présagent une bonne atteinte des objectifs en fin d’année.
En 2022 également, le Millennium challenge corporation (MCC) du gouvernement américain a suspendu ses activités avec le Burkina Faso, à la suite du coup d’Etat du 24 janvier 2022. En septembre 2022, le Conseil d’administration du MCC a voté la fin de l’assistance du MCC au Burkina Faso. Ce faisant, il prive le pays des 260 milliards de francs CFA prévus dans le cadre du second compact pour soutenir une croissance économique durable et inclusive, particulièrement dans le domaine des énergies renouvelables. Dans la même lancée, Washington a suspendu le Burkina de l’African Growth Opportunities Act (AGOA), un programme unilatéral de préférences commerciales qui offre aux pays éligibles la possibilité d’exporter, sans frais de douane ni quota sur le marché américain.
En 2023, les Burkinabè sont confrontés à d’énormes défis pour la survie de la Nation
L’année 2022, c’est le moins qu’on puisse dire, a été particulièrement éprouvante pour le Burkina Faso. Et les Burkinabè auront plusieurs défis à relever en 2023. Sur les plans économique et financier, le défi majeur pour les populations, ce sera à la fois de renouer avec un niveau de vie acceptable et de mettre fin aux multiples crises qui gangrènent la société, à travers une saine gestion des affaires publiques. Cette gouvernance saine suppose une gestion dénuée de corruption et une répartition équitable des richesses. Il s’agira donc de lutter contre ce fléau qu'est la corruption sous toutes ses formes et de manière efficace. Si les institutions publiques n'y parviennent pas, vains seront les efforts déployés dans la lutte contre les autres fléaux tout aussi ravageurs qui minent la société burkinabè.
Etienne Lankoandé
L’Assemblée législative de transition (ALT) a adopté à l’unanimité le budget de l’Etat, exercice 2023, le 24 décembre 2022. Ce budget donne quitus au gouvernement de rechercher 604,5 milliards de F CFA à l’extérieur pour combler le manque à gagner. Par ailleurs, la commission pluridisciplinaire chargée de la réception et de la gestion des contributions pour le fonds de soutien à l’effort de guerre a mobilisé plus de 59 millions de F CFA en moins d’un moins de fonctionnement. Retour sur l’actualité économique de ces derniers jours.
La lutte contre la corruption a été annoncée par le président de la Transition, Ibrahim Traoré, dans son adresse à la Nation à l’occasion du 62e anniversaire de l’Indépendance du Burkina. « Notre lutte ne s’arrêtera que lorsque tous les enfants du Burkina Faso mangeront à leur faim et dormiront tranquillement dans leur pays », a déclaré le chef de l’Etat. Cette allocution présidentielle a été prononcée au lendemain des Journées nationales du refus de la corruption (JNRC), pendant lesquelles des séances de sensibilisation ont été largement réalisées par le REN-LAC. En outre, le gouvernement a besoin de 106 milliards de FCFA en 2023 pour soutenir l’effort de guerre. Retour sur l’actualité économique de ces derniers jours.
Pour mieux lutter contre la corruption, le gouvernement burkinabè a lancé une campagne de sensibilisation des usagers de l’Administration et installé 25 comités anti-corruption au sein des structures centrales du ministère de l’Economie. En outre, en cours de semaine, précisément le 30 novembre, l’exécutif a adopté le budget de l’Etat, exercice 2023. Dans ce budget, les dépenses, qui se chiffrent à 3 235,9 milliards de F CFA, sont supérieures aux recettes de 604,7 milliards de F CFA. Au sein de l’UEMOA, le Burkina a une fois de plus battu le record en termes d’inflation au mois d’octobre avec un taux d’environ 15%. Retour sur l’actualité économique de ces derniers jours.
Après avoir été exclu des pays qui peuvent exporter certains produits aux Etats-Unis sans droits de douane, le Burkina Faso vient d’être élu parmi les pays qui peuvent exporter 98% de leurs produits en Chine sans droits de douane. Une mesure qui aura un effet de détournement du trafic, comme le stipulent les théories économiques. Acculé par une inflation sans précédent et une chute vertigineuse de sa monnaie locale, le Ghana décide d’utiliser l’or dans ses échanges commerciaux pour contrer la menace. Retour sur l’actualité économique de ces derniers jours.

31 octobre 2014 - 31 octobre 2022, cela fait huit ans qu’une insurrection populaire a balayé le régime de Blaise Compaoré qui a régné pendant 27 ans. A côté des crimes de sang, commis pendant ces 27 années pour des mobiles de pouvoir et de mainmise financière, il y a évidemment des crimes économiques et financiers. Les successeurs de Blaise n’ont pas fait mieux sur ce dernier volet. Quid de l’héritage de la gouvernance de Compaoré au Burkina ?
Le Burkina Faso est caractérisé par une population majoritairement jeune (plus de 80 % de celle-ci a moins de 36 ans) en 2018. Les différentes études réalisées sur les conditions de vie des ménages révèlent que le chômage est essentiellement urbain. Selon le dernier rapport de suivi des indicateurs de la direction générale de l’Economie et de la Planification, en fin août 2022, on note une baisse des recrutements dans le privé de 56,7% par rapport à la fin août 2021. Selon le même rapport, l’encours de la dette publique s’établit à 6 355,1 milliards de FCFA au 30 juin 2022 contre 6 147,2 milliards de FCFA au 31 mars 2022. Revue de l’actualité économique.










