jeudi 11 décembre 2025

trois uneEn vue de mutualiser leurs efforts  dans la lutte contre la menace terroriste au Sahel, les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Tchad, Niger, Mauritanie) ont créé en juillet 2017 la Force conjointe transfrontalière du G5 Sahel. Après trois ans d’existence, elle n’est pas au rendez-vous de ce qu’on attendait d’elle, selon Mahamoudou Sawadogo, spécialiste de l’extrémisme violent dans le Sahel.

La première opération de la Force G5 Sahel a eu lieu en novembre 2017 avec les armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Elle est composée de 7  bataillons de 5 000 hommes actuellement répartis sur trois fuseaux (Ouest, Centre et Est) de 200 km de large de part et d'autre des frontières communes.

Le Poste de commandement (PC) du fuseau Ouest est situé à Néma en Mauritanie, celui du Centre à Niamey et le PC du fuseau Est à N’Djamena au Tchad. Ces PC sont coordonnés par le QG de la Force, situé à Bamako.

Pour l’ancien gendarme et spécialiste de l’extrémisme violent dans le Sahel, la Force du G5 Sahel a des résultats mitigés, trois années après sa création. 

« Les résultats sont vraiment insignifiants au regard de la menace assez probante », a indiqué M. Sawadogo. 

Cette force ne tient que de la promesse de ses bailleurs. « Ils (premiers responsables de la Force, Ndlr) se plaignent qu’il n’y a pas d’équipements, de soutiens financiers. Ce qui fait que cette force est un peu réduite, donc un peu handicapée », a-t-il avancé.

trois 2Ainsi donc, il a affirmé que la Force du G5 Sahel n’est pas au rendez-vous de ce qu’on attendait d’elle. Les défis majeurs se trouvent d’abord dans les difficultés qu’ont le G5 Sahel et la Force conjointe de s’articuler.

« L’un des premiers défis concerne la mise en branle de ces sept bataillons. En plus, il faut mettre en place un commandement unifié. On se rend compte que non seulement il est difficile de trouver  les 5 000 hommes mais qu’en plus on n’a toujours pas un commandement unifié. trois 3Ça veut dire que chaque bataillon relève de son commandement initial. Ce qui fait qu’il est difficile aujourd’hui pour la Force conjointe du G5 Sahel de pouvoir mener des opérations au-delà même des limites du territoire de tout un chacun », a expliqué l’expert en sécurité.

Ensuite, les groupes armés terroristes ont réussi à s’adapter à la situation actuelle et changent de stratégie en permanence alors que la Force conjointe n’arrive pas à s’adapter à ces différents changements opérés par les groupes armés terroristes.

Cette Force conjointe nécessite également une indépendance puisque  les bailleurs extérieurs ont leur rythme et leurs exigences que les politiciens n’arrivent pas à respecter. A ce niveau, le spécialiste a reconnu que cette indépendance va venir difficilement car   chaque pays a son propre agenda.

« Aussi, ce qui fait la difficulté de cette force est qu’il y a trois fuseaux et il n’y a que le fuseau central qui est vraiment pris à partie par les groupes terroristes. Les autres fuseaux sont assez relaxes par rapport au fuseau Central », a fait savoir Mahamoudou Sawadogo.

Par conséquent, il ne serait pas évident que les cinq pays puissent s’entendre pour sacrifier d’énormes budgets au financement de la Force du G5 Sahel puisque chaque pays a ses propres problèmes.

Aly Tinto

explo uneLa brigade de recherches de gendarmerie de Fada N’Gourma a été saisie le 1er septembre 2020 par le poste de contrôle des douanes à l’entrée de la ville de la découverte d’un « colis dangereux » dans un car de transport en commun venant de Ouagadougou. Le mardi 8 septembre, la gendarmerie de ladite ville a animé un point de presse sur cette saisie et les investigations en cours. Le colis est un sac contenant 22 paquets de 15 bâtonnets de pétards chacun, soit 330 bâtonnets de pétards au total. Le propriétaire de ce colis est toujours  introuvable.

Selon le commandant de la brigade de recherches de gendarmerie de Fada N’Gourma, l’adjudant-chef major Djibrilou Zina, après qu'ils ont été informés de la découverte des explosifs, le colis a été immédiatement débarqué et les passagers conduits sous bonne escorte à la gendarmerie pour des investigations.

« Par la suite, nous avons rendu compte au procureur du Faso près le tribunal de grande instance de Fada N’Gourma. Nos investigations ont commencé par l’identification des passagers, mais nous ne sommes pas parvenus à retrouver le propriétaire du colis suspect. Donc le soir, on a fait le point de la situation au procureur du Faso, qui nous a instruits de garder tous les passagers pour qu’on puisse faire venir les bagagistes de Ouagadougou », a déclaré l’adjudant-chef major Djibrilou Zina.

C’est le lendemain que les bagagistes sont arrivés de Ouagadougou. Mais  ils ne sont pas parvenus à reconnaître le propriétaire du sac suspect.

explo 2Après un bilan de tout ce qui s’est passé pendant les deux jours au procureur du Faso, il a instruit de libérer les  passagers et de garder les bagagistes.

«Jusqu’à ce jour 8 septembre, on n’a pas pu  mettre la main sur le propriétaire du colis suspect. S’agissant de la suite, c’est une affaire judiciaire, nous continuons les recherches », a confié le commandant de la brigade de recherches de gendarmerie de Fada N’Gourma.

Le colis est un sac contenant 22 paquets de 15 bâtonnets de pétards chacun, soit 330 bâtonnets de pétards au total. Selon les spécialistes du service de déminage du groupement des forces de sécurisation du secteur Centre et Est basé à Fada N’Gourma, un seul lot de ces pétards, « c’est-à-dire 5 bâtonnets combinés avec un détonateur, peut faire des dégâts énormes et inimaginables Autrement dit, un seul suffirait à mettre en petit morceaux le car de 70 places, y compris son contenu ».

Pour l’adjudant-chef major Djibrilou Zina, cette affaire suscite vraiment des interrogations et le but de la conférence, c’est d’interpeller tout un chacun sur ses responsabilités. 

« Nous voudrions que les médias nous aident à sensibiliser davantage les populations. Comment un tel colis a-t-il pu être embarqué jusqu’à Fada N’Gourma ? Les passagers n’ont pas été identifiés et les bagages n’ont pas été étiquetés. Peut-être qu’un bagagiste aurait pu découvrir qu’il y avait quelque chose de suspect dans le car et également dénoncer les comportements suspects aux forces de défense et de sécurité   pour que nous puissions ensemble lutter contre le grand banditisme et le terrorisme», a-t-il regretté.

A l’en croire, tous les chefs de gare ont été interpellés pour  sensibiliser leurs employés à la bonne façon de travailler. « Personne ne doit pouvoir embarquer un colis sans  avoir été convenablement identifié. Le colis doit être lié au ticket de la personne qui voyage », a expliqué le pandore.

En rappel, en septembre 2019, avec la dégradation du contexte sécuritaire, Radars Info Burkina avait fait un tour dans les gares de certaines compagnies de transport de la ville de Ouagadougou pour savoir leur contribution en matière de sécurité. Dans certaines gares, les passagers ne sont pas identifiés et les bagages en soute ne sont pas étiquetés.   Des chefs de gare ont indiqué que c’est difficile pour eux de faire respecter les consignes sécuritaires, notamment le contrôle des bagages.

Aly Tinto

Lire aussi l’article https://www.radarsburkina.net/index.php/fr/societe/1735-insecurite-une-sensibilisation-de-la-population-est-necessaire-pour-qu-elle-accepte-le-controle-des-bagages-dans-les-gares

 

ogapo uneLors d’une conférence de presse tenue le jeudi 7 mai 2020, des  élus et responsables de l’Union pour le progrès et le changement  (UPC) de la région de l’Est, préoccupés par la situation sécuritaire, humanitaire et sociale qui prévaut dans cette partie du Burkina Faso, ont tiré la sonnette d’alarme et proposé l’opération « Ogapo » (Ndlr : dénouement final en langue locale) pour sauver l’Est du Burkina. Radars Infos Burkina a recueilli l’appréciation de quelques citoyens de la ville de Ouagadougou sur cette suggestion.

Selon les élus de l’UPC, l’opération « Ogapo» doit concerner les 5 provinces de la région de l’Est. Les volontaires pour la défense de la patrie doivent être associés aux Forces de défense et de sécurité (FDS) pour mener cette opération. En outre, « Ogapo » devra impliquer « fortement les détenteurs du savoir traditionnel du Gulmu et associer toutes les forces vives de la région ».  Un retour des populations déplacées, une fois l’opération menée avec succès, et la création d’un Centre de « déradicalisation » font également partie des propositions.

ogapo 2« La proposition est la bienvenue si vraiment l'armée accepte de mettre à contribution la chefferie traditionnelle. Actuellement, aborder la question de la sécurité est trop délicat, surtout pour un natif de cette partie du pays. Je trouve que les élus ont fait preuve de beaucoup de courage en prenant le risque d’aborder cette question. A l'Est, rien n'est fait pour que la paix revienne. Les terroristes sont dans la forêt », a soutenu un citoyen natif de la région concernée.

Selon Mme Sawadogo, faire des propositions pouvant contribuer à résoudre ce problème d’insécurité à l’Est est très louable. « Il n’y a pas la stabilité mais cette situation dépend des autorités. Si elles en ont la volonté, elles peuvent restaurer la sécurité à l’Est et partout dans le pays», a commenté cette femme.

« C’est très bien de faire des propositions dans le but de ramener la stabilité dans cette partie du pays. Mais l’application sera difficile. D’abord, il faut bien équiper les volontaires en armes et bien les prendre en charge. Les volontaires et les FDS ne peuvent pas participer à une même opération. Ils n’ont ni les mêmes armes ni la même formation. En outre, l’Etat semble actuellement exclusivement préoccupé par la question de la pandémie de coronavirus alors que dans certaines parties du territoire, les populations souffrent depuis », a affirmé M. Ilboudo, un de nos interlocuteurs.

Aly Tinto

curite uneLes violentes attaques terroristes, avec leur corollaire de populations déplacées, perdurent au Sahel. Au Burkina Faso, plus de 850 000 Burkinabè ont été obligés de fuir leurs localités d’origine. Dans cette situation d’insécurité, quand dit-on qu’un territoire échappe au contrôle de l’Etat central ? Pour trouver réponse à cette question, Radars Info Burkina a contacté tour à tour Yehia Ag Mohamed Ali, chercheur à l’Institut de veille et d’études des relations internationales et stratégiques (IVERIS), et Abdoul Karim Saïdou, politologue et enseignant-chercheur à l'université Ouaga 2.

«Je dirai que l’Etat n'y est plus présent par l’intermédiaire de ses démembrements comme l’administration territoriale, la justice, les forces de sécurité, etc. Ce vide est généralement comblé par une autre organisation qui assure la justice, le maintien de l'ordre, prélèvement des taxes et/ou impôts. Cette situation peut concerner une zone pendant un certain temps. Chez nous (Ndlr, au Mali),  en dehors des centres urbains,  le centre et le nord du pays sont gérés par des groupes islamistes, des milices, des mouvements armés dits signataires de  l’accord d’Alger. En conclusion,  l'Etat, par définition, est le détenteur exclusif de la violence légitime sur son territoire. 

curite 2Si des groupes ou organisations lui disputent ce monopole de la violence, alors il est attaqué dans ses fondements. La pire des choses, c'est quand l’Etat sous-traite ce monopole avec des organisations non étatiques ; dans ce cas, il s'autodétruit », a soutenu le chercheur Yehia Ag Mohamed Ali. Selon le politologue Abdoul Karim Saïdou, on dit qu’un territoire échappe au contrôle de l’Etat central lorsque des groupes armés occupent ce territoire ou empêchent l'État d'exercer sa souveraineté. « Dans ce dernier cas, par exemple, l'Etat est incapable de faire fonctionner son administration, ses services sociaux et de protéger les biens et les personnes. curite 3C’est le cas des villages qui se sont vidés de leurs habitants à cause de l'insécurité. Bien que ces villages ne soient pas territorialement occupés, ils échappent, dans les faits, au contrôle de l'État, d’autant plus que ce dernier est incapable d'y exercer sa souveraineté », a expliqué le juriste.

Pour ce qui concerne le Burkina Faso, une source sécuritaire a affirmé qu’il n’y a pas de zone qui échappe au contrôle de l’Etat central. Selon ladite source, l’armée met les pieds partout. Néanmoins, fait-elle remarquer, elle ne peut pas être présente 24h/24 sur chaque centimètre carré du territoire national.

Aly Tinto

 

                

jpg uneCes derniers temps, des médias font état d’une rivalité meurtrière dans le nord du Burkina Faso et le centre du Mali entre le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM) et l'Etat islamique au grand Sahara (EIGS), les deux principaux groupes terroristes au Sahel. Pour une lecture de ces affrontements et de leurs conséquences, Radars Info Burkina a contacté tour à tour Yehia Ag Mohamed Ali, chercheur à l'Institut de veille et d'études des relations internationales et stratégiques (IVERIS), et Juliette Nsimba, coordonnatrice adjointe de projets au Réseau de réflexion stratégique sur la sécurité au Sahel (2r3s).

Selon le chercheur Yehia Ag Mohamed Ali, la question idéologique est d'abord la principale raison de ces affrontements meurtriers.  « De façon idéologique, les deux groupes n'ont jamais fait bon ménage. C'est l'aile dure d'Al-Qaïda qui a formé l'Etat islamique (EI). Quand ils ont formé l'EI, il fallait pratiquement effacer Al-Qaïda pour avoir le monopole du jihad. Au Mali, surtout au niveau des trois frontières, l'EIGS aussi est né de dissidences d'Al-Qaïda.  Abou Walid Al-Sahraoui, qui est le chef de l'EIGS, était avec Al-Qaïda. A la mort du chef d'Al-Mourabitoune, il s'attendait à remplacer ce dernier. Ça n'a pas été le cas, donc il a décidé de créer un groupe et de faire allégeance à l'EI. Al-Mourabitoune était composé essentiellement d’anciens du Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (MUJAO). C'est ainsi qu'il a été très actif dès le début, essentiellement entre le Niger et le Mali et accessoirement au niveau du Burkina Faso. Au Burkina Faso, la première katiba Ansarul Islam était affiliée à Al-Qaïda. Malam Dicko, son fondateur, était avec Iyad Ag-Ghali, chef du GSIM. Donc ces conflits visent d’abord le contrôle du territoire et ensuite à imposer certaines idées sur le jihad. En effet, Al-Qaïda, par principe, n'attaque pas les populations civiles tant qu'elles ne s'attaquent pas à ses intérêts, ou tant qu'elles ne s'allient pas à ceux qu'ils appellent les mécréants contre lui. Par contre l'EI règne par la terreur. En outre, il y a une lutte pour le pouvoir car celui qui contrôle le territoire a aussi le pouvoir », a-t-il expliqué.

jpg 2Quant à Juliette Nsimba, elle affirme que la gestion des troupeaux de bétail et de conflits fonciers serait à l’origine de l’escalade de la violence entre les deux groupes armés. « Au sein du 2r3s, nous avons analysé la situation et constaté que la crise du COVID-19 a entraîné un changement idéologique en matière de contre-terrorisme ; les Etats sahéliens adoptent désormais une approche centrée sur la sécurité humaine. Cette nouvelle approche a permis aux groupes armés de consolider, voire de renforcer leur position, en particulier dans le centre du Mali », déclare-t-elle.

Les combats se sont intensifiés ces derniers temps parce que « l'EIGS est monté en puissance. En plus, il y a eu beaucoup de défections, surtout dans la partie centre du Mali, au sein de la katiba du Macina en faveur de l'EIGS>>, a avancé le chercheur à IVERIS. « De nombreux combattants de l’EIGS, recrutés au Burkina Faso et au Niger, sont arrivés dans la région de Mopti, un espace originellement « dominé » par des groupuscules se revendiquant d’Al-Qaïda et du prédicateur Amadou Koufa. L’EIGS semble vouloir étendre son influence et renforcer sa position dans le centre du Mali », a renchéri la coordonnatrice adjointe de projets au 2r3s.

jpg 3Par conséquent, « les chefs d'Al-Qaïda, à un moment donné, étaient physiquement menacés. Maintenant ils jouent simplement leur survie>>, a commenté le chercheur Yehia.

 « Je crois que le rapport de force est actuellement en faveur de l’EIGS, qui dispose d’importants moyens financiers techniques et d’un avantage de taille : sa position stratégique, à cheval sur trois pays, lui offre ainsi plusieurs options stratégiques non négligeables>>, a ajouté Mme Nsimba.

Pour Yehia Ag Mohamed Ali, au Mali c'est plutôt le GSIM, c'est-à-dire Al-Qaïda, qui est en train de prendre le dessus.  « Au Burkina, les combats ont commencé il n'y a pas très longtemps et je ne connais pas la configuration à ce niveau.  La configuration au Burkina est un peu particulière », a-t-il ajouté. « Je crois plutôt qu'à la fin, ils vont pouvoir s'entendre sur une répartition du territoire parce que c'était le cas avant », a poursuivi le chercheur.

Les États du Sahel peuvent-ils profiter de cette rivalité sanglante entre ces ennemis ? « Abou Walid al-Sahraoui, chef de l’État islamique au grand Sahara, est désormais l’ennemi numéro un des services de renseignements occidentaux et sahéliens. En rappel, le président IBK avait annoncé l’ouverture d’un dialogue les chefs djihadistes maliens Iyad Ag-Ghali et Amadou Koufa. On peut également se poser la question de savoir si l’annonce des négociations avec le GSIM a un lien avec la recrudescence des attaques de l’EIGS dans la zone du Liptako-Gourma », a soutenu Juliette Nsimba.

Pour M. Yehia, les Etats du Sahel, surtout les différentes forces armées qui interviennent dans la lutte contre le terrorisme, doivent plutôt faire preuve d'intelligence. « Il faut faire en sorte que les populations soient des alliés au lieu de les pousser dans les bras des terroristes », a-t-il conclu.

Aly Tinto

 

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