Trois ans d’existence de la Force du G5 Sahel : « Elle n’est pas au rendez-vous de ce qu’on attendait d’elle », dixit Mahamoudou Sawadogo, expert en sécurité
En vue de mutualiser leurs efforts dans la lutte contre la menace terroriste au Sahel, les pays du G5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Tchad, Niger, Mauritanie) ont créé en juillet 2017 la Force conjointe transfrontalière du G5 Sahel. Après trois ans d’existence, elle n’est pas au rendez-vous de ce qu’on attendait d’elle, selon Mahamoudou Sawadogo, spécialiste de l’extrémisme violent dans le Sahel.
La première opération de la Force G5 Sahel a eu lieu en novembre 2017 avec les armées du Burkina Faso, du Mali et du Niger. Elle est composée de 7 bataillons de 5 000 hommes actuellement répartis sur trois fuseaux (Ouest, Centre et Est) de 200 km de large de part et d'autre des frontières communes.
Le Poste de commandement (PC) du fuseau Ouest est situé à Néma en Mauritanie, celui du Centre à Niamey et le PC du fuseau Est à N’Djamena au Tchad. Ces PC sont coordonnés par le QG de la Force, situé à Bamako.
Pour l’ancien gendarme et spécialiste de l’extrémisme violent dans le Sahel, la Force du G5 Sahel a des résultats mitigés, trois années après sa création.
« Les résultats sont vraiment insignifiants au regard de la menace assez probante », a indiqué M. Sawadogo.
Cette force ne tient que de la promesse de ses bailleurs. « Ils (premiers responsables de la Force, Ndlr) se plaignent qu’il n’y a pas d’équipements, de soutiens financiers. Ce qui fait que cette force est un peu réduite, donc un peu handicapée », a-t-il avancé.
Ainsi donc, il a affirmé que la Force du G5 Sahel n’est pas au rendez-vous de ce qu’on attendait d’elle. Les défis majeurs se trouvent d’abord dans les difficultés qu’ont le G5 Sahel et la Force conjointe de s’articuler.
« L’un des premiers défis concerne la mise en branle de ces sept bataillons. En plus, il faut mettre en place un commandement unifié. On se rend compte que non seulement il est difficile de trouver les 5 000 hommes mais qu’en plus on n’a toujours pas un commandement unifié.
Ça veut dire que chaque bataillon relève de son commandement initial. Ce qui fait qu’il est difficile aujourd’hui pour la Force conjointe du G5 Sahel de pouvoir mener des opérations au-delà même des limites du territoire de tout un chacun », a expliqué l’expert en sécurité.
Ensuite, les groupes armés terroristes ont réussi à s’adapter à la situation actuelle et changent de stratégie en permanence alors que la Force conjointe n’arrive pas à s’adapter à ces différents changements opérés par les groupes armés terroristes.
Cette Force conjointe nécessite également une indépendance puisque les bailleurs extérieurs ont leur rythme et leurs exigences que les politiciens n’arrivent pas à respecter. A ce niveau, le spécialiste a reconnu que cette indépendance va venir difficilement car chaque pays a son propre agenda.
« Aussi, ce qui fait la difficulté de cette force est qu’il y a trois fuseaux et il n’y a que le fuseau central qui est vraiment pris à partie par les groupes terroristes. Les autres fuseaux sont assez relaxes par rapport au fuseau Central », a fait savoir Mahamoudou Sawadogo.
Par conséquent, il ne serait pas évident que les cinq pays puissent s’entendre pour sacrifier d’énormes budgets au financement de la Force du G5 Sahel puisque chaque pays a ses propres problèmes.
Aly Tinto
La brigade de recherches de gendarmerie de Fada N’Gourma a été saisie le 1er septembre 2020 par le poste de contrôle des douanes à l’entrée de la ville de la découverte d’un « colis dangereux » dans un car de transport en commun venant de Ouagadougou. Le mardi 8 septembre, la gendarmerie de ladite ville a animé un point de presse sur cette saisie et les investigations en cours. Le colis est un sac contenant 22 paquets de 15 bâtonnets de pétards chacun, soit 330 bâtonnets de pétards au total. Le propriétaire de ce colis est toujours introuvable.
Après un bilan de tout ce qui s’est passé pendant les deux jours au procureur du Faso, il a instruit de libérer les passagers et de garder les bagagistes.
« La proposition est la bienvenue si vraiment l'armée accepte de mettre à contribution la chefferie traditionnelle. Actuellement, aborder la question de la sécurité est trop délicat, surtout pour un natif de cette partie du pays. Je trouve que les élus ont fait preuve de beaucoup de courage en prenant le risque d’aborder cette question. A l'Est, rien n'est fait pour que la paix revienne. Les terroristes sont dans la forêt », a soutenu un citoyen natif de la région concernée.
Les violentes attaques terroristes, avec leur corollaire de populations déplacées, perdurent au Sahel. Au Burkina Faso, plus de 850 000 Burkinabè ont été obligés de fuir leurs localités d’origine. Dans cette situation d’insécurité, quand dit-on qu’un territoire échappe au contrôle de l’Etat central ? Pour trouver réponse à cette question, Radars Info Burkina a contacté tour à tour Yehia Ag Mohamed Ali, chercheur à l’Institut de veille et d’études des relations internationales et stratégiques (IVERIS), et Abdoul Karim Saïdou, politologue et enseignant-chercheur à l'université Ouaga 2.
C’est le cas des villages qui se sont vidés de leurs habitants à cause de l'insécurité. Bien que ces villages ne soient pas territorialement occupés, ils échappent, dans les faits, au contrôle de l'État, d’autant plus que ce dernier est incapable d'y exercer sa souveraineté », a expliqué le juriste.
Quant à Juliette Nsimba, elle affirme que la gestion des troupeaux de bétail et de conflits fonciers serait à l’origine de l’escalade de la violence entre les deux groupes armés. « Au sein du 2r3s, nous avons analysé la situation et constaté que la crise du COVID-19 a entraîné un changement idéologique en matière de contre-terrorisme ; les Etats sahéliens adoptent désormais une approche centrée sur la sécurité humaine. Cette nouvelle approche a permis aux groupes armés de consolider, voire de renforcer leur position, en particulier dans le centre du Mali », déclare-t-elle.
Par conséquent, « les chefs d'Al-Qaïda, à un moment donné, étaient physiquement menacés. Maintenant ils jouent simplement leur survie>>, a commenté le chercheur Yehia.










