Processus électoral au Burkina : « L’enrôlement a concerné 94% des communes et 83% des 9 000 villages », Newton Ahmed Barry, président de la CENI
Le Centre national de presse Norbert Zongo (CNP-NZ) a convié les hommes et femmes de médias, aujourd'hui samedi 1er août 2020 dans la matinée à son siège, à son tout premier numéro du Club de la presse physique. Placé sous le thème «Organisation des élections couplées de 2020 : Etat des lieux du processus électoral», il a été animé par Newton Ahmed Barry, président de Commission électorale nationale indépendante (CENI). M. Barry a abordé, entre autres questions, celles du fichier électoral, du vote des Burkinabè de l’extérieur et du dépôt des candidatures.
En ce qui concerne la révision du fichier électoral, la fin du processus d’enrôlement des électeurs était prévue pour le 31 mars mais à cause de la pandémie de COVID-19 et du problème sécuritaire, c’est finalement le 17 juillet 2020 que cette opération a été bouclée. Actuellement, la CENI travaille sur le « chronogramme qui va nous conduire au 22 novembre avec les différents jalons prescrits par le Code électoral », a informé le président de la CENI, qui avait pour la circonstance à ses côtés Sidiki Dramé, président en exercice du comité de pilotage du CNP-NZ et par ailleurs modérateur du jour.
S'agissant des candidatures, le 13 septembre la CENI arrêtera la liste des candidats aux législatives. Pour les candidats au fauteuil présidentiel, c'est vers le 11 octobre que leur liste sera arrêtée. « Mais avant cela, il y a les parrainages pour la présidentielle qui doivent normalement commencer 90 jours avant le 22 novembre. Très bientôt, la CENI va donc rencontrer les candidats et la classe politique pour mettre à leur disposition les outils nécessaires pour obtenir lesdits parrainages», a précisé Newton Ahmed Barry. Il a ajouté que tout candidat à la présidentielle, en plus des autres conditions qu'il devra remplir, devra obtenir au moins 50 parrainages d’élus nationaux ou locaux, c'est-à-dire des députés ou des conseillers municipaux. Après la phase du terrain, la CENI publiera la liste électorale provisoire en mi-septembre et celle définitive qui va servir aux élections le 22 novembre sera rendue publique le 21 octobre, soit 30 jours avant la date des élections.

« Pendant ce processus, il y a eu plus de 2 300 000 enrôlés. Les 18 à 35 ans, hommes comme femmes, représentent 52% de ceux qui se sont enrôlés nouvellement. Les femmes, elles, en représentent 42%. Les deux plus grandes villes du pays, à savoir Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, représentent plus de 40% de ceux qui se sont enrôlés pendant cette période », a indiqué le président de l'institution chargée d'organiser les élections.
Cependant, à l’en croire, le fichier électoral n’est pas sans problèmes. «Le système que nous avons adopté ne nous permet pas d’exclure les morts. C’est notre problème majeur. En comptabilisant les personnes nouvellement enrôlées, nous sommes aujourd’hui à 5 500 000 inscrits sur le fichier électoral. Malheureusement, nous n'avons pas la possibilité d’en exclure les morts. Nous avions proposé une approche, mais elle n’a pas été acceptée. C’est une grosse préoccupation pour nous», a expliqué Newton Ahmed Barry.
«Au cours de l’enrôlement qui vient de s’achever, nous avons sillonné les 45 provinces, les 13 régions. Nous avons ainsi fait 94% des communes et 83% des 9 000 villages. Comme nous avons couvert les 45 provinces du pays, même si nous n'avons pu aller dans les 6% de communes restantes et les 17% de villages, normalement au niveau de la province il est possible de tenir des élections », a-t-il ajouté.
Quant aux Burkinabè de l’étranger, ils sont 23 400 à s’être enrôlés pour 50 bureaux de vote. « Mais la question qu'on se pose, c'est de savoir si d’ici le 22 novembre on aura résolu la question du coronavirus avec les mesures de confinement en vigueur dans certains pays. On doit se pencher sur cette question dans les mois à venir », a-t-il souligné.
En ce qui concerne la demande d'un audit international du fichier électoral faite par le Chef de file de l’opposition politique, Zéphirin Diabré, « je ne suis pas contre l’audit, je le demande, mais je me dis qu'on est suffisamment intelligent en interne pour pouvoir nous-mêmes auditer notre fichier électoral. Je suis sûr qu’il y a des informaticiens dans chacun des grands partis capables de mettre leur expertise à contribution pour auditer notre fichier électoral », a dit M. Barry.
Pour ce qui est de la mobilisation des fonds pour l’organisation de ces élections qui vont concerner 19 500 bureaux de vote, le gouvernement a mis actuellement à la disposition de la CENI 52 milliards de francs CFA. Les partenaires techniques et financiers ont mobilisé une quinzaine de milliards pour le moment.
Dans un contexte d’insécurité, selon le président de la CENI, l’Etat burkinabè devrait trouver la solution pour créer les conditions de sécurisation maximum des bureaux de vote et du transport des résultats. «Si tout va bien, normalement nous pourrons respecter le calendrier électoral du 22 novembre 2020», a-t-il conclu.
Des partenaires du CNP-NZ ont répondu présent à ce premier numéro du Club de la presse physique. Il s’agit de Me Halidou Ouédraogo, président de la Convention des Organisations de la société civile pour l’observation domestique des élections (CODEL), et de Sagado Nacanabo, secrétaire exécutif du Réseau national de lutte anti-corruption (REN-LAC).
Aly Tinto

Selon lui, leur candidat a une vision pour un Burkina Faso radieux et l’onction des Burkinabè. « C’est un programme quinquennal qui est proposé. Nous allons lancer le programme dans les jours à venir. Ce qui est important, c’est que sa vision prend en compte d’abord trois priorités fondamentales pour le Burkina Faso. La première, c’est celle du retour de la sécurité ; la deuxième, c’est celle de la réconciliation nationale et la troisième, c’est celle de la relance économique du pays. Ces grandes priorités sont déclinées en plusieurs autres priorités», a relevé Achille Tapsoba.
Il a profité de l’occasion pour s'exprimer sur l’accord politique électoral des partis de l’opposition. « Cet accord politique est à plusieurs niveaux. Il y a l’accord politique au niveau des partis de l’opposition, membres ou non du Chef de file de l’opposition politique (CFOP). La cérémonie officielle de signature de cet accord aura bientôt lieu. C’est une alliance politique qui se veut être à deux niveaux. Une alliance entre les partis politiques, qui décident de conjuguer leurs efforts au niveau du vote pour que le suffrage additionnel des uns et des autres permette à un des candidats de l’opposition qui émergera au second tour de l’empoter en définitive. Le deuxième aspect de l’alliance amène les partis en accord à se tenir disponibles et prêts à composer dans un gouvernement ultérieur. Il ne s’agit pas de se mettre ensemble pour gagner les élections, il faut également se mettre ensemble pour gérer le pays », a expliqué Achille Tapsoba.
Le week-end du samedi 25 au dimanche 26 juillet 2020 dans la capitale burkinabè a été marqué par de grandes activités politiques comme la tenue des congrès extraordinaires d’investiture des candidats des deux principaux partis de l’opposition à la présidentielle de 2020. Zéphirin Diabré et Eddie Komboïgo ont été investis officiellement candidats respectivement de l’Union pour le progrès et le changement (UPC) et du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP). Radars Info Burkina a approché Parfait Silga, journaliste et analyste politique, pour avoir sa lecture des forces et faiblesses de ces partis pour la présidentielle à venir.
En ce qui concerne les forces des deux partis, «il y a d’abord leur structuration. Un parti gagne une élection par sa structuration. Je pense qu’après le parti au pouvoir, ce sont les deux partis les mieux structurés au Burkina. Avec l’arrivée d’Eddie Komboïgo à la tête du CDP, il y a un travail qui a été fait. Dans tout le Burkina, les sections ont été revitalisées », a expliqué M. Silga.
Des milliers de militants et sympathisants de l’ex-parti au pouvoir, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), ont répondu présents au palais des Sports de Ouaga 2000, dans la soirée du dimanche 26 juillet 2020, au congrès extraordinaire d’investiture du candidat de cette formation politique à l’élection présidentielle du 22 novembre. A l’issue des activités du congrès, Eddie Komboïgo est désormais le candidat officiel du parti de l’ex-président Blaise Compaoré.
C’est à 16h qu’Eddie Komboïgo a fait son entrée en salle sous de grandes ovations. Après l'exécution de l’hymne national, le Ditanyè, c’est le premier vice-président du CDP, Achille Tapsoba, qui a livré la teneur de la résolution portant investiture du candidat Eddie Komboïgo.
A l’issue de son investiture, Eddie Komboïgo s’est adressé aux militants de son parti en ces termes : « Fort de toute cette confiance placée en moi, je m'engage ici et maintenant à œuvrer avec tous les militants du CDP et même au-delà de notre parti, à rassembler tous les Burkinabè qui aspirent au changement, dans un vaste mouvement progressiste, pour arracher la victoire totale au soir du scrutin du 22 novembre 2020. Je suis intimement convaincu que rien ne pourra arrêter la marche du CDP vers la victoire finale ».

Donc la jeunesse a une place de choix dans ce parti. Dans son programme de 2015, Zéphirin Diabré faisait déjà la part belle à la jeunesse », a soutenu Zakariya Welgo, coordonnateur national de l’Organisation pour une jeunesse éveillée au Faso (OJEF), membre de Génération Zeph 2020.
Des élections présidentielle et législatives vont se tenir le 22 novembre 2020 au Burkina Faso. A 5 mois de ces échéances électorales, la classe politique est marquée par des activités de précampagne et des investitures de candidats. Le Conseil supérieur de la communication (CSC), dans sa mission régalienne de régulation et d’organisation de la couverture médiatique du discours politique en période de campagne électorale, doit assurer sa part de responsabilité. D’où le Pacte de bonne conduite entre candidats, partis ou formations politiques, organisations de la société civile, médias et publicitaires engagés dans les élections de 2020. Radars Info Burkina s’est penché sur celui signé en 2015.
En ce qui concerne les règles de conduite, à l’article 4 on peut lire ceci : « Les débats et les discours politiques doivent être circonscrits à une saine émulation des idées, à la critique des programmes politiques et aux suggestions destinées à améliorer la gouvernance démocratique et la promotion du développement. Ils ne doivent pas traiter de la vie privée, de l’appartenance confessionnelle, sociale, régionale ou ethnique d’un candidat ou d’un citoyen ».
Le vendredi 17 juillet 2020, les députés du groupe parlementaire UPC (l’Union pour le progrès et le changement) ont fait à la presse le point de leurs activités parlementaires de janvier 2020 au 13 juillet courant, date de clôture de la 2e session extraordinaire de l’année. Ladite session, dont les travaux ont débuté le 29 juin 2020, a été marquée par la restitution du rapport sur les sorties de la délégation parlementaire dans les cinq régions du Burkina touchées par l’insécurité. « L’adoption de ce rapport par l’Assemblée nationale a donné lieu à l’expression libre d’opinions parfois violentes. Notre groupe parlementaire ne donnera jamais sa caution pour une question éminemment politique sans l’accord préalable de la direction du parti », ont affirmé les élus du parti du Lion.
« L’AN, au regard des difficultés rencontrées par les opérateurs de téléphonie mobile en matière de qualité de leurs prestations et vu les préoccupations liées à la promotion immobilière au Burkina, a pris deux résolutions portant création d’une commission d’enquête sur le système de téléphonie mobile au Burkina et création d’une autre commission d’enquête sur le système de promotion immobilière », a indiqué dans sa déclaration liminaire le Poé naaba, Justin Compaoré à l’état civil, président du groupe parlementaire UPC (GP UPC).
Le GP UPC a par ailleurs, au cours de cette conférence de presse, observé une minute de silence à la mémoire de l’honorable Rose-Marie Compaoré, ci-devant 2e vice-président de l’AN.
« Après la cérémonie d’investiture, le président du parti fera un don à des déplacés internes dans la province du Kadiogo. Il remettra également officiellement un forage à des populations d’un quartier non loti. Ces actions montrent son entrée dans la précampagne », a précisé M. Yaméogo.
S’agissant de l’élection présidentielle à venir, selon l’UPC, le Burkina Faso a besoin d’un nouveau départ, de résilience. « L’occasion est donnée au peuple de corriger l’erreur monumentale de 2015 qui a consisté à confier le pouvoir à des aventuriers qui ont trahi toutes ses attentes. Il est donc temps pour les Burkinabè de renouer avec des valeurs de probité en confiant leur destinée à notre candidat. Notre peuple a besoin de paix, de sécurité et de gestion transparente des affaires publiques », a martelé le parti du Lion.
Le 11 juillet 2020, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a été investi par le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) comme son candidat à l’élection présidentielle du 22 novembre 2020. Le président dudit parti, Simon Compaoré, a profité de l’occasion pour dresser le bilan du quinquennat de Roch Kaboré. « Nous avons construit, bâti ; nous avons fait bouger les lignes malgré le terrorisme, les tentatives de déstabilisation et la fronde sociale. Le bilan est incontestable», a-t-il indiqué. Radars Info Burkina a rencontré Parfait Silga, journaliste et analyste politique, pour une analyse de ce bilan et des élections à venir.
Donc ce sont des préoccupations qu’il faut prendre en compte. Evidemment, les populations burkinabè attendent du gouvernement qu’il fasse tous les efforts nécessaires pour parvenir à résoudre ces problèmes », a soutenu l’analyste politique.
« Il faut absolument adopter un schéma normal. Les élections peuvent se tenir. On prendra acte après et dans les zones où ces élections n’ont pas pu se tenir, la classe politique peut se retrouver et organiser des élections partielles. Mais arrêter le processus voudrait dire tout simplement qu’on a donné raison aux terroristes qui nous attaquent, qui nous empêchent d’avancer et bloquent le développement de notre pays. Donc il faut qu’on continue pour que cette situation de découplage n’arrive jamais au Burkina Faso. L’opposition comme la majorité, tout le monde est d’avis qu’il faut affronter les difficultés du moment », a affirmé pour sa part Amadou Diemdioda Dicko de l’UPC.
Pour la seule année 2020, à la date du 31 mai, 465 civils ont été tués et 163 éléments des FDS sont tombés. « 465 civils tués en cinq mois par rapport à 1229 en 4 ans, la situation ne fait qu’empirer. Ce qui veut dire que dans un an si nous restons dans cette tendance, on n’aura aucune solution puisque la situation ne fait que se dégrader La seule solution, c’est donc d’aller aux élections », a commenté M. Tougouma.










