Bilan du mandat du président Kaboré : «Sur la base de la structuration, on peut dire que le MPP a beaucoup de chances de faire réélire son candidat », Parfait Silga, analyste politique
Le 11 juillet 2020, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a été investi par le Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) comme son candidat à l’élection présidentielle du 22 novembre 2020. Le président dudit parti, Simon Compaoré, a profité de l’occasion pour dresser le bilan du quinquennat de Roch Kaboré. « Nous avons construit, bâti ; nous avons fait bouger les lignes malgré le terrorisme, les tentatives de déstabilisation et la fronde sociale. Le bilan est incontestable», a-t-il indiqué. Radars Info Burkina a rencontré Parfait Silga, journaliste et analyste politique, pour une analyse de ce bilan et des élections à venir.
«Je trouve que la démarche consistant à dire que le bilan est positif est logique quand vous êtes du parti. A l’appui, ils évoquent les réalisations qui ont été faites, tous les acquis du Plan national de développement économique et social (PNDES) dans divers domaines comme la santé, les infrastructures, l’énergie, l’éducation, l’eau potable et l’assainissement. Donc quoi de plus normal pour un parti au pouvoir de dire que son bilan est positif au-dessus de la moyenne pour pouvoir dire au peuple que c’est pour ce parti qu’il faut voter encore en 2020 ! Effectivement, il y a eu des facteurs exogènes qui n’ont pas permis que le programme se déroule comme il le fallait », a d’abord expliqué M. Silga.
Mais pour l’opposition politique lors d’un point de presse mardi 14 juillet 2020, « au regard de ce mandat jonché de morts et aux odeurs de corruption, le MPP devrait avoir la décence de faire un second mea culpa et de s’éclipser avec ses multiples malédictions ».
«L’opposition, de son côté, va dire que le bilan est totalement négatif. En tant que journaliste, l’appréciation personnelle que je fais, c’est qu’il y a eu des acquis. Mais à la fin d’un mandat, même si tous les Burkinabè savent que leur armée est vraiment montée en puissance par rapport à 2016, il reste qu’il y a encore des attaques terroristes, il reste que nous avons des milliers de déplacés internes (838 548 personnes déplacées internes à la date du 25 mars 2020, Ndlr).
Donc ce sont des préoccupations qu’il faut prendre en compte. Evidemment, les populations burkinabè attendent du gouvernement qu’il fasse tous les efforts nécessaires pour parvenir à résoudre ces problèmes », a soutenu l’analyste politique.
Le parti au pouvoir s’est fixé l’objectif de réélire Roch Marc Christian Kaboré dès le 1er tour avec 60%, 6 points de plus par rapport à son élection en 2015.
«C’est une projection du parti mais je ne sais pas sur quoi il se base pour la faire. En tant qu’analyste, je pense que l’élection de 2020 sera plus difficile que celle de 2015.
En 2015, il y a un certain nombre de partis qui n’étaient pas dans la compétition. Aujourd’hui on a le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) et d’autres partis qui y sont. Ce qui veut dire que la compétition sera plus rude qu’en 2015. Il y a de nouveaux partis et en cinq ans le CDP par exemple a eu le temps de se recomposer, de refaire ses bases. Si c’est à travers leur bilan, donc on attendra de voir quelle sera l’appréciation que fera le peuple burkinabè de ce bilan », a estimé Parfait Silga.
Mais quelles sont les chances du président Kaboré d'être réélu ?
«Est-ce qu’à ce stade on peut être totalement affirmatif pour dire qu’il a beaucoup de chances ou non ? Je pense qu’il faut être prudent dans l’analyse. Si on écoute les militants du parti au pouvoir, on peut dire que le bilan qu’ils déroulent peut effectivement être un boulevard pour la réélection sans faute de Roch Marc Christian Kaboré. Mais quand on regarde également toutes les difficultés, à savoir le terrorisme et la crise humanitaire, ce sont des questions qu’il faut prendre en compte. Maintenant il y a un élément dont on doit compte : un parti gagne une élection à travers ses structures. Aujourd’hui, le MPP reste de loin le parti le mieux structuré. Déjà en 2015, en un an d’existence, le parti a pu se structurer sur le terrain. Donc sur la base de la structuration on peut dire que le MPP a beaucoup de chances de faire réélire son candidat. Mais il ne faut pas oublier qu’un parti comme le CDP est également bien structuré. En plus, d’autres partis ne sont pas moins bien structurés. Est-ce que la structuration sera la seule condition qui va déterminer le succès ou non de Roch Marc Christian Kaboré ? On attendra de voir si elle sera vraiment le facteur déterminant de cette élection », a-t-il conclu.
Aly Tinto

« Il faut absolument adopter un schéma normal. Les élections peuvent se tenir. On prendra acte après et dans les zones où ces élections n’ont pas pu se tenir, la classe politique peut se retrouver et organiser des élections partielles. Mais arrêter le processus voudrait dire tout simplement qu’on a donné raison aux terroristes qui nous attaquent, qui nous empêchent d’avancer et bloquent le développement de notre pays. Donc il faut qu’on continue pour que cette situation de découplage n’arrive jamais au Burkina Faso. L’opposition comme la majorité, tout le monde est d’avis qu’il faut affronter les difficultés du moment », a affirmé pour sa part Amadou Diemdioda Dicko de l’UPC.
Pour la seule année 2020, à la date du 31 mai, 465 civils ont été tués et 163 éléments des FDS sont tombés. « 465 civils tués en cinq mois par rapport à 1229 en 4 ans, la situation ne fait qu’empirer. Ce qui veut dire que dans un an si nous restons dans cette tendance, on n’aura aucune solution puisque la situation ne fait que se dégrader La seule solution, c’est donc d’aller aux élections », a commenté M. Tougouma.
Faisant le bilan des actions du programme quinquennal du président Kaboré, le président du MPP a déclaré : « Notre bilan est incontestable. Aucun régime dans notre histoire n’a pu atteindre de telles performances dans un tel laps de temps. »
RB : Où en êtes-vous avec le projet de candidature unique au niveau de la coalition à l’élection présidentielle ? 
Pour le vice-président du parti au pouvoir, c’est purement et simplement de l’affabulation. « Et moi, je me pose beaucoup de questions sur ce qui a poussé Zéphirin Diabré à faire de telles déclarations. Je me demande s’il n’y a pas des choses derrière, si ce n’est pas une volonté d’user de subterfuges pour dénoncer le système électoral pour des raisons qui lui sont propres », s’est-il interrogé. « Nous pouvons gagner les élections sans recourir à la fraude. En 2015, notre parti avait seulement deux années d’existence mais nous avons gagné toutes les élections. Donc vraiment, je ne sais pas à quoi répondent de telles accusations », a soutenu M. Sawadogo.
Le Plan national de développement économique et social (PNDES), le programme présidentiel de Roch Marc Christian Kaboré pour son mandat, a fait l’objet d’une évaluation le 29 mai 2020 à Ouagadougou. Il en ressort qu’il y a eu des avancées mais aussi des insuffisances. Si la majorité présidentielle est de cet avis, l’opposition peint tout en noir. Sur la question, Radars Infos Burkina a pris langue avec Urbain Yaméogo, Secrétaire exécutif du MPP, et Alphonse Marie Ouédraogo de l’URD, membre de l’opposition.
En effet, il soutient que l'exécution des actions retenues au niveau du PNDES s'est passée dans un climat sécuritaire assez difficile, avec des centaines de milliers de personnes déplacées. De ce fait, dans certaines zones du pays, la mise en œuvre des activités a connu beaucoup de difficultés si bien que des objectifs fixés n’ont pu être atteints pour certaines cibles.
Une autre affaire vient ternir l’image du gouvernement en général et celle du président de l’AJIR en particulier. Il s’agit d’un enregistrement audio dans lequel on entendrait la voix d’une personne présentée comme le président du parti AJIR, par ailleurs conseiller spécial du président du Faso, Adama Kanazoé, s’entretenant avec un homme d’affaires du nom de Sayouba, sur le partage de millions suite à un marché. « Il faut que tu me donnes 30 millions, c’est le minimum », pouvons-nous entendre dire plusieurs fois M. Kanazoé. A en croire M. Ouédraogo, a écouter la conversation, il s’agit d’un marché de pistes rurales dans la région du Centre-Nord obtenu grâce à des manœuvres du conseiller spécial. D’après le CFOP, dans le même audio, M. Kanazoé, qui se réclame jeune et prône un changement générationnel, souhaite que l’homme d’affaires le soutienne pour qu’il puisse à l’avenir lui octroyer un marché de 20 milliards de francs CFA. Ce scandale, s’il est avéré, révèle une fois de plus le pillage à ciel ouvert et à grande échelle des maigres ressources du pays des hommes intègres. C’est pourquoi l’opposition demande à la justice de s’autosaisir de cette affaire comme elle l’a fait concernant le magistrat Narcisse Yaméogo en procédant à l’arrestation de M. Kanazoé.
En effet, l’article 272 dudit code dispose qu’un maire ou un adjoint au maire peut faire l’objet de suspension ou de révocation en cas de faute grave. Peuvent entraîner la révocation prévue à l’alinéa ci-dessus les fautes graves suivantes : 1-détournement de biens et/ou de deniers publics ; 2-concussion et/ou corruption ; 3- prêts irréguliers d’argent sur les fonds de la commune ; 4-faux en écriture publique et usage de faux ; 5-endettement de la commune résultant d’une faute de gestion ; 6-refus de signer et/ou de transmettre à l’autorité de tutelle une délibération du conseil municipal ; 7-refus de réunir le conseil municipal conformément aux textes en vigueur ; 8-spéculation sur l’affectation des terrains publics, les lotissements, les attributions de parcelles, les permis de construire ; 9-absence du président du conseil municipal depuis plus de six mois pour des raisons autres que celles relatives à l’intérêt de la collectivité territoriale ou de santé ; 10-poursuite devant un tribunal répressif ou condamnation pour des faits et actes punis par la loi, à l’exception des contraventions de simple police ou des délits d’imprudence, hormis les cas de délit de fuite concomitant. En tout état de cause, le maire ou l’adjoint prévenu des fautes graves ci-dessus énumérées peut faire l’objet d’une suspension préalable prononcée par l’autorité de tutelle.












