lundi 4 juillet 2022

Désignation du collège des conseillers du CSC : « … En lisant la déclaration des organisations patronales des médias, je ne suis pas convaincu qu’un seul de ces signataires serait capable de tenir exactement cette déclaration à titre personnel… », Boukary

20180810 113813Au lendemain de la désignation de la nouvelle équipe dirigeante du Conseil supérieur de la communication pour les cinq prochaines années, la guerre des encres a commencé au sein des acteurs des médias. D’un côté, deux organisations professionnelles des médias à savoir l’Association des journalistes du Burkina (AJB) et le Syndicat national des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC) qui dénoncent leur exclusion et une immixtion du politique dans le processus qui a conduit à la désignation de Mathias TANKOANO et de ses paires ; de l’autre côté, cinq organisations patronales des médias qui donnent leur bénédictions au nouveau collège des conseillers, parce que estimant que son processus de désignation est fidèle aux dispositions juridiques en la matière. Dans cette interview accordée à Radars info Burkina, monsieur Boukary OUOBA, secrétaire général de l’AJB, confirme la position des deux organisations professionnelles des médias et appelle au respect des textes qui régissent le CSC.

Radars Info Burkina : L’Association des journalistes du Burkina et le Syndicat national des travailleurs de l’information et de la culture (SYNATIC), dans une déclaration conjointe crient à l’exclusion et à une immixtion du politique dans le processus de désignation des neufs conseillers du Conseil supérieur de la communication. Alors qu’est ce qui a motivé une telle réaction de ces deux organisations professionnelles de médias ?

Boukary OUOBA : Effectivement, nous avons fait une déclaration où nous dénoncions l’exclusion de nos organisations professionnelles dans le processus de désignation du collège des conseillers du CSC. Cette déclaration était surtout destinée à l’exécutif, notamment le ministère de la communication et la présidence du Faso. Pour l’histoire, c’est la Présidence du Faso qui a adressé des correspondances à un certain nombre d’organisations professionnelles des médias qui se trouvent être exclusivement des organisations patronales des médias pour leur demander de désigner leurs représentants pour le collège des conseillers du CSC. Et en  son temps, l’AJB et le SYNATIC n’étaient pas au courant que le processus de mise en place du nouveau collège des conseillers était en cours. Nous n’avons donc pas reçu de correspondance de la présidence du Faso et ceux qui en ont reçu ont fait les désignations qui ont été confirmées plus tard en Conseil des ministres par décret. C’est pour vous dire que nous, en tant qu’organisations professionnelles de médias, nous l’avons appris comme toute l’opinion et comme tout citoyen burkinabè. C’est pourquoi, nous estimons qu’il y a entorse à la loi et à la tradition. Ce n’est pas la première fois qu’on met en place un collège de conseillers du CSC et toutes les fois ce ne s’est pas passé ainsi. On a toujours été au moins associé, quitte à ce que nous ne désignons pas forcément un représentant au regard du fait qu’il y a beaucoup d’organisations professionnelles de médias et qu’il n’y a que deux représentants qu’elles peuvent désigner. On est donc conscient que toutes les organisations professionnelles des médias ne peuvent pas avoir leur représentant au CSC, mais au moins que la désignation de ces deux représentants se fasse de façon consensuelle avec la participation des organisations professionnelles des médias représentatifs, comme le stipule la loi qui consacre le CSC. La loi ne dit pas que c’est le chef de l’Etat qui identifie les organisations professionnelles qui doivent désigner leurs représentants.

RIB : Très vite des organisations patronales des médias ont réagi à votre déclaration conjointe et se sont dites surprises des dénonciations que vous faites. Quelle appréciation vous en faites ?logo ajb et synatic

BO : Ils n’ont pas à être surpris. Ce que nous avons dit, ce n’est que la pure vérité, car la désignation des représentants des organisations professionnelles  des médias a été faite sans nous avoir associés. Dans la déclaration des patrons de médias, ils disent que certains de leurs membres ont informé certains membres de l’AJB et du SYNATIC de façon informelle. Mais que vaut une information donnée de façon informelle ? La procédure est qu’il faut adresser des correspondances à l’ensemble de ces organisations pour qu’elles désignent leurs représentants. Dans le meilleur des cas, cela devrait être un communiqué officiel qui informe toutes les organisations professionnelles du processus entamé pour la désignation des représentants afin que ces dernières prennent les dispositions qui siéent.

RIB : Au regard de ce méli-mélo et de cette incompréhension qui existent, peut-on dire que le torchon brûle actuellement entre vos deux organisations et certaines organisations patronales de médias  ou que vos chemins se sont séparés dans cet imbroglio ?

BO : Non, c’est trop dire ! Pour nous, les deux camps sont des organisations partenaires. Nous avons toujours mené le même combat et les patrons de presse eux-mêmes le rappellent dans leur déclaration. Ce qui fait que nous sommes plutôt étonnés de leur réaction, car notre déclaration ne les visait pas du tout, mais était destinée à l’exécutif. Aussi, nos chemins ne se sont pas séparés. S’il y a un problème qui concerne l’ensemble des médias, je ne doute point que nous allons nous retrouver sur la même table pour mener le combat. C’est dans cet esprit en tout cas que se trouve l’AJB et le SYNATIC qui estiment qu’on a toujours des combats communs à mener.

RIB : Toutefois, le président Marcel TANKOANO tend la main à tous les acteurs et appelle à la cohésion et à l’union afin de pouvoir redorer l’image de la maison commune encline à des crises intestines depuis l’ère Nathalie SOME. Avez-vous le cœur ouvert à cet appel ?

BO : Et notre appel qui est de respecter la loi, qu’est ce que vous en faites ? C’est trop facile de le dire. Quand vous regardez, c’est déjà mal parti. Nous le disons et nous le répétons : le collège des conseillers du CSC n’a pas été mis en place en respectant la procédure, mais en violation flagrante de la loi. Nous dénonçons quelque chose qui ne respecte pas la loi, et cela, jusqu’au soir du mandat de ce collège, nous allons continuer à le dénoncer.

RIB : La passation des charges a eu lieu. Alors qu’est ce que vos deux organisations comptent faire pour mieux se faire entendre ?

BO : Nous ne comptons pas faire quelque chose. Nous l’avons déjà fait en attirant l’attention des plus hautes autorités de ce pays à commencer par le chef de l’Etat et le ministre de la communication et en prenant l’opinion publique et l’ensemble des acteurs des médias à témoins que la mise en place de ce collège a violé la loi. D’ailleurs je vous renvoie aux propos d’un patron des médias à savoir Germain Bitiou NAMA, interviewé par la télévision BF1, juste après la mise en place de ce collège. Il affirmait qu’il y a eu effectivement un problème dans le processus de mise en place de ce collège et qu’il ne sait pas exactement comment le processus a été mené. Son propos ne dit pas autre chose que ce que l’AJB et le SYNATIC ont eu à dire. D’ailleurs, en lisant la déclaration des organisations patronales des médias, je ne suis pas convaincu qu’un seul de ces signataires serait capable de tenir exactement cette déclaration à titre personnel. Pour moi, ce n’est pas conforme en leur intime conviction. Je connais certains d’entre eux qui ont écrit des éditoriaux qui ne sont pas en phase aujourd’hui avec cette déclaration conjointe.

38193536 10215565553965224 3405462195855687680 nRIB : D’ores et déjà donc, est ce qu’on peut dire que vous vous auto-excluez des activités de cette nouvelle équipe dirigeante qui pour vous n’a pas été désignée selon les règles de l’art ?

BO : On ne s’auto-exclue pas. On nous a exclue et nous combattons justement cette exclusion ; d’autant plus que Rémis Fulgence DANDJINOU, ministre de la communication à l’émission Surface de vérité sur Bf1 le dimanche dernier, a dit que la loi parle d’organisations professionnelles de médias et que l’AJB et le SYNATIC n’en font pas partis. On ne va pas refaire l’histoire de la presse pour le Burkina. Dire que l’AJB et le SYNATIC ne font partis des organisations professionnelles des médias n’a absolument pas de sens, car les organisations professionnelles de médias regroupent aussi bien les organisations patronales, les organisations des travailleurs (d’où découle le nom professionnel) que les syndicats. Ce qui fait qu’on ne peut pas nous dire que nous n’en faisons pas partie. Par ailleurs, les patrons ont ajouté qu’ils sont seuls responsables devant le CSC. Ce qui est absolument faux, car en tant que journaliste, le travailleur est aussi responsable devant le CSC. Ce sont les travaux des journalistes qui sont jugés par le CSC. D’ailleurs, un patron de presse n’est pas forcément un journaliste. Ce qui fait que les organisations patronales de médias ne sont pas des associations qui regroupent forcément des professionnels.

Propos recueillis par Candys Solange PILABRE/ YARO

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