vendredi 5 juin 2020

Disparition de Manu Dibango : « Je garde de lui le souvenir d’un musicien hors norme, humble, qui aimait partager son savoir », Awa Melone

lone uneManu Dibango, de son vrai nom Emmanuel N’Djoké Dibango, s’est éteint le 24 mars en France des suites du coronavirus. Après plus de 60 ans de carrière, le « Papy Groove » a déposé pour toujours le saxophone, son instrument de prédilection. Véritable icône de la musique africaine, il a influencé plus d’une génération d’artistes du continent, qui pour certains ont eu la chance de le côtoyer et de collaborer avec lui. Sont de ceux-là Awa Melone qui, dans cette interview accordée à Radars Info Burkina, revient sur sa collaboration avec ce « monument ».

RB : Comment avez-vous connu Manu Dibango ?

AM : Je l’ai connu à Ouagadougou, en 2002 ou 2003. A cette époque, j'étais la choriste de Bill Aka Kora, avec qui ce jour-là il a partagé la scène. Donc par le biais de Bill, il a souhaité que je fasse les chœurs de deux de ses chansons : « ce soir au village » et « Aye Africa ».

RB : Comment était l’ambiance avec lui pendant vos répétitions et pendant la prestation ? Vous a-t-il prodigué des conseils techniques utiles à ce jour ?

AM : L'atmosphère était détendue et riche en enseignements. En bon musicien et pédagogue, il m'a laissé m'exprimer, histoire de voir mon potentiel et mes défaillances. Et moi en tant que jeune choriste, je m'abstenais d'aller dans les notes jazzy comme lui par peur de ne pas assurer. Quelques minutes après que j’aie commencé, avec un sourire aux lèvres il m’a dit : « Stop ! Ah ! Vous les Africaines ! Toutes les choristes avec lesquelles j'ai collaboré ont le même problème. » Il m'a guidée avec son saxophone et c'était le déclic pour moi, j'étais plus à l'aise et j'ai commencé à m'amuser naturellement avec les notes. A la fin il m'a dit : « Désormais sois toi-même, car chaque artiste a quelque chose qui le différencie des autres. » Après le concert, il était à table avec ses amis et moi je le regardais de loin, car je n'en revenais toujours pas d’avoir fait les chœurs pour Manu Dibango. Je voulais savoir s’il était satisfait de ma prestation, jusqu'à ce que lui-même m'appelle pour qu'on immortalise cet instant par une photo.

RB : Qu’avez-vous ressenti à l’annonce de son décès ?

AM : Une désolation totale, comme si un empire musical venait de s’écrouler autour de moi.

RB : Que retenez-vous de lui ?

lone 3AM : Je retiens de lui le souvenir d’un musicien hors norme, humble, qui aimait partager son savoir et il sentait très bon (rire).

RB : Manu Dibango est décédé suite à la maladie à coronavirus. Que faites-vous en tant qu’artiste pour appeler les populations au respect strict des règles d’hygiène ?

AM : Dès les premiers instants de la pandémie au Burkina Faso, j'ai été sollicitée par la structure GCom pour une campagne de sensibilisation et actuellement le message passe sur différentes chaînes de télé. Je fais aussi des publications de sensibilisation sur mes pages via les réseaux sociaux où j'invite tout le monde à respecter strictement les consignes préventives ainsi que les gestes barrières.

RB : Quel impact la pandémie du COVID-19 a-t-elle sur votre carrière ?

AM : La première décision prise par le gouvernement face à la pandémie était d’interdire tout regroupement de plus de 50 personnes. Suite à cette décision, une série de prestations artistiques ont été annulées. Je m'apprêtais également à mettre sur le marché discographique un single. J'ai dû reporter cette sortie à une date ultérieure ainsi que plusieurs autres projets, mais c'est pour la bonne cause et j’ai espoir que d’ici là, tout ce que nous vivons actuellement ne sera plus qu’un mauvais souvenir.

Radars Info Burkina

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