samedi 15 juin 2024

Procès du putsch de septembre 2015 : La défense refuse l’admission d’une nouvelle pièce apportée par le parquet

jeremie uneLe procès du putsch de septembre 2015 s’est ouvert dans la matinée de ce mercredi 06 mars 2019 avec Jérémie Ilboudo, responsable des attributions des fréquences à l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) au moment du coup d’Etat de septembre 2015. A la barre, contrairement à ce que certains accusés affirment, l’agent de l’ARCEP affirme que c’est sous la contrainte que les militaires ont forcé les techniciens de l’ARCEP à localiser la radio de la résistance qui émettait des messages anti-putsch et que ce sont eux qui l’ont fait arrêter. Toutefois, les débats de ce jour lors de son passage ont été focalisés sur le relevé téléphonique apporté par le parquet, confirmant que le général Gilbert Diendéré a conversé avec le contrôleur de Police Lazare Tarpaga, alors Directeur général de la police nationale, et Mathurin Bako, alors président de l’ARCEP le 16 septembre 2015, aux premières heures de l’arrestation des autorités de la Transition.

On se rappelle que lors du passage du contrôleur de Police Lazare Tarpaga, alors Directeur général de la police nationale, et de Mathurin Bako, alors président de l’ARCEP, le général Gilbert Diendéré avait nié avoir interagi avec ces témoins quelques heures après l’arrestation des autorités de la Transition. Dans le but d’aider à la manifestation de la vérité, le parquet à l’issue de cette audience a ordonné une réquisition à personne qualifiée qui a abouti à un fichier faisant état des interceptions téléphoniques de Golf et de ces personnes. Une pièce qu’elle a voulu verser dans le dossier hier dans l’après-midi. Ce matin à la barre, les avocats de la défense se sont insurgés contre cela, estimant que le parquet à travers l’ordonnance de cette expertise outrepasse ses fonctions et ses droits. « Il n’appartient pas au parquet de prendre des réquisitions à personne qualifiée… Votre juridiction n’a désigné aucun magistrat pour poser des actes complémentaires. En matière d’expertise, le parquet n’est pas qualifié ni habilité à faire une réquisition à personne qualifiée dès lors que votre juridiction a été saisie. Le parquet lui-même est en dehors de la loi. Il y a empiétement du pouvoir et de l’impérium », a martelé Me Latif Dabo, soutenu par son aîné Me Yelkouni. Mais pour le parquet, l’article 427 du Code de procédure pénale permet la liberté de preuves pendant les débats. « C’est pour la manifestation de la vérité que nous avons pris cette initiative. Nous nous posons la question de savoir de quoi a peur la défense et que craint la défense. Comme ils ont vu que cette pièce les dessert et bat en brèche leur stratégie de défense, ils veulent qu’on l’écarte. A travers cette pièce, leur défense s’écroule tel un château de cartes. Pourtant, en matière pénale, il y a la liberté de preuves », a noté le parquet qui estime donc que cette pièce vient prouver que dès l’arrestation des autorités de la Transition, le général Diendéré était en train d’asseoir un coup d’Etat et que ce coup de force ne s’est pas formalisé après l’échec des négociations. Pour la partie civile également, le parquet est pleinement en phase avec le droit en demandant cette réquisition à personne qualifiée, qui pour elle, permet de lever le voile sur certaines interrogations et certaines contradictions.

jeremie 2Mais pour la défense, cette pièce est comme une goutte d’eau dans la mer et ne l’ébranle aucunement. « C'est une question de principe, sinon, cette pièce pour ma défense n’a pas la capacité de nuisance d’un lance-pierre. La liberté de preuves ne permet pas à n’importe qui de faire n’importe quoi. La liberté de preuves est aussi encadrée par la loi.

Quoi qu’il en soit, le général estime que « si on doit considérer cette pièce, vous (le président du tribunal) devez faire déposer Monsieur Tarpaga et Monsieur Bako pour faux témoignage ».

Après que chaque partie a opiné sur la question, le président du tribunal a décidé de rendre son verdict sur la recevabilité ou non de cette pièce à sa décision finale quand les débats seront clos.

La parole est ainsi revenue au témoin Jérémie Ilboudo, qui a insisté sur le fait que les militaires avaient besoin d’eux uniquement pour la localisation de la radio de la résistance. La localisation ayant été faite, ils étaient excités à l’idée de la faire taire et n’ont pas eu besoin de leur expertise pour cela, a-t-il noté.

Toute chose qui a été contestée par le sergent-chef Bouda, le sergent Pagbélem et le Touareg qui estiment n’avoir pas la technicité qu’il fallait pour effectuer une telle opération. Me Zongo, avocat de la défense, d’en conclure alors : « Le témoin a peur de dire la réalité des faits pour qu’on le qualifie de complice ». Et le responsable des attributions des fréquences à l’Autorité de régulation des communications électroniques et des postes (ARCEP) de répliquer : « Ce que j’ai dit, c’est ce que j’ai fait. Je ne sais pas pourquoi je vais avoir peur », avant d’ajouter : «Ils en voulaient même au propriétaire de la radio, car ils disaient que s’il avait été présent, ça allait être son dernier jour. »

Le témoin a quitté la barre sans que les militaires mis en cause aient reconnu avoir détruit le matériel à la radio Savane FM qui hébergeait la radio de la résistance de leurs propres mains.

Candys Solange Pilabré/ Yaro

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