mardi 18 juin 2024

Changement de dénomination des ministères au Burkina Faso : Quel impact sur l’économie et la qualité du travail ?

denom uneAu Burkina Faso, depuis les indépendances à nos jours, les institutions étatiques avec les ministères en tête changent de dénomination en fonction des gouvernements qui se succèdent. Si les chefs de gouvernement invoquent des raisons d’efficacité pour justifier la réorganisation des différents départements, cette reconfiguration n’est pas sans conséquence sur l’économie et la qualité du travail dans l’Administration.

A la rencontre de prise de contact de l’actuel gouvernement, le Premier ministre, Christophe Joseph Marie Dabiré, a indiqué que le réajustement de quelques ministères avait été fait pour plus d’efficacité. C’est le cas du département de l’Administration Territoriale et de la Décentralisation, qui s’est vu adjoindre la composante Cohésion sociale, et le ministre Siméon Sawadogo fait ministre d’Etat.  Le ministère de la Justice, des Droits humains et de la Protection civique, garde des Sceaux  a été scindé en deux : l’un chargé de la Justice et garde des Sceaux et l’autre département chargé des Droits humains et de la Promotion civique. Au ministère de l’Education nationale et de l’Alphabétisation, il a été greffé la promotion des langues nationales. Quant au ministère de la Femme, il lui a été ajouté une autre attribution, en l’occurrence celle de l’Action humanitaire en lieu et place de l’Action sociale.

Au ministère de la Jeunesse, a été greffée la Promotion de l’entrepreneuriat des jeunes. Comme autre changement majeur qui touche le fonctionnement des ministères, on peut citer la nomination de ministres délégués en lieu et place de secrétaires d’Etat.

Si ces différents changements sont opérés pour répondre à la mise en œuvre de la politique du président élu et la vision du Premier ministre, force est de reconnaître qu’ils interviennent quasiment à tous les remaniements des gouvernements. Pour certains observateurs de la vie de ces institutions étatiques, comme Bassolma Bazié, Secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), le changement de dénomination ne confère pas forcément une efficacité à l’institution. « Ce n’est pas en changeant le nom des ministères qu’il y aura forcément une efficacité dans le travail. Même si l’on nomme quelqu’un ministre auprès de Dieu, si son niveau de moralité n’est pas élevé, il ne sera pas différent des autres. Le plus important, c’est sur l’action réelle le terrain», estime-t-il. De plus, il trouve que ce changement de nom impacte beaucoup le budget de l’Etat. Les cachets, à savoir la reprise des panneaux d’indication, la location de nouveaux bâtiments, la nomination de nouvelles personnes, les matériels roulant et de bureau et les charges graphiques de ces ministères engendrent forcément beaucoup de dépenses. Le Secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B) trouve qu’avec les nouvelles dénominations, certains agents se piétineront dans leurs rôles et le citoyen lambda, usager de ces ministères, met du temps avant de s’adapter.  

dénom2Quand on prend l’exemple du ministère de l’Education nationale qui est l’un des plus instables en matière de dénomination, depuis sa création jusqu’à à nos jours, il a connu une dizaine de dénominations en fonction des options politiques et stratégiques définies par les dirigeants du pays avec toutes les implications qui accompagnent cela.

Il faut noter que pour résoudre les questions ayant trait aux différents changements de dénomination, un décret a été pris le 31 décembre 2010. Conformément à celui-ci, en cas de scission d’un ministère, le directeur général du Budget est chargé d’arrêter, à titre conservatoire, l’exécution des opérations sur le Circuit informatisé de la dépense (CID), un logiciel qui permet l’exécution du budget. Pour le changement de dénomination, le décret oblige les responsables dudit ministère à effectuer la mise à jour dans le logiciel avant d’avoir accès à leur budget. Pour une scission, l’ancien budget est divisé entre les nouveaux ministères après un arbitrage du ministère en charge du Budget. En cas de fusion, les anciens budgets sont fusionnés tout simplement pour en faire un seul. La répartition des agents et du matériel des ministères se fait de la même manière.

De ce fait après tout changement de dénomination, il y a un temps de latence qui impacte négativement le bon fonctionnement du travail. Il est donc opportun de nous poser la question de savoir s’il ne vaudrait pas mieux réglementer ces possibilités de changement de dénomination des ministères par mandat présidentiel. Etant donné que chaque président est élu sur la base d’un programme de société, qui normalement pose clairement les jalons d’un gouvernement, un remaniement ministériel ne devrait pas donner lieu à des changements de dénomination des différents ministères.

Saâhar-Iyaon Christian Somé Békuoné

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