vendredi 5 juin 2020

Mesures prises par le président du Faso : « Quand on regarde la nature de ces mesures, on peut se réjouir de leur consistance, de leurs effets immédiats et du fait qu'elles prennent aussi en compte les couches les plus défavorisées », Clément Sawadogo

mue uneDans un discours adressé à la nation dans la soirée du 2 avril 2020, le président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, a annoncé un ensemble de mesures afin d'accompagner les citoyens et les entreprises touchés par les mesures contraignantes prises en vue d'éviter la propagation du coronavirus. Comment ces mesures sont-elles appréciées ? C'est la question que Radars Infos Burkina a posée à quelques acteurs politiques et sociaux.

Fousséni Ouédraogo, premier vice-président du Mouvement patriotique pour le salut (MPS) : « C'est déjà une bonne chose que le président parle à son peuple, c'est important. Nous pensons même qu'il tarde à le faire parce que la maladie est aussi un problème psychologique avec le stress engendré. Donc le fait de parler au peuple permet de le rassurer. En ce qui concerne les mesures prises par le PF, libérer certains prisonniers par exemple est une bonne chose compte tenu des difficiles conditions carcérales. Nous déplorons cependant le fait qu'il n'y ait pas eu de concertation avec la classe politique. Étant donné que le problème est national, voire mondial, la méthode a manqué. Il n’y a pas eu de rencontre pour que l'adhésion soit complète et pour que les acteurs politiques puissent aussi apporter leur contribution. Il y a donc un nombre important de personnes qui ne se retrouvent pas dans ce discours. En France par exemple, les dirigeants ont rencontré la classe politique au moins 3 fois. Or au Burkina, pas même une seule fois cela ne s’est fait, ce qui est vraiment dommage. Si le problème est commun, nous devons le résoudre de façon commune.

Plusieurs mesures prises ne concernent que le milieu urbain alors que 8 des 13 régions sont touchées par la pandémie. On peut se demander par exemple combien de personnes ont accès aux bornes-fontaines, à l'eau potable ou encore à l'électricité. mue 2A notre avis, il fallait plutôt mettre l'accent sur les produits de première nécessité en les subventionnant, d’autant plus que tous les Burkinabè consomment le riz, le maïs, etc. Tout cela, c'est parce qu'il n’y a pas eu de concertation avec la classe politique afin que nous puissions ensemble trouver des propositions pertinentes. Et vous remarquerez que c'est le citoyen lambda qui va trimer parce que les mesures ne le touchent pas. Et dans un pays comme le nôtre où le secteur informel occupe plus de 90% de la population, il aurait fallu des concertations avec ces personnes-là aussi. Et si nous voulons qu'il y ait un impact sur ce qui est fait, il faut de la participation, cela est fondamental. Il faut également donner des instruments d'action aux autorités locales afin qu'elles puissent organiser l'accompagnement des couches vulnérables de façon efficace. A notre avis, il va falloir d'autres discours encore. »

Clément P. Sawadogo, vice-président du Mouvement du peuple pour le progrès (MPP) : « Notre parti salue les mesures audacieuses que le président du Faso a prises pour faire face aux effets néfastes de la pandémie de coronavirus. Lorsqu'on parcourt ces mesures, on peut se rendre compte de leur envergure : elles touchent plusieurs segments de la vie sociale. mue 3Quand on regarde également l'incidence de ces mesures, on peut constater que ce ne sont pas simplement des effets d'annonce mais des mesures qui ont des incidences fortes. Dans la lutte contre cette pandémie, on entend des pays annoncer tant de milliards, tant de milliers ou centaines de milliards. Mais il faut savoir aussi que certaines annonces pourraient, à terme, n’être que démagogiques, ce qui n'est pas le cas de celles faites par le président du Faso. D'abord il n'a pas fait dans l'improvisation. Il a pris son temps pour bien faire étudier les propositions par chaque membre du gouvernement. Il a certainement écouté plusieurs experts avant de prendre ces mesures. Quand on regarde la nature de ces mesures, on peut se réjouir de leur consistance, de leurs effets immédiats et du fait qu’elles prennent aussi en compte les couches les plus défavorisées de la société. Ce sont ces couches qui sont les plus affectées par les mesures prises dans le cadre des restrictions dans la lutte contre la pandémie. Le discours du président ne vise pas à résoudre les questions entre l'Etat et ses partenaires sociaux. Ce n'est pas une couche concernée par les mesures de restriction dues à la gestion de la pandémie. Les fonctionnaires continuent d'avoir leur salaire à la fin du mois. La question de l'Impôt unique sur les traitements et salaires (IUTS) est un dossier qu'il vaut mieux réserver et traiter dans le cadre du dialogue entre le gouvernement et ses partenaires. Au sein du MPP, nous avons toujours soutenu le principe de ce dialogue pour venir à bout de cette crise qui est même antérieure à la pandémie. »

Issaka Ouédraogo, président du CISAG : « Dans le fond, le discours du président  est un équilibre entre deux contraintes majeures : il combine à la fois des mesures de soutien aux secteurs productifs de l’économie nationale (banques, PME, Transports…) mais également des mesures en faveur des couches vulnérables comme celles qui concernent le règlement revu des factures d'eau, d’électricité et autres en faveur de certaines catégories de consommateurs. mue 4La fermeture des marchés et yaars, la défiscalisation de certains produits sanitaires en lien étroit avec la situation présente    sont autant de mesures prises. Mais elles ne devraient pas se limiter à cela. A notre avis, elles doivent être évolutives en fonction de la situation sur le terrain.

En outre on peut noter, non sans regrets, que le discours du président ne s'est pas appesanti sur la crise sociale actuelle que connaît le pays et sur les coupes opérées sur les salaires de certains travailleurs du public, notamment en cette période difficile. Quid de la question du calendrier scolaire ? Quid du soutien financier direct aux populations ?

Il nous semble pourtant que c'est une préoccupation également de premier plan. Au sein de l'administration publique on peut aussi regretter l'absence de mesures diligentes pour une adaptation au contexte actuel. Bref, souhaitons que ce discours en appelle d'autres pour ratisser plus large. »

Idrissa Barro, DG de la compagnie Transport Confort Voyageurs (TCV) : « C'est déjà bien que le chef de l’Etat ait pensé à nous. Effectivement, nous sommes beaucoup touchés par les restrictions dans la lutte contre le coronavirus. C'est une réalité. C'est donc salutaire qu’il prenne des initiatives pour nous permettre de relancer les choses. Après, on verra quel sera l'impact réel de ces mesures sur nos activités. L'idée de la Fédération nationale des acteurs du transport (FENAT) de suspendre les contrats de ses employés était une façon pour elle de rappeler au gouvernement que ce secteur est beaucoup touché par les restrictions. Donc il fallait qu'on essaie ensemble de regarder comment ce secteur va survivre à cette pandémie. On a été entendu et on s’en réjouit. »

Propos recueillis par Aly Tinto et Armelle Ouédraogo

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