jeudi 13 juin 2024

Burkina : « Désormais, tout média doit exiger un visa avant la diffusion d’un spot publicitaire pour se mettre à l’abri d’éventuelles sanctions » (Jean Pierre Somda, président de l’OBPub)

obpubLe mercredi 12 juillet 2023 à Ouagadougou, a vu le jour l’Observatoire burkinabè de la publicité (OBPub), dont l’objectif principal est de promouvoir le respect des règles qui encadrent les pratiques publicitaires au Burkina Faso. À quoi faut-il s’attendre avec cette structure d’auto-régulation ? Est-ce un organe de censure ou plutôt une structure de rappel à l’ordre ? Dans cette interview accordée à Radars Burkina, Bessolé Jean Pierre Somda, président du bureau exécutif de l'OBPub, donne des éléments de réponse.

 

Radars Burkina : L’une de vos missions est l’analyse et la vérification des productions publicitaires avant leur diffusion ; pourquoi ce procédé ?

Bessolé Jean Pierre Somda : Nous avons proposé, parmi les missions, de faire le contrôle a priori avant que les diffusions soient faites parce qu’on a fait le constat que la loi et le décret d’application qui régissent la publicité au Burkina ne sont pas respectés. En principe, une publicité doit répondre à une certaine norme imposée par la loi, à savoir le respect des droits de l’homme et la signature absolue des publicitaires. Avant d’être portée à la connaissance de l’opinion publique, la publicité doit véhiculer un certain nombre de valeurs socioculturelles.  Mais quand on examine les publicités au Burkina, on remarque que très peu respectent ce minimum, d’où l’idée de travailler à changer la donne. Le Conseil supérieur de la communication (CSC) fait une régulation a posteriori, car l’État ne peut pas s’adonner à un contrôle a priori, sinon cela sera assimilé à de la censure.

Radars Burkina : Mais l’OBPub n’est-il pas un organe de censure s’il doit fonctionner comme un service de visionnage des spots avant diffusion ?

Bessolé Jean Pierre Somda : Non, il n’y a pas de censure car ce sont les acteurs de la publicité eux-mêmes (les publicitaires, les annonceurs, les médias, les consommateurs et le régulateur) qui composent l’Observatoire et feront le contrôle. Nous avons deux missions essentielles. Primo, observer en dénonçant les mauvaises pratiques et faire en sorte qu’elles soient sanctionnées par l’autorité compétente. L’Observatoire peut déposer une plainte en justice contre X ou Y pour non-respect de la loi au cas où les voies de recours des statuts ne permettraient pas de résoudre le problème. Nous n’avons pas le pouvoir de sanctionner. Secundo, récompenser les bonnes pratiques.

Dans les autres pays, la structure existe mais il s’agit là du Conseil supérieur de la publicité ou de l’Autorité supérieure de la publicité pour d’autres. Nous ne sommes pas encore à ce stade au Burkina, mais on chemine pour y arriver.

Radars Burkina : Pensez-vous pouvoir contrôler toutes les productions publicitaires ?

Bessolé Jean Pierre Somda : Nous sommes conscients que certains peuvent contourner l’OBPub pour aller faire diffuser leur(s) spot(s). Mais celui qui le fera sera sanctionné, tout comme le diffuseur. Pour qu’une publicité soit diffusée, il faut au préalable un visa. Les médias doivent donc exiger un visa avant toute diffusion d’un spot publicitaire pour se mettre à l’abri d’éventuelles sanctions. Les publicités anarchiques ne profitent ni à l’Etat, ni au consommateur ; elles ne profitent pas aux Burkinabè.

Radars Burkina : En cas de manquements observés par l’Observatoire au cours de l’analyse d’une production publicitaire, cette publicité sera-t-elle systématiquement bloquée ?

Bessolé Jean Pierre Somda : Non, on ne rejettera pas la publicité. On demandera seulement de la reprendre pour la conformer aux normes. Si elle n’est pas reprise, l’OBPub ne délivrera pas de visa. Cette mesure vise à faire en sorte que le consommateur soit protégé et que les publicités rapportent des ressources à l’État.

Radars Burkina : Avant de s’ériger en structure de rappel à l’ordre des acteurs de la chaîne de publicité, l’OBPub ne devrait-il pas veiller à former ces derniers et à les sensibiliser aux bonnes pratiques publicitaires ?

Bessolé Jean Pierre Somda : Dans l’immédiat, il ne s’agit pas pour nous de lancer une guerre tous azimuts. Nous allons, dans un premier temps, informer l’opinion publique de ce qui est dorénavant autorisé en matière de publicité selon la loi. Ensuite, nous sensibiliserons les différents acteurs et, surtout, nous formerons les annonceurs. Enfin, nous interpellerons les fautifs et les dénoncerons pour que l’autorité compétente prenne les décisions qu’il faut.

Propos recueillis par Flora Sanou

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