dimanche 4 décembre 2022

Agression d’un agent de santé à Liptougou : Le personnel du CSPS se sent délaissé

bbsécuL’évènement s’est déroulé à Liptougou, une commune de la province de la Gnagna, où une accoucheuse auxiliaire a reçu la visite d’hommes armés non identifiés, dans la soirée du 20 novembre 2022. Après l’avoir extorquée, l’un des visiteurs a agressé sexuellement la bonne dame. Joint au téléphone par Radars Info Burkina, le major du CSPS est revenu sur l’incident et l’expérience que lui et ses hommes vivent dans cette localité. Il a aussi exprimé son mécontentement du traitement que leur a réservé l’autorité, quand lui et ses collègues ont décidé de quitter les lieux.

Le major du Centre de santé et de promotion sociale (CSPS) de Liptougou a confié à Radars Info Burkina que les HANI ont d’abord débarqué dans la journée avec des armes au siège du CSPS. Ils l’ont trouvé sur place avec l’Agent itinérant de santé (AIS) qui allait être leur victime la nuit tombée, mais cette fois-ci à son domicile. Il y avait un véhicule que la sage-femme avait amené et ces hommes étaient venus voir si ce n’était pas une ambulance pour le récupérer le cas échéant. « C’est ce même jour dans la soirée que l’AIS a reçu la visite des bandits armés », raconte le major. « Quand elle a été agressée, elle m'a appelé en pleurs. Donc immédiatement je suis allé sur les lieux avec une équipe pour la ramener puisqu'elle ne dort pas au CSPS par manque de logement. Quand on est arrivé, c'était désagréable à voir. Ils avaient tout retourné, avaient pris son argent et saccagé sa maison», a-t-il raconté. Et de renchérir : « Elle a dit qu'elle a subi une agression sexuelle de la part d'un des visiteurs ». Profitant de l’occasion, le major a démenti les informations relayées sur les réseaux sociaux et selon lesquelles ce sont tous les assaillants qui l'ont agressée sexuellement. « Il s’agissait d’un seul », a tenu à préciser notre interlocuteur.

Cette agression a obligé les agents dudit CSPS à abandonner les lieux pour trouver refuge à Bogandé, le chef-lieu de la province, situé à 70 km environ de Liptougou. « Actuellement, mes collègues et moi sommes à Bogandé. On nous a appelés à la gendarmerie, la victime et moi, pour nous auditionner. On est allé donner notre version des faits et on attend », a confié le major à Radars Info Burkina.

L’autorité a manqué d’attention et de tact face à des agents traumatisés

Le major dit avoir contacté le premier responsable la nuit, même de l’incident, qui a voulu lui faire croire que c'était de simples bandits et non des terroristes. « Je lui ai fait savoir que ce n’était pas ce qui m’intéressait, l'incident s'est produit et donc il fallait gérer la nouvelle situation », a-t-il expliqué. L’idée que ce ne sont pas des terroristes mais de simples bandits ne passe pas pour le major et ses agents, parce que pour eux, c’est la même équipe qui était venue au CSPS au sujet du véhicule de la sage-femme, qui est revenue agresser l’AIS. « La nuit quand l’incident est arrivé, nous on s’est dit que c’était eux, puisque pendant l’agression ils ont encore évoqué le cas du véhicule », raconte le major. Selon ses propos, ils ont dit à la dame « qu'ils savent que la sage-femme avait menti en disant que c'est sa maman qui a payé le véhicule alors c'est plutôt un gendarme ». C’est pourquoi pour le major, il faut en avoir le cœur net à propos des agresseurs avant de voir la conduite à tenir. A l’en croire, quand les terroristes, maîtres des lieux, ne sont pas responsables d’une pareille situation, ils trouvent toujours l’intéressé ou du moins font un retour. « Jusqu'à présent on n'a pas de retour, on ne sait pas c'est qui. Si c'était de simples bandits, les terroristes allaient se rendre au CSPS pour dire que ce n'est pas eux. Mais jusque-là rien n’est fait », s’explique-t-il. Pour lui, il faut d’abord être situé avant d’envisager retourner sur les lieux.

Il salue le fait que la victime ait pu bénéficier pour l’instant d’une prise en charge médicale et aussi qu’elle ait été jointe par le Secrétaire général du ministère de la Santé, qui a évoqué son affectation et sa prise en charge. Mais pour le reste de l’équipe, il regrette que l'autorité donne l’impression de s’intéresser uniquement à la réouverture du CSPS, sans se soucier de leur sécurité, encore moins de leur état psychologique. Selon lui, l'autorité évoque l'idée que l'incident ne s'est pas produit au CSPS, ce qui ne nécessite pas une fermeture. « Pourtant, s'insurge-t-il, c'est parce qu'il n'y a pas beaucoup de logements qu'elle a été obligée d'aller en communauté prendre une maison ». Il souhaite donc que l'autorité fasse preuve de compréhension. « Nous n'avons jamais refusé de travailler. Depuis longtemps nous sommes là-bas malgré le danger, donc si un cas survient et bouleverse la situation, il faut être compréhensif », a-t-il requis. Il souhaite aussi qu’en pareilles circonstances, certaines personnes puissent bénéficier d’un accompagnement psychologique, particulièrement les femmes, pour qui c'est plus difficile. Il informe que la sage-femme, qui n'a pas été une victime directe, est dépassée par la situation, ce qui, pour lui, nécessitait tout au moins un soutien moral.

Il n’y a pas de zone plus dangereuse que celle de Liptougou

D’après le major du CSPS de Liptougou, actuellement il n'y a pas de zone plus dangereuse que celle de la commune de Liptougou. Les terroristes sont partout et contrôlent tout dans la zone. Pourtant il n’y a aucun service de sécurité, ni même une autre administration dans un rayon de 60 km. Ce sont les services de santé seuls qui officient dans la localité avec tout les risquent que cela comporte. « Moi, je reçois des visites de ces gens à n'importe quel moment. Même sur la voie, ils veulent souvent prendre ma moto. Mais on arrive à discuter et quand tu expliques que tu es un agent de santé on te laisse passer ». Donc pour lui, dans une zone où il y a des armes, où les hommes craignent pour leur sécurité, ce n'est jamais simple de résider et il faut toujours prendre en compte ce paramètre. Il souhaite que la commune bénéficie d’une prise en charge sécuritaire.

Etienne Lankoandé

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