vendredi 7 octobre 2022

Multiplicité d’OSC : « Si c’est l’œuvre du gouvernement de  Transition pour barrer la route aux opposants, c’est une mauvaise inspiration » (Issaka Ouédraogo)

cisagDepuis l’avènement du MPSR (le Mouvement patriotique pour la sauvegarde et la restauration), plusieurs organisations de la société civile et des partis politiques de toutes les tendances ont vu le jour ; certains soutenant le gouvernement de Transition et d’autres s’y opposant ouvertement. Au cours d’une interview accordée à Radars Info Burkina, Issaka Ouédraogo, président du Centre d’information et de suivi des actions du gouvernement (CISAG), nous a livré son point de vue sur l’avènement de tous ces mouvements sur l’échiquier politique national.

Radars Info Burkina : Veuillez nous rappeler l’historique du CISAG.

Issaka Ouédraogo : Le CISAG, au départ, était le Conseil d’information et de soutien aux actions du gouvernement. Quand il a été créé en 1998, son objectif, je vous le dis en toute franchise, était d’appuyer le gouvernement dans sa démarche communicationnelle et de défendre l’image de marque du régime Compaoré et du Burkina Faso à l’extérieur.

Radars Info Burkina : On assiste, depuis la prise du pouvoir par le MPSR, à une floraison de mouvements de veille citoyenne, toutes tendances confondues. Certains soutiennent la Transition tandis que d’autres la pourfendent. Quelle lecture faites-vous de tout cela ?

IO : Cette floraison de  mouvements aujourd’hui n’est pas forcément la preuve que le Burkina Faso est sur le bon chemin sur le plan démocratique. Cela ne veut pas dire que nos acquis démocratiques sont en train de s’améliorer. Je dirai même que c’est plutôt le signe d’un recul démocratique. Est-ce que vous pensez que dans ce désordre, on peut distinguer le bon grain de l'ivraie ? C’est très difficile. Il faut avouer que les organisations de la société civile sont même en train de perdre leur crédibilité, eu égard justement à leur coloration politique. Or, les organisations de la société civile sont des structures de veille citoyenne. Ce sont elles qui doivent être des arbitres entre les gouvernants en place et les partis politiques opposés au gouvernement. Mais si aujourd’hui des organisations de la société civile se muent en partis politiques, il y a maldonne quelque part. Et si cela est l’œuvre du gouvernement de Transition pour barrer la route aux partis politiques qui s’opposent à sa gouvernance, je pense que c’est une mauvaise inspiration. Le rôle du gouvernement de Transition, c’est de trouver des remèdes aux problèmes des Burkinabè aujourd’hui. Lorsqu’il y a eu le coup d’Etat, la déclaration qui a été faite par le président Damiba était que la prise du pouvoir était justifiée par l’insécurité grandissante, par le fait que le président Roch Marc Christian Kaboré n’arrivait pas à régler le problème du terrorisme. Mais aujourd’hui, nous voyons que le président Damiba n’est pas mieux que le président Roch Marc Christian Kaboré. La situation sécuritaire est même pire qu’au temps du président Roch Marc Christian Kaboré. Et je pense que c’est à cela que le président actuel et son gouvernement de transition doivent s’atteler : apporter la sécurité aux Burkinabè et non créer des mouvements pour contrer ceux-là qui critiquent leur gouvernance.

Radars Info Burkina : Tous ces mouvements étaient-ils nécessaires ?

IO : Non. En réalité, il faut qu’au Burkina Faso nous changions de comportement. Pendant l’avènement de l’insurrection et sous la transition en 2014-2015, il y a eu des mouvements qui se sont créés et on ne sait pas à quel dessein. Et nous avons vu que les bras armés même de la transition étaient les OSC. Nous sommes encore à une telle transition. Il faut que la loi s’applique pour mettre de l’ordre dans notre vie politique.

Radars Info Burkina : Vous déplorez la situation, mais y a-t-il des indicateurs qui montrent réellement que la situation s’est plus dégradée aujourd’hui qu’au temps de Roch Marc Christian Kaboré ?

IO : Les indices parlent d’eux-mêmes dans la mesure où le MPSR même a reconnu que pendant sa prise du pouvoir, le territoire n’était pas aussi affecté. De nos jours nous avons 65% de notre territoire totalement occupé ou incontrôlé par nos forces de défense et de sécurité. Plusieurs zones sont infestées par les terroristes. Bien avant la prise du pouvoir par le MPSR, toutes ces zones n’étaient pas autant infestées. Le Nord aujourd’hui, personne ne veut y aller. C’est une incertitude totale d’emprunter l’axe du Nord. La seule voie aujourd’hui qu’on puisse emprunter avec plus de sécurité c’est celle Ouaga-Koubri-Ghana. Est-ce qu’on peut alors dire que la situation s’est améliorée ?

Radars Info Burkina : Y a-t-il, à votre avis, des raisons d’être optimiste ?

IO : Oui, car nous avons le droit et l’obligation d’espérer. Il y a de l’espoir dans la mesure où nous pensons que les Burkinabè, femmes comme hommes, se battront comme il faut. Aujourd’hui il est certain qu’on ne peut pas compter seulement sur l’armée ; il faut appeler tous les Burkinabè à la lutte pour cette noble cause. C’est vrai qu’aujourd’hui, le MPSR doit être accompagné pour qu’ensemble nous réussissions cette mission car si le Burkina n’arrive pas à bouter le terrorisme hors de son territoire, c’est nous tous qui allons pâtir de cette situation.

Propos recueillis par Etienne Lankoandé

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