vendredi 7 octobre 2022

Éducation : « Le pouvoir d'achat du Burkinabè moyen ne lui permet pas d'assurer toutes charges liées à la scolarité » (Assamiyou Compaoré, président APE du lycée privé Wend-Manegda de Ouaga 2000)

cherté scolarA quelques semaines de la rentrée scolaire, pas besoin d'être devin pour savoir que de nombreux parents d’élèves ont le sommeil troublé par la stressante "équation" des frais de scolarité. Radars Info Burkina est allé à la rencontre du président de l’Association des parents d’élèves (APE) du lycée privé Wend-Manegda de Ouaga 2000, Assamiyou Compaoré. Pour ce dernier, les frais de scolarité sont excessivement élevés pour les parents d’élèves. Par conséquent, il estime que l’État doit prendre ses responsabilités, mettre de l’ordre dans tout cela et accompagner tous les établissements privés, qui sont d’un grand appui au système éducatif national.

Le ministre burkinabè de l'Education nationale, Lionel Bilgo, a affirmé dans un communiqué datant du 13 juin 2022 que l'augmentation abusive des frais de scolarité était un obstacle à la scolarisation des enfants, dont les déplacés internes. Ainsi, il a invité les responsables des établissements à ne pas augmenter les frais de scolarité. Les syndicats des enseignants du privé ont, eux aussi, dénoncé la cherté de la scolarité le jeudi 11 août 2022 au cours d’une conférence de presse. Le président APE du lycée privé Wend-Manegda de Ouaga 2000, Assamiyou Compaoré, a lui aussi fustigé la cherté des frais de scolarité.

A la question de savoir s’il existe une loi qui régit la fixation des frais de scolarité, M. Compaoré répond par la négative et souligne qu’il y a même une sorte de complicité des premiers responsables chargés de l’éducation au Burkina. « De nos jours, nous constatons l’absence de textes juridiques encadrant la fixation des frais de scolarité. Par conséquent, les frais de scolarité varient d’un établissement à un autre et cela se fait sous le regard complice des autorités en charge de la politique éducative de notre pays », a-t-il déploré. Pour lui, il ne sert à rien de mettre en place des stratégies pour atteindre un taux maximum d’éducation et de scolarisation si en définitive certains élèves, par incapacité financière, ne peuvent prétendre à s’asseoir sur un table-banc dans une classe de leur âge et de leur niveau. A ce propos, le cas des personnes déplacées internes (PDI) est interpellateur, a-t-il relevé. Et ce, tant au niveau gouvernemental qu’à celui de la faîtière qu’est l’Union nationale des établissements d’enseignement privés laïc (UNEEPL), laquelle regroupe les établissements conventionnés.

Dans cette optique, il estime que la sortie des syndicats des enseignants du privé est un signal fort pour l’autorité. En effet, le syndicat est un maillon important de la chaîne du système éducatif et il a pour rôle de dénoncer le dysfonctionnement de l’appareil éducatif, a affirmé Assamiyou Compaoré. Sa sortie pour dénoncer la cherté de la scolarité est un signal fort envoyé à l’autorité en ce sens que c’est cette dernière qui est chargée de réguler et de fixer les frais de scolarité dans le secteur privé. Il y a des difficultés certes liées à la crise économique internationale et à celle sécuritaire, mais force est de reconnaître qu’il y a de l’exagération dans la fixation de l’écolage, souligneAssamiyou Compaoré, qui précise que les frais de scolarité sont exagérément élevés pour les parents d’élèves et surtout pour les personnes déplacées. Le pouvoir d’achat du Burkinabè moyen ne lui permet pas d’assurer toutes les charges liées à la scolarité, notamment les frais de scolarité, la tenue scolaire, les fournitures, les frais APE, le déplacement, la restauration et les soins de santé, toujours selon lui.

Sur ce point, il ajoute que cela est valable même pour les parents dont les enfants ont eu l’entrée en 6e ou l’entrée en 2nde et qui ont été affectés dans les établissements conventionnés. « Les responsables des établissements conventionnés obligent les parents d’élèves à payer l’intégralité des frais parce que l’État tarde à payer les subventions », informe notre interlocuteur. Pour étayer ses propos, il révèle que les frais de bourse des élèves admis à l’entrée en 6e 2020 ne sont toujours pas disponibles dans les établissements conventionnés.

Au regard de cela, il estime que le Burkina veut une chose et son contraire sans pour autant vouloir mettre les moyens. De plus, s’il est vrai que l’État mène une politique de subvention des établissements privés, ce ne sont pas tous ces derniers qui en bénéficient et cela contribue à la hausse de la scolarité ; ce que Assamiyou Compaoré juge incorrect et inadmissible et il signale que tous les établissements devraient bénéficier de cette largesse de l’État. Et d’ajouter : « Malgré le but commercial des établissements privés, ils sont d’un appui fort à l’État pour l’atteinte des objectifs escomptés par les grandes institutions ».

Par ailleurs, en tant que porte-parole des parents d’élèves, Assamiyou Compaoré espère obtenir un semblant de moratoire de la part de l’État et de l’Union nationale des établissements d’enseignement privés et laïc (UNEEPL) afin de soulager la souffrance que vivent les parents d’élèves pendant la rentrée scolaire. De plus, il invite les fondateurs d’établissements scolaires à tenir compte de la multitude des crises et à réduire les frais de scolarité.

Quoi qu’il en soit, c’est à l’État qu’il incombe d’assurer la continuité du système éducatif en créant les infrastructures scolaires en nombre suffisant et à moindre coût avec un corps enseignant qualifié, a conclu Assamiyou Compaoré.

F.S.I.

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