mardi 30 novembre 2021

34e anniversaire de l’assassinat de Thomas Sankara : Les avocats de la famille Sankara « se lâchent » face à la presse

iisi uneDans le cadre de la commémoration du 34e anniversaire de l'assassinat de Thomas Sankara et de ses 12 compagnons, les avocats nationaux et internationaux de la famille Sankara ainsi que Mariam Sankara, épouse du défunt père de la révolution, étaient face à la presse le vendredi 15 octobre 2021 à l'université Thomas-Sankara de Ouagadougou. Les avocats se sont, on peut le dire, « lâchés » à cette occasion.

La Campagne internationale justice pour Sankara (CIJS) est à sa 25e année. Occasion choisie pour marquer un arrêt dans un lieu symbolique : l’université qui porte le nom de Thomas Sankara, a déclaré d’emblée Me Anta Guissé, avocate de la famille. « Nous sommes là pour faire entendre le droit, faire entendre la position de nos clients qui, depuis de nombreuses années, attendent la vérité », a-t-elle ajouté. « Le droit sera dit, clame Me Prosper Farama, et ce n’est pas l’absence de Blaise Compaoré ni celle de Hyacinthe Kafando, même si ces deux hommes font  partie des principaux accusés dans cette affaire, qui fera traîner le procès. »  « S’ils veulent y prendre part, la porte leur est grandement ouverte. Dans le cas contraire, ce sera sans eux », a poursuivi Me Farama.

iisi 2Dépités que le procès ne soit pas archivé en audio ou vidéo, les avocats de la partie civile disent ne pas comprendre cette décision du juge. « Nous n’avons pas demandé la retransmission en direct du procès. Nous avons soumis au tribunal notre requête en nous fondant sur les dispositions légales du Code de procédure pénale et du Code de justice militaire. Nous avons demandé simplement l’enregistrement audiovisuel du procès pour l’histoire », explique Me Ferdinand Nzepa. Pour Anta Guissé, pour des faits qui datent de plus de 30 ans, qui plus est qui concernent un président emblématique qui a marqué l’histoire du Burkina et même de l’Afrique, le prétexte de l’atteinte à la sûreté de l’Etat ne tient pas pour que le procès ne soit pas enregistré. Et Me Prosper Farama de faire remarquer que si le débat sur cette question d’enregistrement du jugement a eu lieu, c’est parce que le Code de justice militaire le permettait. « Au stade actuel, nous ne pouvons pas vous dire ce qui a motivé le juge à rejeter notre demande. S’il pense que le Code de procédure pénale l’interdit, c’est grave parce que cela voudrait dire que pour la jurisprudence au Burkina, pour l’intérêt mémorial de la nation on ne va plus enregistrer un procès comme cela se fait aujourd’hui dans les Etats modernes », a affirmé l’homme de droit. Toujours selon lui, «  la loi n’a pas prévu les conditions dans lesquelles on peut retransmettre un procès, donc ça veut dire que cette décision est laissée à l’appréciation du juge.»

Me Ferdinand Nzepa déplore l’absence de Blaise Compaoré, lequel a invoqué le fait qu’il s’agit d’un procès politique pour justifier son absence. Me Prosper Farama martèle que ce procès n’est nullement politique et que ce sont des éléments de droit qui y seront évoqués. iisi 3« Il y a comme une insulte de Blaise Compaoré et de ses acolytes aux victimes. Quand on assassine un chef de l’Etat en fonction, c’est bien un crime ! Il n’y a que dans leur esprit à eux que ça s’appelle de la politique. Qu’à cela ne tienne, si on considère qu’assassiner un chef de l’Etat en fonction est un crime politique, les accusés seront jugés pour un crime politique. Mais ce ne sera pas sur une base politique ; ce sera sur la base d’éléments de droit », a-t-il dit. Et de poursuivre : « Quand il (Ndlr Blaise Compaoré) avait les armes, c’était un homme courageux. Aujourd’hui qu’il n’a plus d’armes, il est devenu lâche ».

A la question de savoir quelle peut être l’implication française dans ce dossier, Me Anta Guissé répond : « Il y a des éléments dans le dossier qui évoquent des interactions qu’il y a eu avec cet Etat et avec des personnalités françaises. Dans les débats, ce sont des choses qui seront exploitées. Mais la France ne sera pas jugée à ce procès ».

Blaise Compaoré est-il condamné d’office ? La réponse de Me Farama est claire à ce propos : aucun indice n’indique que Blaise Compaoré est condamné. «  Je comprends qu’il ait peur, vu ce qu’il a fait. Aujourd’hui nous sommes à un procès ou il y a débat. Par exemple, nous, qui défendons les victimes, avons demandé l’enregistrement du procès, mais on ne nous l’a pas accordé. C’est déjà les prémices d’un procès équitable. Si tout était déjà ficelé comme le prétend Blaise Compaoré, ce procès aurait été retransmis de plein droit », déclare l’avocat de la famille Sankara.

« On ne peut pas avoir attendu tant d’années pour qu’au final le procès soit gâché et qu’on ne sache pas la vérité. Nous nous attelons à ce que la vérité soit dite dans le respect des familles pour le repos de l’âme des disparus », a conclu Me Anta Guissé.

Ouvert le 11 octobre 2021, le procès sur l’assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons d’infortune le 15 octobre 1987 a été suspendu. Il reprendra en principe le lundi 25 octobre.

Sié Mathias Kam

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