Dans le cadre de la mise en œuvre de la vision de développement du Burkina Faso et de la diversification des sources d'énergie, le Gouvernement a engagé d'importantes réformes visant à promouvoir l'utilisation pacifique des sciences et technologies nucléaires. C'est dans cette dynamique qu'a été créée l'Agence Burkinabè de l'Énergie Atomique (ABEA) en Conseil des ministres le 14 août 2024. Pour surmonter les perceptions erronées du grand public, l'ABEA a organisé un atelier de formation du 30 septembre au 1er octobre 2026 au profit d'une quarantaine de journalistes. Cette séance a été précédée par une formation de Directeurs de la Communication et des Relations Publiques (DCRP) les 28 et 29 septembre 2026.
Démystifier le nucléaire : des applications civiles au quotidien
Souvent méconnue ou associée exclusivement aux armements et aux accidents, l'énergie nucléaire regroupe pourtant des applications pacifiques incontournables dans notre vie quotidienne. Placée sous la tutelle de la Présidence du Faso, l'Agence Burkinabè de l'Énergie Atomique a pour mission de porter cette dynamique conformément à la formule de l'AIEA « Atoms for Peace and Development », touchant des secteurs aussi essentiels que la santé, l'agriculture, l'eau, l'environnement, l'industrie et l'énergie.
Durant ces deux jours de travaux, les participants ont exploré des thématiques cruciales : les applications socioéconomiques des technologies nucléaires, le programme électronucléaire, les opportunités d’emplois, le droit nucléaire, la sûreté et la sécurité nucléaires, ainsi que le rôle essentiel des journalistes et des communicateurs.
L'éclairage scientifique et technique du Dr Amadou Traoré
Les communications fondamentales sur les applications nucléaires ont été dispensées par des experts de premier plan, notamment le Dr Amadou Traoré. Vétérinaire de formation, Directeur de recherche en biologie moléculaire au Centre National de la Recherche Scientifique et Technologique (CNRST) et Chef du département des applications nucléaires à l'ABEA, il a entretenu les participants sur le rôle stratégique des technologies nucléaires dans le développement socioéconomique. Son intervention a permis de décrypter les notions fondamentales et les grands domaines d'application pacifique de l'atome, structurés autour des technologies clés :
- Les rayonnements ionisants : Ils sont largement exploités en médecine (radiographie et radiothérapie pour traiter les cancers). On les utilise aussi dans l'industrie pour stériliser le matériel médical et contrôler les soudures. La maîtrise des doses garantit une innocuité totale.
- Les isotopes : Ce sont des traceurs précieux. On les emploie pour évaluer les problèmes de nutrition, mesurer la fertilité des sols grâce à l'hydrologie isotopique, ou encore en médecine nucléaire.
- Les réacteurs nucléaires : Ils se divisent en deux catégories. Les réacteurs de puissance servent à produire de l'électricité, tandis que les réacteurs de recherche servent à produire des radio-pharmaceutiques indispensables aux diagnostics et aux soins.
Innovation agricole et développement socioéconomique
Les technologies nucléaires s'imposent comme un levier prépondérant de la souveraineté alimentaire et de la résilience nationale. Parmi les techniques phares développées figure la mutagénèse par induction. Selon Dr Ouédraogo cette technique permet d'améliorer les variétés végétales pour accroître durablement les rendements agricoles face aux aléas climatiques. Aussi, l'irradiation qui est une autre technique garantit une meilleure conservation des aliments et une sécurité sanitaire accrue des denrées.
Sûreté, Sécurité, Irradiation et Contamination, Idrissa Ouédraogo en parle
Intervenant sur les aspects de gouvernance technique, de protection et de maîtrise des risques, Idrissa Ouédraogo, expert des questions nucléaires à l'ABEA, a structuré son intervention autour des exigences opérationnelles et réglementaires garantissant l'utilisation pacifique et rigoureuse de l'atome.
Les missions fondamentales de la sûreté nucléaire
L'expert a rappelé que la sûreté nucléaire poursuit des finalités préventives et correctives strictes visant à empêcher ou décourager les actes non autorisés et à réduire les risques d'attaque :
- Prévenir et empêcher : Il s'agit de décourager les actes non autorisés et de réduire les possibilités d'attaque.
- Détecter et identifier : Cette mission consiste à repérer rapidement une intrusion, une anomalie ou une perte de contrôle d'une source radioactive.
- Alerter et récupérer : Il faut sécuriser, rechercher et récupérer au plus vite les matières qui auraient échappé au contrôle, tout en veillant à garder secrets les détails opérationnels de protection.
Sûreté versus Sécurité : des notions complémentaires
Idrissa Ouédraogo a insisté sur la distinction fondamentale entre ces deux piliers :
- La Sûreté : Elle consiste à prévenir les accidents et à en limiter les conséquences pour garantir l'innocuité et éviter les défaillances techniques ou humaines.
- La Sécurité : Elle vise à prévenir les actes malveillants intentionnels comme le sabotage, le vol, le détournement ou l'accès non autorisé.
Dans le cadre sensible du transport des matières radioactives, l'expert préconise une approche intégrée associant étroitement sûreté et sécurité. Le transport constitue une phase critique du cycle de vie des matières nucléaires, car il fait passer une source d'un environnement contrôlé à un environnement exposé. Pour identifier les niveaux de danger lors du transport, des pictogrammes normalisés sont utilisés selon la dose transportée :
- Catégorie I (Blanche) : Elle indique un faible risque, avec un débit de dose inférieur ou égal à $0.005$ mSv/h.
- Catégorie II (Jaune) : Elle signale un risque modéré, avec un débit de dose supérieur à $0.005$ mSv/h et inférieur à $0.5$ mSv/h.
- Catégorie III (Jaune) : Elle représente un niveau hautement dangereux, avec un débit de dose supérieur à $0.5$ mSv/h et inférieur à $2$ mSv/h, ce qui exige un périmètre de sécurité renforcé.
Cybersécurité et fondements réglementaires de l'AIEA
Face aux menaces modernes, la cybersécurité nucléaire est intégrée dès la conception et tout au long du cycle de vie des systèmes. L'automatisation et la surveillance à distance exigent un cloisonnement rigoureux des réseaux pour prémunir les installations contre toute atteinte à l'intégrité, à la confidentialité ou à la disponibilité des données.
Pour encadrer ces pratiques, l'ABEA et l'Autorité Nationale de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (ARSN) s'appuient sur des documents de référence internationaux de l'AIEA :
- NSF-R-20 (Nuclear Security Series 20) : Ce document établit le régime national de sécurité nucléaire.
- NS-G-1.3, 1.4 et 1.5 : Ces textes portent sur la protection physique, la sécurité des sources et le contrôle réglementaire hors normes.
- Les guides nationaux d'application : Ils définissent clairement douze domaines de responsabilités répartis entre l'État, les organismes de réglementation comme l'ARSN, et les exploitants.
Métiers d'avenir et rôle des médias face aux incidents
L'essor progressif du secteur nucléaire civil au Burkina Faso induit l'émergence d'une diversité de métiers spécialisés, allant des ingénieurs et chercheurs aux techniciens et inspecteurs de radioprotection.
Pour les professionnels des médias, aborder les situations de crise (comme la disparition d'une source radioactive ou un incident) requiert une rigueur absolue. L'expert rappelle qu'un incident n'est pas automatiquement un accident. Un incident désigne un événement anormal et non prévu qui peut avoir des conséquences sur la sûreté, sans pour autant causer de dommages majeurs (par exemple, une erreur de manipulation sans conséquence ou la découverte d'une source hors contrôle).
Avant de relayer une information sensible, les journalistes disposent de cinq repères clés pour comprendre le dispositif nucléaire. Ils doivent aussi valider systématiquement leurs sources auprès des autorités compétentes, en premier lieu l'ARSN et l'ABEA.
L’on retient également des différentes communications qu’une centrale nucléaire est une installation nucléaire, mais qu’une installation nucléaire n’est pas forcément une centrale nucléaire. Les installations présentes dans les services de cancérologie ou les scanners utilisés pour les contrôles dans les aéroports constituent par exemple des installations nucléaires. Il ressort en outre que le droit du nucléaire s’intéresse davantage à l'exploitant qu'au propriétaire.
Messages forts des autorités et des dirigeants lors de la clôture
La cérémonie de clôture a été l'occasion pour les premiers responsables de rappeler les orientations stratégiques de l’État. Dans son allocution, le Directeur Général de l'ABEA, Harouna Sawadogo, représenté par Drissa Modeste Sessouma, Secrétaire général de l’ABEAa rappelé que la création de l’ABEA, décidée en Conseil des ministres le 14 août 2024, traduit une orientation stratégique forte du Président du Faso, le Camarade Capitaine Ibrahim Traoré. Cette vision consiste à faire des sciences et technologies nucléaires un levier au service du développement, de l’industrialisation et de l’indépendance énergétique du Burkina Faso.
Insistant sur la rigueur requise de la part des professionnels des médias, le Directeur Général a souligné à travers son représentant que communiquer sur le nucléaire relève d'une « responsabilité nationale ». Il a insisté sur le fait qu'il ne s'agit ni de banaliser les risques, ni de susciter la peur, mais bien de transmettre une information exacte, pédagogique, équilibrée et fondée sur les faits.
Abondant dans le même sens, le représentant du Ministère de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, le Directeur général de la Communication et des médias Salifou Ouarma, a mis en exergue la complémentarité des acteurs.
Selon lui, le journaliste doit informer, le communicateur doit expliquer et le scientifique doit démontrer. Il a ajouté qu'ensemble, ils doivent contribuer à bâtir une culture scientifique nationale fondée sur la rigueur, la responsabilité et la confiance.
Rappelant la vision du chef de l’État, il a invité les médias à adopter un traitement rigoureux et engagé. Il a conclu en invitant les professionnels des médias à traiter les questions nucléaires avec rigueur, pédagogie et sens de l’intérêt général, en évitant de banaliser les risques tout en refusant que les préjugés ou la désinformation n'occultent les opportunités des usages pacifiques de l’atome.
Perspectives : Naissance d'un réseau spécialisé
L'atelier s'est achevé sur une note concrète et mobilisatrice avec la création du Réseau de journalistes et communicateurs pour les technologies nucléaires au Burkina Faso. Ce nouveau cadre d'échange permanent ambitionne d'accompagner le pays dans l'appropriation citoyenne, rigoureuse et sécurisée des sciences de l'atome au service du développement national.
Flora SANOU











