Dans l'espace de l'Union Économique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA), le Burkina Faso occupe le troisième rang en termes de circulation fiduciaire, derrière la Côte d'Ivoire et le Sénégal.
Selon le Directeur national de la Banque Centrale des États de l'Afrique de l'Ouest (BCEAO), Armand Badiel, le volume d'argent liquide (billets de banque et pièces de monnaie) en circulation connaît une hausse continue et importante ces dernières années. Les dernières données disponibles font état d’un montant global de cash circulant dans l’économie de 1 601,8 milliards de francs CFA.
Ce montant représente 10,7 % du volume total de billets en circulation dans l'Union, plaçant le pays après la Côte d’Ivoire (41,1 %) et le Sénégal (22,6 %). À noter que cette masse monétaire a pratiquement doublé en l'espace de trois ans.
Les raisons d'une forte demande en espèces
Pourquoi ces besoins en espèces augmentent-ils malgré le contexte de contraintes sécuritaires, et quelles en sont les conséquences ?
D'après les explications du premier responsable national de la Banque Centrale, la monnaie fiduciaire demeure l'un des principaux moyens de paiement à la disposition des particuliers et des entreprises pour leurs transactions. L’ampleur de son utilisation dépend donc directement du niveau d’activité économique. En outre, elle varie selon la disponibilité des autres moyens de paiement, de leur coût, mais surtout de la préférence des agents économiques pour le "cash".
Cette hausse révèle une intensification des échanges et, par ricochet, une vitalité de l’activité économique, car la « croissance économique est le principal déterminant de la demande de cash ».
Facteurs d'accélération : Précaution et économie informelle
Outre la croissance, d’autres facteurs justifient cette accélération :
« Il s’agit notamment des incertitudes incitant les déposants à effectuer des retraits massifs par précaution. Cette situation a été observée dans notre pays lors de la crise sanitaire et au moment critique de la crise sécuritaire », a souligné Armand Badiel.
À cela s’ajoute le poids de l’économie informelle, qui génère une demande soutenue de liquidités. En effet, dans nos pays, cette composante est l’une des plus grandes consommatrices de billets de banque.
L'accélération de la circulation fiduciaire s'est manifestée sur deux périodes distinctes :
2016-2022 : une croissance moyenne de 17,3 %.
2023-2025 : une progression d’au moins 24,6 % par an, avec une tendance à l'accentuation confirmée par les chiffres des deux premiers mois de l’année 2026.
Si la première phase est liée aux incertitudes, la seconde s'explique par la reprise économique et le développement fulgurant des activités extractives artisanales (orpaillage). Ce phénomène justifie la dynamique des retraits aux guichets de la Direction Nationale pour le Burkina.
En valeur, les retraits de billets ont atteint 3 771,4 milliards en 2024, avant de bondir de 23,4 % en 2025 pour s'établir à 4 652,2 milliards. Quant aux pièces de monnaie, les retraits sont passés de 1,79 milliard en 2024 à 1,82 milliard en 2025 (+1,5 %).
Cette tendance haussière s'est confirmée début 2026, avec une progression en glissement annuel de 35,11 % en volume et de 24,98 % en valeur pour les sorties de billets, toutes coupures confondues.
Qualité de la monnaie : Un défi pour la BCEAO
Le Directeur national de la BCEAO rassure : l'assainissement de la circulation fiduciaire est une priorité absolue. Cela implique un besoin accru d’émission de coupures neuves, le volume de billets triés de qualité suffisante étant particulièrement faible au Burkina.
En 2025, le volume total des émissions a atteint 1 156, milliards de FCFA, pour 192 450 000 billets neufs toutes coupures confondues, soit une augmentation de 80 % en un an. Cet effort exceptionnel répond aux préoccupations des usagers concernant la dégradation des billets. En effet, courant 2025, il a été constaté que les petites coupures (500, 1 000 et 2 000 FCFA) étaient souvent très usées ou déchirées par rapport aux grosses coupures (5 000 et 10 000 FCFA). Cette altération créait des tensions dans le circuit économique, certains agents refusant les billets trop abîmés.
En s'appuyant sur ces données, Armand Badiel réaffirme que la BCEAO déploie des efforts constants pour s’adapter à cette demande croissante, indispensable à la fluidité des échanges.
Flora SANOU
Radarsburkina.net