Le site du Mémorial Thomas-Sankara à Ouagadougou a vibré, ce jeudi 6 août 2026, au rythme du cinéma et de la mémoire citoyenne. Présidée par le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, le camarade Pingwendé Gilbert Ouédraogo, la soirée d’inauguration des « Jeudis du cinéma révolutionnaire » a réuni autorités, cinéastes, acteurs de la société civile et une jeunesse en quête de repères.
Tout un symbole. C’est dans ce lieu chargé d’histoire et d’émotion qu’a pris corps ce nouveau rendez-vous mensuel. Intitulé « Le Foyer incandescent de la Révolution », le projet vise à transformer le Mémorial en un cadre permanent de projection d'œuvres cinématographiques et de débats contradictoires sur les grandes luttes d'émancipation des peuples.
« Un puissant instrument de formation citoyenne »
Prenant la parole devant une foule attentive, le ministre de la Communication, de la Culture, des Arts et du Tourisme, le camarade Pingwendé Gilbert Ouédraogo, a salué une initiative qui renforce la mission éducative du Mémorial.
« Ici au Mémorial Thomas-Sankara, la charge émotionnelle des lieux nous habite, l’histoire inachevée des héros sacrificiels nous hante toujours l’esprit. Nous sommes le trait d’union d’un héritage longtemps étouffé à dessein mais qui aujourd’hui renaît de ses cendres sur le terreau fertile de l’intégrité », a-t-il affirmé.
Pour le chef du département de la Culture, ce rendez-vous, qui s'articule chaque premier jeudi du mois autour d'un hommage militaire solennel à 15h puis de projections-débats, participe pleinement à la reconquête de la souveraineté culturelle. « En racontant nous-mêmes notre histoire, en valorisant nos héros et nos références, nous consolidons notre souveraineté culturelle, indispensable à l'affirmation de notre identité », a-t-il martelé, en lançant un appel vibrant aux élèves, étudiants, acteurs culturels et aux associations de la Veille citoyenne (« les Wayiyans ») à s'approprier ces espaces de réflexion.
Une ambition relayée par le président du Comité international du Mémorial Thomas-Sankara (CIMTS), le camarade Souleymane Zerbo. Citant le Capitaine Ibrahim Traoré (« Un révolutionnaire n'est pas un ignorant »), ce dernier a insisté sur la nécessité du débat d'idées : « Une révolution qui ne se discute pas, ne se critique pas et ne se corrige pas s'éteint. » Il a d'ailleurs annoncé que les projections ne resteront pas confinées à Ouagadougou, mais s'étendront progressivement dans les 17 régions du pays grâce aux coordinations locales du Mémorial.
Un peuple debout et Thomas Sankara, l'Humain en ouverture
Pour cette première édition, le public a eu droit à la projection de deux documentaires majeurs : Un peuple debout (1983) de Rasmané Ouédraogo et Thomas Sankara, l'humain de Boubié Richard Tiéné.
Présent à la soirée, Rasmané Ouédraogo a invité la jeune génération à dépasser les raccourcis simplistes : « On ne doit pas réduire Thomas Sankara uniquement à des slogans ou au fusil. Il y a un besoin crucial de corriger les récits parfois biaisés du passé pour réécrire la véritable histoire de la Révolution. »
De son côté, Boubié Richard Tiéné est revenu sur la démarche de son film, sélectionné au FESPACO 2021.
Fruit de plus de sept ans de travail et de collectes de témoignages, Thomas Sankara, l'humain (80 min) prend le contre-pied des œuvres à charge ou des hagiographies aveugles. Le documentaire explore la gouvernance sous l'ère de la Révolution Démocratique et Populaire (RDP) sous un angle intime et politique, en donnant la parole à ceux qui ont côtoyé le leader. Le film met en lumière la personnalité complexe de Sankara, ses convictions, mais aussi les doutes, les tensions internes et les erreurs commises durant ces quatre années charnières. « Malheur à ceux qui bâillonnent leur histoire. Il faut relater l'histoire telle qu'elle est », résume le réalisateur.
Dans un geste fort salué par l'assistance, Boubié Richard Tiéné a annoncé la mise à disposition prochaine de l'intégralité de ses rushs et entretiens non utilisés au fonds documentaire du Mémorial, afin d'alimenter les travaux des chercheurs et des historiens.
Des projections qui suscitent le débat au sein du public
À l'issue de la séance, les échanges ont été particulièrement riches. Dans les rangs des spectateurs, les émotions et les réflexions étaient perceptibles.
Pour Kafando Alexis, ces projections tombent à point nommé dans le contexte de transition et de reconquête nationale :
« Voir ces images nous rappelle d'où nous venons et les sacrifices qui ont été faits pour ce pays. Ces films ne relèvent pas seulement de la nostalgie ; ils nous donnent des clés de compréhension pour le présent. On se rend compte que les défis d'aujourd'hui, notamment en matière de souveraineté et d’engagement citoyen, étaient déjà au cœur des préoccupations de nos ainés. C'est un réveil des consciences indispensable pour la jeunesse. »
De son côté, Maimouna Camara met l'accent sur la dimension éducative et humaine de la démarche :
« Ce qui m'a marquée, notamment dans le film sur l'aspect humain de Sankara, c'est de voir le chef d'État avec ses doutes, ses forces et ses fragilités, loin de l'image figée qu'on nous présente parfois. Ce genre de débat permet de désacraliser l'histoire pour mieux se la réapproprier. C'est une excellente initiative, et j'espère que beaucoup de jeunes viendront assister aux prochaines éditions pour apprendre et débattre sans tabou. »
Désormais, le pli est pris : chaque premier jeudi du mois, le cinéma se mettra au service de la mémoire collective et de la formation citoyenne au Mémorial Thomas-Sankara.
Flora SANOU
Radarsburkina.net