Burkina : « Aujourd’hui le CICR fournit de l’assistance ciblée aux personnes les plus vulnérables estimées, à environ 120 000», Laurent Saugy, chef de la délégation du CICR

crw uneLe Burkina Faso traverse une crise sécuritaire sans précédent accompagnée d’une crise humanitaire. 921 471 personnes déplacées internes à la date du 7 juin 2020. Pour une assistance de ces personnes, des organisations humanitaires viennent en appui à l’Etat burkinabè. C’est le cas du Comité international de la Croix-Rouge (CICR)  au Burkina, qui vient en aide aux personnes touchées par les conflits armés et agit pour le respect du droit international humanitaire. Radars Info Burkina s'est entretenu avec Laurent Saugy, chef de la délégation CICR Burkina,  pour en savoir davantage sur les activités de cette institution humanitaire sur le terrain.

Radars Info Burkina (RB) : Les principaux domaines d’intervention du CICR sont les questions sanitaires et sécuritaires. Dans un contexte de crise sécuritaire, en quoi consiste concrètement l’intervention du CICR dans les zones sous menace ?

Laurent Saugy (LS) : Le CICR est une organisation par définition multidisciplinaire. En effet, les besoins des populations sont divers.   En ce qui concerne la santé, le CICR intervient en soutien aux autorités du ministère de la Santé, mais aussi directement auprès des centres de santé de base. Il y a la fourniture en médicaments, la réhabilitation des infrastructures des centres de santé, l’accès à l’eau et la formation du personnel dans les formations sanitaires.

Le CICR a l’occasion de faire des forages pour améliorer l’accès à l’eau des personnes déplacées ainsi que des populations hôtes. Puisqu’on s’est aperçu que les déplacés doivent faire un long chemin avant d’avoir accès à l’eau. Donc il a été nécessaire de réaliser des forages, que ce soit à l’Est, au Nord ou au Sahel. Récemment au Centre-Nord, précisément à Kaya, nous avons fait de nouveaux forages.

Au niveau des infrastructures urbaines, on s’aperçoit que l’arrivée de dizaines de milliers de personnes déplacées représente une pression sur le système de l'Office national de l'eau et de l'assainissement (ONEA). Donc il faut du soutien pour renforcer, voire réhabiliter ces infrastructures. L’intervention d’urgence humanitaire dans des situations telles que celle du Burkina Faso aujourd’hui est absolument nécessaire  pas seulement dans l’immédiat mais aussi dans une vision à long terme. Si on laissait les systèmes de santé et d’eau partir en complète décrépitude, on n’aurait aucune chance d’envisager un quelconque développement pour les régions concernées.

En plus, il y a la contribution à la fourniture de vivres et de non-vivres aux personnes déplacées. Dans l’Est, c’est plutôt des non-vivres (ustensiles de cuisine, bâches, couvertures,  seaux). Dans le Soum et dans le Yatenga, et dans d’autres parties du Sahel, c’est l’assistance en vivres. Aujourd’hui le CICR fournit de l’assistance ciblée aux personnes les plus vulnérables, estimées à environ 120 000. Ce qui est une contribution significative proportionnellement au nombre de personnes déplacées.

crw 2Le CICR est au Burkina Faso depuis 2006. Dès notre arrivée, on a approché du ministère de la Justice et celui de l’Administration pénitentiaire de façon à avoir accès et à visiter les personnes détenues dans les Maisons d’arrêt et de correction (MAC) et récemment à la prison de haute sécurité. C’est une activité relativement traditionnelle du CICR en particulier en situation de conflit et autres situations de violences.

La détention, j’ai eu l’occasion d’en parler avec Son Excellence le Premier ministre récemment, c’est un domaine extrêmement important. En effet en situation de conflit,  doublée d’une situation sanitaire difficile, le CICR sait par expérience, que les systèmes carcéraux subissent une pression supplémentaire en termes de budget, de conditions générales de détention. Tous les délégués du CICR se penchent également sur les questions de traitement.

Le CICR, c’est un soutien et une collaboration très étroite avec la Croix-Rouge du Burkina. Aujourd’hui en situation de pandémie, la Croix-Rouge est en première ligne et juste à ses côtés il y a le CICR.

RB : Depuis le 1er janvier 2020, le CICR a renforcé sa présence au Burkina avec la transformation de sa Mission en Délégation et l’ouverture de deux bureaux à Djibo et Fada N’Gourma. Peut-on en savoir davantage sur ce projet ?

LS : Cette situation répond à la question de la proximité du CICR. La proximité avec les populations affectées par la crise nous a amenés à ouvrir effectivement ces deux structures à Djibo et Fada N’Gourma et également à Ouahigouya. Les trois structures nous permettent de rayonner dans ces trois régions qui sont les plus affectées par l’insécurité.

L’objectif de transformation d’une mission en délégation, c’est de gagner en autonomie. Ça veut dire de l’agilité au niveau de réponse et aussi une capacité d’augmenter notre dispositif. En particulier en ce qui concerne les personnes déplacées, l’accroissement des besoins a été exponentiel ces dernières années. Le CICR tient à être un acteur humanitaire pertinent, présent. Si on veut que les personnes affectées par les conflits et les situations de violences soient au centre de notre intervention, évidemment il faut être sérieux. Il faut se doter des moyens nécessaires. Raison pour laquelle au Burkina Faso et dans le reste de la région du Sahel le CICR augmente ses moyens pour améliorer sa réponse.  

RB : Quelles sont les difficultés rencontrées dans l’accès humanitaire ?

LS : La difficulté principale, je dirais, est qu’on ne peut pas être partout alors que géographiquement les besoins sont partout. Donc il y a une nécessité de coopération et de coordination avec d’autres acteurs humanitaires. Les défis principaux en termes d’accès, c’est de s’assurer que le niveau de risque que nous devons possiblement prendre pour accéder aux personnes affectées par la situation est acceptable dans la mesure où, en tant que chef de la Délégation du CICR, je n’ai évidemment aucun intérêt à ce que mes collègues qui vont directement assister ou protéger ces personnes soient eux-mêmes affectés par la situation de violence. Donc il est important pour nous que les parties en conflit, les acteurs de violences sachent avec précision qui on est, quelle est notre mission afin qu’il n’y ait pas de confusion sur notre rôle. Les principes humanitaires que sont la neutralité, l’indépendance, l’impartialité, c’est vraiment primordial que le CICR ait la possibilité d’accéder aux personnes qui sont le plus dans le besoin.

Evidemment lorsqu’on regarde les zones reculées comme le Soum, le Lorum ou d’autres parties du Sahel et de l’Est, la tâche est ardue et consiste justement à s’assurer que l’environnement sécuritaire nous permet de mettre en œuvre nos activités de manière sécurisée.  

Interview réalisée par Aly Tinto