coutumiers imagesAu Burkina Faso, il est assez courant de voir les autorités religieuses et coutumières intervenir dans la résolution des crises sociopolitiques. S’il est vrai que très souvent cette intervention contribue à ramener l’accalmie au pays, il n’en demeure pas moins qu’elle fait parfois l’objet de vives critiques. Pour certains observateurs de la vie sociopolitique burkinabè, des garde-fous doivent être mis par les notables pour la mise en œuvre des accords signés lors des différentes négociations.

Même après l’indépendance du Burkina Faso en 1960, les autorités coutumières et religieuses continuent de jouer un rôle prépondérant dans la vie de la nation. En effet, elles font continuellement l’objet de sollicitations dans la résolution des crises sociopolitiques. Leurs actions ont  toujours contribué à faire baisser considérablement le mercure social. Si leur rôle de médiateurs est très louable pour la stabilité de la nation, certains trouvent qu’il y a un manque de suivi de la part de ces notables en ce qui concerne la mise en œuvre des engagements pris après les différentes négociations des parties prenantes. A ce propos, Bassolma Bazié, secrétaire général de la Confédération générale du travail du Burkina (CGT-B), estime que « quand les  autorités coutumières et religieuses se rangent du côté du pouvoir pour faire signer des accords, elles se doivent d’avoir un regard sur l’état de leur mise en œuvre. Sinon, nous serons tous responsables demain des déviations que nous sommes en train d’impacter dans notre pays ». Mahamadé Sawadogo, professeur de philosophie politique à l’université, indique également que cette question d’intervention des coutumiers et religieux ne date pas d’aujourd’hui. « Depuis longtemps, les acteurs politiques en période de crise font appel aux autorités religieuses et coutumières pour résoudre le problème. Ils s’appuient sur leur influence pour asseoir et légitimer leur pouvoir », explique-t-il. Pour ce faire, le professeur estime que les responsables religieux et coutumiers doivent avoir un esprit de discernement afin de pouvoir contribuer au mieux à la prise de décisions sages et responsables qui ne seront pas surtout compromettantes dans le futur. Cela, car à la longue leur crédibilité peut être remise en cause.

En rappel, depuis la crise sociopolitique de 1998 suite à l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo, il y a eu le travail d’un collège de Sages dont toutes les recommandations n’ont pas été mises en œuvre, en l’occurrence la dissolution du Régiment de sécurité présidentielle (RSP). Une situation face à laquelle le collège de Sages, dont les coutumiers et les religieux étaient membres, est resté impuissant jusqu’en 2015 ; année au cours de laquelle, en la faveur du coup d’Etat de septembre, cette recommandation a été mise en œuvre par la force des choses.  

On peut alors se poser des questions sur l’avenir de cette constante immixtion des leaders religieux et coutumiers dans le bras de fer sociopolitique. Qu’adviendra-t-il de la paix et de la cohésion nationale, gage de stabilité de tout pays, si les leaders religieux et coutumiers qui n’hésitent pas apporter au besoin leur aide dans la résolution des crises n’ont plus de crédit aux yeux de la population pour quelque raison que ce soit ?

Saâhar-Iyaon Christian Somé Békuoné

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