20181029 110908Les lotissements ont toujours constitué un problème majeur au Burkina Faso. En effet, depuis des années, les opérations de lotissements ont toujours été marquées par une série de corruption, et de malversations. Aux premières heures de la Transition, des mesures conservatoires ont été prises parmi lesquelles, la suspension des opérations foncières. Le 25 octobre 2018, un décret portant levée partielle de la suspension  des opérations de lotissements ou de restructuration au Burkina Faso a été adopté en Conseil des ministres. Cette levée touche toutes les communes du Burkina Faso, sauf celles à statut particulier comme Ouagadougou et Bobo-Dioulasso. Une décision qui n’est pas bien perçue pour la coalition des associations pour la défense du droit au logement. Pour avoir sa lecture de la situation  radars info Burkina et allé a la rencontre du secrétaire général de la coalition, Pama NEBIE.

 

RIB : Comment la coalition apprécie-t-elle cette décision du gouvernement de reprendre les lotissements dans certaines communes du pays ?

Pama NEBIE : Par rapport à la mesure du gouvernement de reprendre les lotissements dans les autres villes en dehors de Bobo-Dioulasso et de Ouagadougou, il faut dire que  notre position est connue. Il est clair que nous avons adressé aux autorités ministérielles une plateforme revendicative dans laquelle nous demandons de faire en sorte pour apurer le lourd passif des lotissements. Le lourd passif des contentieux des opérations des lotissements passées notamment en ce qui concerne Ouagadougou les lotissements frauduleux qui ont été réalisés sous l’égide du maire Simon COMPAORE. L’autre revendication ce sont des audits sérieux qui vont impliquer, associer les différentes structures qui sont en lutte pour la transparence dans les opérations de lotissement. Nous disons qu’il faut faire cela comme un préalable  à la levée de toutes mesures de suspension des opérations de lotissements, parce que si vous lisez le rapport des états généraux de lotissement en 2013, qui a conduit à cette mesure de suspension, ce sont bel et bien les fraudes massives dans les opérations de lotissements et cette gestion opaque catastrophique autour de la question du foncier. Nous ne pouvons pas donc comprendre que sans avoir fait l’état des lieux, sans avoir fait justice autour de cela, on s’empresse aujourd’hui de lever la mesure de la suspension. Si vous vous rappelez, l’Assemblée nationale avait fait un rapport  à travers une de ces commissions, la commission d’enquête parlementaire sur le foncier notamment qui a rendu un rapport public en 2016 dans lequel il est révélé des détournements de parcelles à hauteur de 105 000 parcelles. Ce travail a été effectué dans quinze (15) communes. Ce n’est pas Ouagadougou et Bobo-Dioulasso seulement. C’est pour dire que ce qui s’est fait à Ouagadougou en termes de détournement de parcelles, de gestion mafieuse de la question des opérations de lotissements, c’est la même chose qui s’est faite à Bobo-Dioulasso et dans bien d’autres villes du Burkina Faso, donc le problème n’est pas Ouagadougou et Bobo-Dioulasso seulement. Les mêmes causes conduisant les mêmes effets, lever la mesure de suspension des lotissements  sans avoir fait l’état des lieux, il est évident que les vieux démons reviendront. Ajouter à cela, nous avons d’autres revendications que nous avons adressé. Si nous nous regardons ce qui est en train d’être fait a Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, c’est le pillage systématique du foncier par les sociétés immobilières. Alors que la population elle-même quand vous regardez les quartiers soit aménagés, ce sont des quartiers insalubres. Vous allez y voir qu’il n’y a pas de voies. Ce sont des voies poussiéreuses avec des nids de poules et là les conditions de vie ne sont  décentes pour les populations. Dans les zones non loties, c’est pire. Quand vous regardez la question de logements sociaux, aujourd’hui, ce n’est rien d’autres  qu’une manière pour permettre aux sociétés immobilières  de se faire de l’argent, il en est de même pour ce qui de la question des cités  que l’on réalise à l’occasion de chaque 11 décembre.

RIB : Donc pour vous, il ne souffre d’aucun débat que les conditions ne sont pas réunies aujourd’hui pour reprendre les lotissements en toute sérénité ?

PN : Je pense que les conditions ne sont pas réunies, parce qu’il n’y a pas eu d’enquêtes sérieuses sur la question. On a annoncé en 2017 une commission d’enquête interministérielle chargée d’apurer le passif à Ouagadougou et à Bobo-Dioulasso. Vous allez voir que, les travaux ont constitué seulement à recevoir les plaintes  de la population.  Avec un tel travail,  il n’y a pas eu de sortie sur le terrain, pas de vérification, il n’y a rien eu, on ne peut pas venir dire que la situation est aplanie et qu’on peut repartir sur de bonnes bases. Nous disons que s’il faut reprendre, il faut chercher à aller sur de bonnes bases et des bases solides.

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                           Bernard COMPAORE, président de la coalition des associations pour la défense du droit au logement (CADDL)

 

RIB : Que pensez-vous de l’exclusion de la ville de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso dans cette mesure de lever de la suspension des lotissements ?

PN : Nous pensons que cela traduit la peur des autorités vis-à-vis de la mobilisation qui se fait au tour de cette question de foncier et dans ces  grandes villes.  Je sais qu’à Ouagadougou,  des langues se sont déliées autour de la question. en plus de cela, il y a eu beaucoup de manifestations autour de la question comme  la marche-meeting que nous avons tenu le 05 avril 2018 qui a mobilisé du monde. Mais aussi il y a eu d’autres activités que nous avons eu à mener, quand nous sillonnons les différentes zones non loties et les différents quartiers de la ville de Ouagadougou, nous nous rendons compte que cette question tient à cœur beaucoup de Burkinabè, qui sont prêts à aller sur le terrain de la lutte. À Bobo-Dioulasso, nos camarades  qui y sont se battent également et ils ont organisé pas mal d’activités. En décembre il y a eu un forum citoyen qui s’est tenu au cours duquel, on est revenu sur la question du foncier et ce qui ressort, c’est que Bobo-Dioulasso vit les mêmes réalités que Ouagadougou.

RIB : Selon vous quel est le véritable problème des lotissements dans les villes de Ouagadougou et de Bobo-Dioulasso ?

PN : c’est parce que des gens sont avides, ils veulent détourner parce que quand vous regardez au niveau des municipalités, les gens détournent, ils développent tous les astuces possibles pour pouvoir piller le foncier au détriment des populations. Des ventes illicites, des doubles attributions voire des quintuples attributions, nous le vivons dans ces villes. Quand vous regardez, il y a beaucoup de gens qui sont impliqués dans cette question, certains hauts responsables de l’Etat, certains chefs coutumiers. La complexité est liée au fait que les gens à Ouagadougou veulent faire du profit dans le secteur et ils développent des initiatives pour piller ce qui devrait normalement revenir de droit aux populations.

RIB : Comment doit être conduit le lotissement selon la coalition ?

PN : Pour nous c’est simple, il faut de la gouvernance vertueuse  dans ce pays. Il faut que chacun ait ce qui lui revient. Que celui qui a le pouvoir ne puisse pas détourner  pour sa propre personne pour encore donner à  ses amis et  au détriment des résidants  qui ont été régulièrement recensés, qui doivent avoir et qui n’ont pas eu. Cela doit se passer dans la transparence et cela doit être une question qui associe tous les acteurs notamment les organisations de la société civile qui se battent autour de la question. On a  entendu parler des organisations de la société civile qui sont crédibles qui veulent que la population puisse avoir accès au lotissement dans la ville de Ouagadougou et dans les autres villes comme Bobo-Dioulasso.

RIB : Vous l’avez certainement remarqué, il y a beaucoup de non lotis à Ouagadougou.  Pensez-vous que l’on pourra s’en sortir si l’on continue dans cette lancée sachant que bien que tout le monde ne peut pas avoir une parcelle. Que propose la coalition ?

Cela fait parti de notre plateforme revendicative. Nous avons demandé à l’Etat, de construire des logements sociaux, décents  à des prix abordables au profit des populations. Nous défendons le droit aux logements,  pas le droit au titre de propriété privée.  Nous défendons le droit au logement et nous ne pensons pas que dans ce pays il soit impossible de faire en sorte que chacun puisse avoir accès à un logement. Que ce soit à titre de propriétaire ou bien à titre de locataire. Nos actions ne se limitent pas seulement aux zones non loties, même les zones loties ou les gens ont des problèmes de loyer, font partes aussi de nos revendications. Nous exigeons une baisse significative du prix des loyers dans les zones loties. Nous revendiquons pour la réduction du prix des matériaux de construction  au profit de toutes les populations du Burkina Faso. Pour nous, ce qu’il y a lieu de faire, c’est que l’on crée les conditions d’accès à un logement décent pour les Burkinabè. Ce n’est pas en créant des bidonvilles qu’on va résoudre la question. Ce n’est pas en pillant le foncier au détriment de ceux qui doivent avoir qu’on va résoudre la question. Nous avons plaidé aussi qu’on ne peut pas résoudre ce problème sans mettre fin à l’association des sociétés immobilières qui ne se livre qu’à un pillage systématique du foncier. Donc pour nous,  il faut premièrement apurer le passif  du foncier, faire la lumière à travers des audits sérieux, mettre fin à l’action des sociétés immobilières et  aussi réduire le prix des matériaux de construction et le prix des loyers dans les zones loties.

 

Propos recueillis par Edwige SANOU

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