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prostit uneC’est connu de tous, la prostitution est devenue une pratique courante dans les quartiers et les rues de Ouagadougou. Malgré la sensibilisation et la répression de la police, les chambres de passes et autres maisons closes se multiplient dans les secteurs de la capitale. L’industrie du sexe ne fait que prospérer avec des jouvencelles en tenues légères qui vont chaque soir à la chasse aux mâles. Une pratique qui influence négativement l’éducation des enfants vivant dans ces quartiers où ces péripatéticiennes sont installées. 

Pour nous faire une opinion de l’ampleur du plus vieux métier du monde dans la capitale burkinabè, nous avons entrepris d’effectuer le tour de quelques rues et quartiers de la ville de Ouagadougou. Sur la « plus belle avenue » de la capitale, Kwame Nkrumah, nous apercevons des filles postées le long du trottoir qui accostent les passants. L’une d’elles, juchée sur une motocyclette, guette le passage d’un éventuel mâle en quête de plaisir nocturne. Un peu plus loin devant le lycée Nelson Mandela, nous remarquons un autre groupe de filles qui, elles, n’hésitent pas à  siffler les hommes qui passent, qu’ils soient en voiture ou à moto.

De l’autre côté de la voie, depuis le rond-point des Nations unies jusqu’au quartier Dapoya, des filles font le trottoir, arrêtées devant la Banque UBA, l’école des douanes et dans quasiment toutes les ruelles de Dapoya.

 A notre passage, une jeune « trotteuse », visiblement une mineure, nous accoste d’une voix tremblotante pour nous vendre ses charmes. « La chambre, c’est 2000 F et moi-même je prends 3000 », nous propose-t-elle.  Pour décliner poliment son offre, nous lui disons que nous allons faire un achat à la boutique avant de revenir.  « Il ne faut pas partir », dit-elle, « je peux diminuer ».  A quelques mètres d’elle, se tient une autre péripatéticienne, grande de taille avec de longues mèches, drapée d’une mini-robe et qui nous arrête. « Chéri, viens on va rentrer. La chambre fait 5 000 F ; moi je prends 20 000 », nous dit-elle. Quand nous lui faisons comprendre que le prix est au-dessus de notre bourse,  elle reprend : « Toi, tu as combien » ? Nous lui proposons 5000 F. Un prix  qui semble l’avoir choquée puisqu’elle nous rétorque : «  Faut pas gâter mon marché hein, va au Matata ; là-bas, c’est pour ceux qui n’ont rien».

Nous nous rendons alors au « Matata », comme nous l’a recommandé notre interlocutrice. Le constat sur place est ahurissant. Une marée de jeunes filles, comme un jour de marché, dans de petites culottes transparentes et qui laissent voir leur nudité, traînent au milieu du brouhaha des maquis, des boîtes de nuit et le claquement du chewing-gum, mélangé à la fumée de cigarette que certaines laissent échapper de leur bouche.

Le passage d’un homme, potentiel client, provoque un remue-ménage  au sein des filles de joie qui se l’arrachent. « Chéri attends, c’est 2000 F ». Un prix qui attire de nombreux clients parmi lesquels des adolescents. Dans ces couloirs de Dapoya, le sexe s’arrache comme de petits pains.

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A proximité, un « parqueur » semble visiblement débordé par la clientèle qui se bouscule, les uns pour garer, les autres pour repartir. Nous lui demandons alors la nationalité de ces filles. « Ici, c’est la CEDEAO : il y a  des  Togolaises, des Ivoiriennes, les Maliennes, etc. Ce sont les Nigérianes qui sont les plus nombreuses ici, mais il y a aussi nos sœurs burkinabè. Elles n’aiment pas se mélanger aux autres, elles se croient supérieures à elles», nous apprend-il.

Le constat est le même aux alentours du SIAO, tout comme devant l’espace en face du château de Karpala. Il faut avoir le courage de l’admettre, le commerce du sexe dans ces quartiers et bien d’autres zones de la ville, qui foule aux pieds les bonnes mœurs, réduit à néant les efforts fournis par les parents en vue de donner une bonne éducation à leurs enfants. Mme Kabore est mère de deux filles et s’inquiète pour ses bambines. « Je prie Dieu pour avoir de l’argent et déménager de Dapoya.  Je ne souhaite pas que mes enfants grandissent ici. Même nous, les mamans, ne sommes pas épargnées par les avances indécentes de mâles en quête de sexe. Quand tu sors les soirs dans le quartier, beaucoup te confondent à une prostituée. Cela nous choque tellement ! Mais comme il y a des femmes mariées qui se prostituent aussi, on ne peut pas trop parler», déplore-t-elle.

« Nos enfants, ce n’est plus la peine. Regardez-les : ce n’est pas mooré qu’elles parlent ? Ce sont nos propres filles, elles disent qu’elles ne vont plus laisser les Nigérianes, Ghanéens Ivoiriennes, etc.,  venir se faire de l’argent dans leur quartier », nous confie une autre dame.

 « Si vous évaluez le coût de construction d’une boîte de nuit ou encore d’une maison de passe, vous comprendrez que ce sont des hommes forts qui sont derrière ça, de même que certains jeunes des quartiers, car autour des chambres, ils montent une sorte de « péage » et à chaque fois qu’une fille finit avec un client, elle doit leur verser un pourcentage. Et c’est nous, les parents, qui payons les pots cassés car nos enfants grandissent dans un milieu de débauche. La tentation est permanente », affirme Hervé Ouédraogo.

« Nous qui sommes dans ces quartiers, nous avons peur de sortir au risque de voir nos filles dans la rue car ici la prostitution est devenue une pratique très courante», nous confie un riverain.

S’il est vrai que l’argument chaque fois brandi pour justifier la prostitution féminine reste la pauvreté, il faut relever que plusieurs filles que nous avons rencontrées dans la rue ne présentaient aucun signe de pauvreté matérielle. Bien au contraire, elles semblent avoir un niveau de vie enviable, selon un passant à qui nous avons tendu notre micro. « Voyez vous-même, parmi elles il y en a qui ont des motos inaccessibles au citoyen lambda. C’est vraiment un danger pour l’éducation de nos enfants, filles comme garçons, car il n’y a pas que des filles qui sont amies aux prostituées, il y a aussi de jeunes garçons. Il y a des enfants de 15 ans qui vont chez les prostituées. Nous, on n’y peut rien ; on confie ça à Dieu», soutient Salam Segda.

La prostitution dans les rues et les quartiers de Ouagadougou au fil des années a pris des proportions inquiétantes,  réduisant à néant les efforts des parents visant à mettre leurs enfants dans le droit chemin. Une réalité renforcée par l’incapacité de l’autorité à faire respecter la réglementation en la matière. Et tout se passe comme si le VIH-Sida avait été éradiqué. Pourtant, il existe bel et bien avec d’autres nouvelles maladies sexuellement transmissibles aussi dangereuses.  

Pema Neya (Stagiaire)

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