tian uneDe 1966 à nos jours, le Burkina Faso a connu 10 coups d’Etat, dont 9 réussis. Cette culture d’immixtion de l’armée dans la gestion du pouvoir politique, présente l’ex-Haute-Volta comme étant un pays où la violence semble être une ressource politique importante. Dans quelles conditions cette armée fait-elle irruption de manière régulière dans la scène politique et pour quelles raisons ?

Selon feu général Sangoulé Lamizana dans ses mémoires, c’est sous le magistère de Georges Bamina Nébié, ministre de la Défense nationale d’alors sans armée, que les premiers soldats ont été recrutés en 1960. C’est lui, avec l’appui de quelques officiers voltaïques, qui a défini le visage qu’ils comptaient donner à la future armée pendant qu’il y avait encore sur le territoire national la présence des bases militaires françaises. Après avoir recruté les soldats, une discussion fut engagée en 1961, précisément le 18 septembre à Paris, pour le transfert des soldats burkinabè servant dans l’armée française vers la nouvelle armée et également le départ du territoire national des troupes françaises. Après des débats houleux qui ont failli créer un incident diplomatique entre le Burkina Faso et la France, et voyant que la date butoir fixée pour le départ des troupes approchait, le ministre Georges Bamina Nébié ordonna à Sangoulé Lamizana d’acheminer deux compagnies sur Bobo Dioulasso. Cet acte, à l’époque, a été qualifié d’unilatéral et d’inamical par l’ambassadeur de France, Jacques Ravail.  Le 29 décembre 1961, devant les plus hautes autorités nationales et l’ambassadeur de France d’alors, une cérémonie officielle fut organisée en fanfare. Le 1er janvier 1962, le camp Laurent-Champrossa fut rebaptisé camp Ouezzin Coulibaly. Quant au transfert des officiers militaires voltaïques servant dans l’armée française, il a été effectif le 1er janvier 1966. tian 2L’intransigeance du ministre de Georges Bamina Nébié venait d’avoir comme résultats la création de l’armée burkinabè et le départ des troupes françaises du territoire national. Si l’objectif de la création de l’armée voltaïque était de donner à ce pays sa souveraineté, cette armée ne tardera pas à se retourner contre les autorités d’alors. Et c’est depuis le soulèvement populaire de 1966 que l’armée s’est immiscée à plusieurs reprises dans la gestion du pouvoir politique au Burkina Faso.

Pour le professeur Basile Guissou, « au Burkina Faso le pouvoir se trouve au bout des armes ». Selon lui, depuis l’indépendance du Burkina Faso, le pouvoir s’est toujours fondé sur l’armée. Ayant été membre du gouvernement pendant la révolution, il fait remarquer que de cette époque jusqu’en 2015, ce sont les militaires qui ont imposé leur volonté aux civils dans la gestion du pouvoir politique. Selon lui, le pouvoir a duré entre les mains de la soldatesque à telle enseigne que le pays des hommes intègres est devenu contumier du fait. De même, Soumane Touré pense que le Burkina Faso n’a jamais eu d’armée républicaine, car pour lui, tous les présidents qui se sont succédé ont utilisé l’armée pour plus leur propre sécurité plutôt que pour la sécurité des frontières du pays. Il ajoute que la création de l’armée n’avait pas été bien ficelée pour faire d’elle une armée républicaine et que suite aux évènements des 30 et 31 octobre 2014 et au putsch manqué de septembre 2015, la refondation de l’armée burkinabè pour faire d’elle une armée républicaine s’impose.

Saâhar-Iyaon Christian Somé Békuoné

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