kouand uneUne crise secoue l’ex-parti au pouvoir, le CDP, depuis quelque temps. Les divergences se sont même accentuées avec l’annulation d’un congrès extraordinaire qui devait se tenir samedi dernier, suite à une plainte introduite par Mahamadi Lamine Kouanda, secrétaire national chargé des coutumiers et des religieux. Dans une récente déclaration, ce dernier a fustigé l’attitude d'Eddie Komboïgo, président du « parti de l’épi et de la daba », et celle de son entourage. Il a affirmé que le CDP est aujourd’hui à la croisée des chemins. Nous avons rencontré M. Kouanda pour comprendre davantage la situation de crise qui prévaut dans l’ex-parti majoritaire et savoir les pistes de sortie de crise envisagées.

Radars Info Burkina (RIB) : Quelle explication pouvez-vous donner de cette situation de crise que votre parti traverse actuellement ?

Mahamadi Kouanda (MK) : En tant que membre du comité exécutif du parti, je suis chargé des questions coutumières et religieuses. Depuis le 27 janvier 2019, le camarade Eddie Komboïgo ne nous a plus confié de mission : qu'il s'agisse de moi-même, de mon secrétariat ou de mes deux adjoints. Il les fait lui-même ou en charge Achille Tapsoba. Eddie n’a aucun respect pour les gens et, malheureusement, il confond cabinet comptable et communauté politique.  Vous savez, c’est Achille qui devait être en mesure de donner des conseils au président Eddie. Il y a une limite objective dans un parti pour que chacun se sente concerné. C'est pourquoi mes camarades et moi avons estimé qu’il n’y avait pas d’autre solution que de saisir la justice. 

RIB : C’est lors du congrès de mai 2018 que le nombre de membres du bureau politique national du parti est passé de 600 à  1000. Pourquoi c’est à l’approche des élections de 2020 que vous posez cette révision à la hausse du nombre desdits membres comme un problème ?

MK : Au sortir du congrès du mois de mai 2018, les congressistes nous ont donné 90 jours pour nous entendre sur les irrégularités. Après ces 90 jours, ceux d'en face n’ont pas été capables de nous dire que toutes les anomalies relevées avaient été réglées.

 RIB : Qu’est-ce qui explique cet acharnement sur Eddie Komboïgo, à part l’accusation de mal gouvernance du parti ?

MK : J’ai eu à dire dernièrement par voie de presse qu’Eddie avait fait une faute grave, au-delà de sa gouvernance décevante et incompréhensible, en disant que notre parti a bénéficié de 83 millions de francs comme subvention de l’Etat. Et il m’est revenu qu’Eddie Komboïgo à lui seul a pris 45 millions, sous prétexte que c’est lui qui gère les dépenses et organise les meetings.  Pourtant, je n’ai pas manqué plus de trois réunions en un an, à part hier mardi 18 juin 2019. Rappelez-vous qu’aux élections de 2015, j’étais directeur provincial de campagne. En accord avec le parti, j’y ai contribué à hauteur de 75 millions de francs mais jusqu’à présent, le parti ne m’a toujours  pas remboursé cet argent. Sur les 83 millions de francs de subvention de l’Etat, lui, il se sert 40 millions sans même me rembourser ne serait-ce qu’une avance de 10 millions de francs. Ce ne sont pas des actes qui rassemblent mais qui au contraire divisent.

RIB : Vous accusez Eddie et ses acolytes   de forfaiture. Qu’en est-il de l’autre camp, celui de Kadré Désiré Ouédraogo, qui était en meeting le week-end dernier à Ziniaré ?

MK : Je ne sais pas ce que vous voulez comprendre, vous m’interrogez ou bien vous interrogez un autre camp ?

RIB : C’est vous bien sûr, étant donné que vous êtes un membre influent du secrétariat exécutif du parti !

MK : Je ne sais pas ce que vous voulez, le parti est divisé en trois groupes, je suis chef d’un groupe, je réponds de moi et de mon groupe.

kouand 2RIB : Ah bon ? Vous dites que le parti est divisé en trois groupes ?

MK : Soit vous êtes venu me voir en tant que journaliste, et vous me posez des questions ainsi que sur mon groupe et je vous réponds, soit vous êtes venu me voir en tant que supporter d’un groupe  et dans ce cas, je préfère que vous alliez voir ce groupe.

RIB : Nous ne sommes supporter d’aucun groupe.

MK : Ce que je peux vous dire, c'est que moi je ne réponds pas de ce groupe. Est-ce que depuis que vous êtes au Burkina Faso vous m’avez déjà vu à un meeting de Kadré ?

RIB : Pas encore.

MK : Vous voyez que vous n’êtes pas sérieux. Pas encore veut dire quoi ? Dites que vous ne m’avez pas vu tout court.

RIB : Parlez-nous alors des différentes tendances dans votre parti.

MK : Moi, je réponds du groupe de Mahamadi Kouanda. J’ai un groupe et c’est Juliette Bonkoungou la candidate de ce groupe. Elle se soigne  actuellement à Paris, on prie pour elle, qu’elle revienne en bonne santé.  Si vous me demandez pourquoi notre  groupe a fait telle ou telle chose, je vous répondrai sans détour. Mais je ne peux répondre ni pour Eddie ni pour Kadré. A aucun moment le groupe Kadré ne m’a approché, donc je n’ai rien à dire à ce propos.

RIB : En tant que militant réputé du parti, qu’est-ce que vous proposez comme solution de sortie de crise ?

MK : Du moment que nous sommes allés en justice, il n’y a plus de solution à l’interne. J’ai été convoqué à la commission de contrôle relativement à une plainte d’Eddie Komboïgo contre moi le 8 mars et j’y ai répondu. Je suis allé et nous avons discuté pendant plus de 3 heures. Ils m’ont fait savoir qu’Eddie m’a convoqué parce que j’aurais accordé une interview au journal Le Pays et également à Burkina Info. J’ai eu à dire que je ne voterais pas pour Eddie Komboïgo, quel que soit alpha. Eddie a alors estimé que je m’étais exprimé en allant au-delà du cadre du parti. Pour lui, il faut qu’on m’entende et me sanctionne.  Mais les membres de la commission de contrôle, avant de m’entendre, ont relu l’article dans le journal Le Pays. Ensuite, ils ont suivi l’émission de Burkina Info. Et selon la commission, il n’y a pas un seul de mes propos qui soit contre le parti. Pour elle, j’ai critiqué la gouvernance et le comportement arrogant d’Eddie Komboïgo.  Et en ma qualité de cofondateur du CDP, je ne peux pas accepter qu'à chaque fois que quelqu'un prend la tête du parti, ça devienne un problème.

 RIB : Vous êtes toujours dans cette crise et les élections de 2020 approchent, est-ce que le temps ne joue pas contre  vous ?

MK : Honnêtement le temps ne joue pas contre nous. Je pense qu’on va s’entendre tôt ou tard. C’est ce qui est important. Même dans les guerres où les belligérants ont  utilisé des armes, ils ont fini par s’asseoir. Je pense que si on s’assoit ensemble, on va trouver la solution. C’est mon souhait.

RIB : Vous aurez alors un candidat en 2020 ?

MK: Cela ne dépend pas de moi, mais de Dieu.

RIB : Qu’est-ce que Blaise Compaoré, en tant que père fondateur du parti et ayant dans le passé contribué à la résolution de crises  dans la sous-région par sa médiation, peut faire aujourd’hui pour concilier les trois sensibilités au sein du parti?

MK : Il faut poser la question à Blaise Compaoré et non à moi Mahamadi Kouanda. Je réponds de moi et de mon groupe et Blaise Compaoré est au-dessus des groupes.

RIB : Quels sont vos rapports actuels avec lui ?

MK : Ce sont les mêmes rapports qu’avant. Je suis allé le voir et on échange régulièrement.

Propos recueillis par Aly Tinto (Stagiaire)

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