plante uneDans le but de construire un centre hospitalier universitaire dans la commune de Bobo-Dioulasso, une délibération du conseil municipal de ladite ville avait autorisé le déclassement de 160 000 m² de la forêt classée de Kua. Des voix se sont élevées pour manifester leur indignation  face à une telle décision. En réponse, le ministre de l’Environnement a indiqué dans une note adressée au maire de la ville de Sya l’irrégularité de ladite délibération et donc sa non-application. Radars info Burkina a tendu son micro pour recueillir l’avis de la population sur la question.

Moussa Traoré, ingénieur forestier au ministère de l'Environnement : « Le ministère de l'Environnement ne peut pas donner son aval pour le déclassement partiel ou total d'une forêt classée. Ce serait la porte ouverte au déclassement d’autres forêts. En plus, ce n'est pas du ressort d'un conseil municipal de déclasser une forêt. Je pense qu'ils ignorent d'abord les textes qui régissent nos forêts et en plus ils sous-estiment les bienfaits des forêts classées. Ils se sont plus focalisés par l'hôpital et ont oublié les questions environnementales. Un pays comme le Burkina avec ses forêts en souffrance devrait plutôt les renforcer plutôt que de chercher à les déclasser sous prétexte qu'elles sont dégradées. Si c'était une formation naturelle non classée, il n'y aurait pas de problème. Mais une forêt classée, c'est sacré ».

Mohamed Zida, étudiant et membre du cadre « 2 heures pour Kamita » : « C'est une très bonne nouvelle de mon point de vue dans la mesure où nous avions fait des posts sur les réseaux sociaux pour dire notre indignation de cette destruction en masse d’arbres qui se préparait à Bobo. zid uneCette décision du ministère est à saluer mais en même temps, c'est le lieu de rappeler à tous les citoyens burkinabè que nous sommes un pays sahélien et que point n'est besoin d'évoquer l'importance des arbres et la protection de l'environnement. Le changement climatique a des répercussions sur notre écosystème. Travaillons donc à minimiser le plus possible la destruction du peu de forêts que nous avons car la forêt en elle-même est un hôpital dans la mesure où elle dégage de l'oxygène qui profite aux populations. De plus, je voudrais ajouter que nos intellectuels doivent se revoir. Le vieux Yacouba Sawadogo, sans avoir été à l'école à passer 40 années de sa vie à lutter contre la déforestation en plantant des arbres. Le résultat est sans appel aujourd'hui. Le maire et son conseil municipal, par contre, n'ont pu mesurer l'enjeu lié à la protection de l'environnement bien que bardé de diplômes et de titres ronflants. »

Moussa Dia, fixeur : « Je salue la décision du ministère de l’Environnement. Ce n’est pas normal de déclasser  une forêt classée  telle que la forêt de Kua qui est un site et même un espace sacré. C’est un refuge pour les élèves et étudiants qui ont besoin de calme pour étudier. Combien de gens profitent de nos jours de cette forêt, combien d’espèces vont disparaître dans cette destruction ? Ce n’est pas l’espace qui manque à Bobo pour construire un centre hospitalier universitaire ! A Belle ville, il y a de l’espace ; sur la route de Banfora il y a de l’espace, sur la route de Farakoba, il y a également de l’espace ».

 

Eric Sanou, étudiant en droit : « Il faut dire que cette décision du ministre de l’Environnement est un ouf de soulagement dans la mesure où la forêt classée du Kua représente un héritage immense dont il faut prendre soin.  san uneLe projet de construction d’un centre hospitalier universitaire est certes une bonne cause, mais il y a suffisamment de place à Bobo pour le faire. Détruire une partie de cette forêt serait une grande perte pour le Burkina. »

Propos recueillis par Edwige Sanou