maroc telecom onatelEn décembre 2006  à la faveur d’une opération de privatisation à laquelle avaient participé plusieurs groupes régionaux, Maroc Télécom acquérait 51% du capital de l’Office national des télécommunications (ONATEL SA). Douze ans (12) plus tard, soit en avril 2018, le Burkina Faso revend 10% de ses parts sur les 26% qu’il possède à ce groupe. La transaction a eu lieu sur la Bourse régionale des valeurs mobilières (BRVM) et a porté sur un total de trois millions quatre cent mille (3.400.000)  actions ONATEL BF, vendu au prix de huit mille (8.000) francs CFA chacune, soit une valeur totale de vingt-sept milliards deux cent millions (27.200.000.000) de francs CFA. Cette opération permet ainsi à Maroc Telecom de porter à 61% sa participation au capital de sa filiale burkinabè. Si en 2006, l’une des raisons avancées, pour procéder à la privatisation de l’ONATEL, était qu’il fallait s’attacher un partenaire stratégique capable d’apporter l’investissement nécessaire au développement des infrastructures de télécommunications, vu que notre pays accusait un retard et que les moyens de l’Etat étaient limités, aujourd’hui, les partenaires sociaux se posent des questions sur l’opportunité d’une telle vente eu égard surtout des 18.000 milliards que le gouvernement a dit récolter pour financer son Plan de développement économique et social (PNDES).

 

antenneLe 17 avril 2018, le gouvernement du Burkina Faso procédait à la vente de 10% du capital détenu par l’Etat Burkinabé dans la société ONATEL SA, à Maroc Télécom, renforçant ainsi la mainmise de celui-ci dans la possession de l’ONATEL. Maroc Telecom qui détenait 51% de capital depuis 2006 passe désormais à 61%. L’acquisition qui s’est faite sur la bourse régionale des valeurs mobilières d’Abidjan, a été valorisée à 41 millions d’euros (26 885 245 901 Fcfa). Soit 3 360 655,7376 actions à 8 000 Fcfa l’unité. L’Etat burkinabè détient maintenant 20% de part contre 13% pour les actionnaires publics, et 6% pour le personnel.

Cette démarche s’inscrit aussi dans le cadre du partenariat noué en 2006 entre Maroc Telecom et l’Etat burkinabé qui portait sur la privatisation de l’opérateur de télécommunication ONATEL. Ce partenariat ONATEL/Maroc Telecom selon les deux parties, a pour ambition d’être un exemple de partenariat Sud/Sud réussi et rayonnant aussi bien dans la sous région qu’en Afrique, tant par le rendement que par la diversité des offres toujours innovantes.

Pour ce faire, le développement de l’ONATEL à travers cette privatisation doit se fait à travers la réalisation de grands projets. Il s’agit du renforcement de la couverture du Mobile et du Fixe, du renforcement,  de la fiabilisation et de la sécurisation des infrastructures de transmission, du développement des offres avec de nouvelles technologies.

synatelSa privatisation partielle en 2006 visait donc à ouvrir une ère nouvelle, non seulement au secteur des TIC, mais également au Burkina Faso tout entier. Toutefois, douze (12) ans après ce partenariat, les travailleurs de la défunte nationale des télécommunications, estiment que le groupe marocain n’a pas respecté les cahiers de charges signés en 2006. « Le constat est que depuis cette privatisation, l’élan qu’avait pris l’ONATEL société d’Etat en matière de développement des infrastructures de télécommunications a été stoppé. L’ONATEL société d’Etat avait un plan d’équipement qui devrait voir la réalisation de gros projets d’infrastructures de télécommunications. A l’arrivée de Maroc Télécom tous ces projets ont été abandonnés et pendant longtemps il n’y a pas eu d’investissement dans ces domaines. La défaillance de Maroc Télécom à ce niveau était telle que le gouvernement, une dizaine d’années après, ayant pris la mesure du danger que cela représentait pour notre pays, a décidé d’injecter plusieurs milliards de francs CFA pour construire des infrastructures de télécommunications au bénéfice de la nation. Cela signifie que le repreneur n’a pas respecté ses engagements en matière d’investissement. Le niveau de développement des infrastructures de télécommunications que l’Etat espérait en 2006 et qui l’avait poussé à céder 51% du capital de l’ONATEL, il ne l’a pas obtenu. Et ce retard est énorme aujourd’hui pour notre pays. Nous en avons fait le constat en octobre 2016 avec le Premier Ministre et celui-ci était d’accord avec nous. De façon concrète au niveau des populations, cela se traduit par des difficultés d’accès aux services de télécommunications (dégradation de la qualité de services, lenteur des connexions internet, insuffisance de couverture, abandon du téléphone fixe…). Au niveau économique, le cahier des charges fait obligation de recruter du personnel. Maroc Télécom n’a pas respecté cela, car depuis une dizaine d’années, le recrutement est quasiment nul à ONATEL SA. En matière de gestion de l’entreprise, les travailleurs ont toujours dénoncé une gestion opaque qui pourrait faciliter une fuite organisée de capitaux. L’Etat, au moment de la privatisation et la répartition des postes, ne s’est pas donné les moyens de contrôle de la gestion de l’ONATEL SA », dénonce le Syndicat National des Télécommunications (SYNATEL).

C’est pourquoi, le SYNATEL interpelle le Président du Faso au regard de sa responsabilité devant l’Histoire, dans la gestion des intérêts de l’Etat. En effet, pour lui, même si le désengagement accru de l’Etat d’un secteur aussi stratégique et sensible que celui des télécommunications n’est pas une bonne chose, l’objet de cette interpellation tient au fait que ce désengagement permet le renforcement de la position d’un partenaire qui n’est pas soucieux du développement des infrastructures de télécommunications au Burkina Faso.

images maroc telecomD’ailleurs, en 2016, suite à son congrès, le SYNATEL demandait au gouvernement THIEBA de faire le bilan de dix ans de privatisation de l’ONATEL. Un bilan, qui selon les travailleurs de l’ONATEL allait permettre de passer en revue les conditions de privatisation, le respect des engagements des parties, la gestion etc. et de s’assurer que les intérêts du Burkina Faso sont préservés et au besoin reconsidérer certaines clauses. Cette demande avait recueillie l’assentiment du Premier Ministre Paul Kaba THIEBA qui avait reconnu la nécessité d’un tel bilan et avait instruit le ministre en charge du développement, de l’économie numérique et des postes d’initier quelque chose dans ce sens. « Sans faire ce bilan qu’il a pourtant jugé nécessaire, et mieux sans boucler le processus de privatisation,  notamment la cession de 6% aux travailleurs, le gouvernement montre, comme pour dire aux travailleurs de l’ONATEL et aux citoyens, que son souci n’est pas tant, que Maroc Télécom respecte ses engagements de développer les infrastructures de télécommunications, mais plutôt qu’il soit seulement prêt à acheter des actions pour permettre au gouvernement de résoudre un problème conjoncturel, a décidé de lui céder en plus 10% des parts de l’Etat », s’indigne le SYNATEL.

Par ailleurs, le SYNATEL tout en estimant que le gouvernement fait preuve d’un manque de vision en se désengageant d’une entreprise aussi stratégique comme l’ONATEL alors que l’Etat marocain lui-même détient une part importante du capital de Maroc Télécom, regrette le choix des partenaires étrangers au détriment des investisseurs locaux pour cette liquidation. « Quoiqu’opposé à une perte de souveraineté de l’Etat dans ce secteur stratégique des télécommunications, le SYNATEL pense que s’il y avait une nécessité absolue pour le gouvernement de céder les 10%, il aurait pu le faire à des investisseurs nationaux », critique-t-il. Même son de cloche pour l’Union pour le progrès et le changement (UPC) qui estime que « les conditions de cette cession posent problème. Si l’Etat ne veut pas de  ses actions, les épargnants burkinabè en veulent. Un tel désengagement de l’Etat était une occasion rêvée pour rendre de nombreux citoyens burkinabè « propriétaires » de « leur » ONATEL. En choisissant un arrangement « moutamouta » avec Maroc Télécom, en lieu et place d’une ouverture du capital aux citoyens burkinabè « lambda », le gouvernement a fait un bradage du patrimoine national ».

Logo UPC 300x212Aussi, à l’instar du SYNATEL, l’UPC dit être surpris par ce bradage du patrimoine national et s’interroge de facto sur l’opportunité d’une telle action. « S’agit-il d’une opération purement financière ? Nous en doutons car cela voudrait dire que notre Etat est dans une  difficulté financière telle qu’il brade une partie du patrimoine national pour quelques malheureux milliards. Or c’est le même gouvernement qui nous a claironnés ici qu’il a récolté 18.000 milliards pour financer son PNDES dont on peine du reste à voir les résultats. S’agit-il de faire plaisir au Royaume du Maroc en vue d’obtenir son soutien lors des futures échéances électorales qui s’annoncent déjà perdues pour le MPP ? Faut-il voir là un manque d’intérêt du gouvernement MPP pour un secteur aussi stratégique que celui des télécommunications ? », se demande le parti du lion.

Pour l’UPC, « nous assistons manifestement à une fuite de responsabilité du gouvernement de Roch Marc Christian KABORE, qui, au lieu de veiller à ce que les intérêts de l’Etat burkinabè soient préservés, préfère se désengager en vendant 10% de ses actions à cette même société qui n’aurait  pas respecté ses engagements. Et ce, au moment où le même gouvernement, à travers des discours démagogiques, dit œuvrer au développement du secteur des TIC ».

Si le SYNATEL proteste vigoureusement contre cette transaction opérée par le gouvernement qui selon lui fragilise davantage l’Etat et renforce les capacités d’un partenaire qui se soucie peu du développement du Burkina Faso, l’’UPC quant à lui, se joint au  SYNATEL pour interpeler le Président Roch Marc Christian KABORE et son gouvernement sur la nécessité de préserver les intérêts de l’Etat et de garantir un meilleur service de télécommunication aux populations. « Cela relève de son devoir et de sa responsabilité, car le secteur des télécommunications doit être une priorité pour le gouvernement, et non une vache à lait pour nourrir le PNDES, ou un instrument de quête d’un  soutien politique du Royaume du Maroc », estime l’UPC.

Que cela ne tienne, Le SYNATEL doute qu’au bilan de l’Histoire, ce gouvernement ne soit reconnu comme celui qui se serait assis sur la gouvernance chaotique constaté ces dernières décennies, pour fragiliser notre Etat, enfoncer notre pays dans une crise structurelle et favoriser sa recolonisation par le biais des multinationales.


Candys Solange PILABRE/ YARO

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