CaptureLa réflexion sur la restitution aux Etats africains des œuvres d'art pillées par l'Occident durant la colonisation est saluée en Afrique. Mais elle soulève de nombreux problèmes pratiques et philosophiques.

Le vendredi 23 novembre sera remis à Emmanuel Macron le rapport sur la restitution des œuvres d'art aux Etats africains.  Il s'agit d'œuvres pillées durant la colonisation par les pays occidentaux. Le président français a promis, lors de son discours à Ouagadougou en 2017, une restitution "dans les cinq ans". Mais le retour de ces œuvres se heurte au manque de musées sur le continent... entre autres difficultés. 

Une bonne idée en théorie

Sur le papier, la restitution des œuvres pillées aux peuples qui les ont créées est une bonne idée. Elle permettra à la fois de familiariser les Africains avec leur patrimoine, pour l'heure quasi inaccessible car exposé à des milliers de kilomètres du continent.

C'est dans cette perspective de rétablir l'équité que le Bénin a figuré parmi les premiers pays à réclamer le retour de ses biens culturels de l'époque du royaume de Dahomey.

Happy Goudou, journaliste béninois, explique que le Bénin a besoin de ces biens pour renforcer son économie nationale et pour donner de l'emploi aussi aux gestionnaire du patrimoine culturel, aux conservateurs et il y en a plein sur le terrain."

Pour Ousmane Aledji, conseiller culturel du président béninois Patrice Talon, la construction de nouveaux musées va favoriser l'essor touristique du pays. D'ailleurs, il assure que "que la mise en place de ces infrastructures est très avancée, on est déjà à l'élaboration des plans architecturaux pour ces lieux là, il y en a quatre ou cinq de prévus".

Eduquer les consciences au patrimoine culturel

Encore faut-il que les Etats africains fassent de la culture une priorité politique. Or, dans de nombreux endroits, les urgences sont ailleurs.

Outre les problèmes de conservation des œuvres dans leur milieu d'origine, Oumar Kamara, professeur en histoire de l'art à l'université de Bamako, déplore pour sa part que les universitaires africains qui font des recherches sur leur propre culture soient obligés de parcourir le monde et de lire des textes écrits sur leur histoire par d'autres.

"Aujourd'hui, le Musée national du Mali à Bamako organise des visites avec des scolaires et des universitaires, explique le professeur. Mais même les intellectuels n'y vont pas, la plupart des visiteurs sont des Européens. Dans toutes les universités, il faudrait introduire des cours d'histoire de l'art transversaux qui parlent de l'art africain, pour toucher les intellectuels."

Oumar Kamara pose également la question du cadre adéquat pour mettre en valeur les œuvres récupérées : faut-il absolument des musées comme écrin, une invention du XIXe siècle occidental ? Ou les ramener dans les cases sacrées, d'où certaines de ces œuvres proviennent ?

"Est-ce qu'on doit revenir en arrière et les exposer dans des cases sacrées ? Parce que je rappelle que ce n'étaient pas non plus toutes les couches sociales qui y avaient accès à l'origine. Il fallait demander à des entités supérieures de faire des incantations. Est-ce que ces sculptures vont rentrer dans ces cases-là ?"

Car ces objets étaient avant tout des objets cultuels, pas des œuvres d'art. "La notion d'art n'a pas la même fonctionnalité qu'en Europe. Ce sont les Occidentaux qui ont fait apparaître le terme d'art qui crée la dichotomie entre artisanat et art. Nous, au départ, nous avions des sculptures qui rentraient dans notre vie de tous les jours."

Quoi qu'il en soit, le professeur Kamara ne pense pas qu'un prêt de la Joconde à un musée africain soit envisageable de sitôt.

 

Source : https://www.dw.com/fr/rendre-leur-art-aux-africains/a-46407786

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