bendré uneLa musique à base d’instruments traditionnels occupe une place importante dans la société traditionnelle burkinabè. La modernisation, même si elle a changé la façon de vivre des Burkinabè, n’a pour autant pas tué la symbolique des instruments traditionnels comme le bendré, qui continue de jouer son rôle d’antan dans la grande famille moaga ; celui de galvaniser en temps de peur, d’inquiétude, d’incertitude et de donner des informations sur le contexte économique, social, politique et culturel dans la société. Depuis des siècles donc, le cet instrument occupe une place prépondérante dans la culture et la tradition de l'ethnie moaga au Burkina Faso, car il symbolise la légitimité royale et la pérennité de la nation. Instrument sacré par excellence, on fait sonner le bendré lors de circonstances extraordinaires. Dans l'ancien temps, ses battements annonçaient de grandes nouvelles et des manifestations exceptionnelles : intronisation, funérailles d'un roi, etc.

Le bendré est un instrument traditionnel qui est incontournable dans la culture moaga. Loin d'être un instrument de musique d'agrément, il rythme la vie de la société et les cérémonies, tant sur le plan festif que sur le plan rituel. On l'entend lors des funérailles, de l'intronisation d'un nouveau chef, de festivités rituelles ou lors d'un message grave ainsi que tous les actes officiels de la cour. Selon le Bendré Naaba de Gounghin, dans la société traditionnelle moaga, à chaque fois qu'on entend un bendré, c'est un message qui est envoyé : appel à la guerre, à un travail quelconque, message de danger ou de réjouissance, etc. Le bendré délivre donc un message que seuls les initiés peuvent comprendre.

Ainsi, hormis le discours écrit et oral, il existe le discours tambouriné dans la société traditionnelle. Dans cette langue du bendré, pas de sujet, de verbe ou de complément. C’est une juxtaposition de devises et de formules. Chaque roi choisit sa formule. Chaque métaphore donne des informations sur le contexte économique, politique, social et culturel. Ainsi dans cette culture de l’oralité sans registre ni archive, le bendré parleur renferme l’histoire du pays mossi et des différentes cours royales qui le composent. Toutefois, il faut en connaître les codes pour décrypter le discours. « Dans le passé, les instrumentistes étaient comme des journalistes, car ils étaient chargés de raconter les évènements. En période de guerre, ils étaient épargnés », explique le Bendré Naba de Gounghin.

bendré 2De façon intrinsèque, le bendré est attaché au pouvoir du Mogho Naaba. Ainsi, il est aussi chargé de rappeler les hauts faits de la dynastie ainsi que les qualités des Mossé. Il symbolise la tradition de l'ethnie moaga et assure sa cohésion sociale. La particularité de cet instrument est sans conteste sa fonction sacrée. En effet, dans la société moaga, le bendré occupe la première place parmi les instruments royaux. C'est le Ben Naaba, chef des tambourinaires (Yumba), qui en joue, assis ou debout à l'aide des doigts des deux mains, regroupés ou ouverts. On le frappe au centre ou sur les bords pour donner les sons qui correspondent au langage voulu par le protocole de la cour royale. Le griot traditionnel (Yumba) évoque les mânes en jouant du bendé. Il représente les prêtres dans les coutumes mossé lors des fêtes coutumières. Il est le lien entre les mânes et les vivants et invite les premiers à se réjouir avec les hommes en participant à la fête. Lors du décès d'un roi ou d'une personne âgée, Yumba évoque les mânes pour qu'ils reçoivent le défunt ; il demande la protection des vivants et les prie de les épargner. En outre, il joue le rôle de communicateur entre le roi et son peuple. Il annonce les bonnes et mauvaises nouvelles du royaume, annonce aussi les entrées et sorties du roi et fait respecter le protocole des rites, des traditions et des coutumes au point d'en être le garant.

Il faut rappeler que le bendré fait partie de la famille des tambours issus des membranophones (percussions dont on fait résonner une membrane). Sa forme est immuable et est composée d’une grosse calebasse dont on a coupé seulement une partie en haut (un cinquième) dont l'ouverture est fermée d'une peau de mouton ou de chèvre maintenue par des cordelettes de cuir à un anneau métallique placé sous l'instrument.

Selon le Bendré Naaba de Gounghin, le Bendré date du règne du Naaba Oubri, petit-fils de Ouédraogo et fondateur de Ouagadougou au XIIIe siècle. Selon ses explications, l'instrument appartenait à un génie : lorsque Oubri quitta Tenkodogo pour conquérir Ouagadougou avec sa troupe, ils firent une halte de plusieurs jours près d'un bosquet pour se reposer. Chaque jour à la même heure, le son d'un tambour se faisait entendre dans ce bosquet. Intrigué par ce son, Oubri fit encercler le bosquet par sa troupe qui découvrit à l'intérieur des fourrés, un génie qui jouait du tambour. Le génie prit peur et s'enfuit en laissant le tambour. Un guerrier s'empara de l'instrument et revendiqua sa trouvaille : "C'est moi qui l'ai trouvé", "C'est moi qui ai vu", C'est ainsi qu'on a surnommé "Yintga", l'ancêtre des Benda qui acquit dans le bosquet une connaissance de l'instrument et son aspect sacré. Yintga appela le tambour "bendré", encouragé par Oubri qui se sentait galvanisé par le son de l'instrument.

bendré 3De nos jours, le bendré reste sacré tout en étant devenu populaire. Toutefois, on doit malheureusement constater que la modernisation de la société engendre aussi l'absence de valorisation de l'instrument et du métier des Yumba. Cette culture est en train de disparaître.
Selon les traditionnalistes, à la mort du Ben Naaba du Mogho Naaba, la famille du Benda de la cour royale du Mogho Naaba n'avait plus personne pour manier l'instrument pour la succession ; or dans la tradition s'il n'y a pas de bendré, il n'y a pas de naam (chefferie ou roi) , et s'il n'y a pas de naam (ou chefferie), il n'y a pas de bendré.  Il a fallu alors chercher dans d'autres familles de Benda afin de trouver un successeur au Ben Naaba du Mogho Naaba.

 La société a hérité de l'instrument Bendré et du métier des Yumba. Elle a donc l'obligation de les transmettre aux générations futures, car comme le disait le professeur Joseph Ki-Zerbo, « nul n’a le droit d’effacer une page de l’histoire d’un peuple, car un peuple sans histoire est un monde sans âme ».

Candys Solange PILABRE/YARO

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