bor uneSeydou Boro est un chorégraphe danseur qui évolue dans le milieu depuis une vingtaine d’années. Cofondateur, avec Salia Sanou, du centre de développement chorégraphique la « Termitière », il utilise au quotidien le canal de la danse contemporaine pour évoquer divers maux que vivent nos sociétés. Radars Info Burkina (RIB) lui a tendu son micro pour mieux comprendre cette passion qui l’anime et le fait vivre.

RIB : Est-ce qu’aujourd’hui la danse contemporaine n’est pas élitiste ? Beaucoup de Burkinabè la connaissent-ils ?

SB : Je ne pense pas que la danse contemporaine soit élitiste. La danse, ce n’est qu’un corps en mouvement et ce mouvement véhicule un sentiment et des émotions. On peut donc le partager avec tout le monde. Il faut seulement avoir le regard avec les yeux du cœur, laisser parler les émotions, les ressentir, mais ne pas chercher une lecture théâtrale par exemple ou faire comme si c’était a+b+c et on continue. Il faut regarder seulement cela émotionnellement.  Donc notre métier, c’est ce travail de mouvement et vraiment cette parole que nous défendons au Burkina Faso avec Salia Sanou depuis une vingtaine d’années. Nous avons également formé beaucoup de danseurs et d’artistes (environ 400) qui sont aujourd’hui des professionnels et vivent de ce métier.

RIB : Beaucoup ne comprennent pas le langage de la danse contemporaine, comment le rendre accessible au commun des mortels ?

SB : Avant de commencer la danse, il y a toujours un sujet qui va créer la gestuelle. Donc il y a toujours une thématique à partir de laquelle nous improvisons pour rendre le sujet visible physiquement, et dans la danse et dans le mouvement. C’est ce que nous essayons de raconter. Par exemple je suis en train de travailler sur « Kotéba », une pièce que je danse actuellement et qui parle du viol et de l’inceste. Donc quand on regarde la pièce, on comprend que je suis en train de travailler autour de cette gestuelle-là. C’est vraiment dans cette optique qu’il faut voir la danse et ne pas se dire que c’est juste réservé à une catégorie de personnes. Nous formons beaucoup de danseurs, des enfants, des adultes, qui peuvent après se découvrir une vocation pour la danse. Certains font le choix de dire qu’ils veulent savoir travailler la danse juste pour un plaisir, on peut le faire aussi. Mais nous, nous avons opté d’en faire un métier et d’en vivre.

RIB : Lorsque vous dansez, avez-vous l’impression que le public perçoit le message véhiculé ?

SB : Avant de concevoir une pièce, il y a toujours un regard extérieur, avec un assistant qui observe ce que nous sommes en train de créer. Par la suite, nous discutons pour savoir si ce que nous sommes en train de raconter est perceptible ou pas. C’est donc en fonction de cela que nous mettons sur pied la chorégraphie. On dit « chorégraphier un mouvement ou chorégraphier un récit ». On chorégraphie dans l’espace, c'est-à-dire que le déplacement du corps compte avec le mouvement de la danse.

RIB : Comment avez-vous, en tant que Burkinabè, appris la danse contemporaine, puisque l’on a tendance à croire que c’est une danse qui a plus de cote dans les pays occidentaux ?

SB : Danse contemporaine signifie juste une danse actuelle, et les Burkinabè suivent eux aussi l’actualité et vivent avec leur temps. J’ai personnellement commencé par le théâtre avec Amadou Bourou et ensuite j’ai pratiqué les danses traditionnelles dans la compagnie Feeren. C’est ensuite que j’ai rencontré une chorégraphe française avec qui Salia et moi avons fait tout le parcours chorégraphique et artistique. Nous avons donc été au centre chorégraphique national de Montpellier,  pendant 20 ans nous avons travaillé avec elle et nous revenions au pays pour former des danseurs. Et avec le temps nous nous sommes dit que ce serait bien qu’il y ait un temple de la danse. Et c’est ainsi que nous avons créé le centre chorégraphique de Ouagadougou. Nous avons par la suite mis un festival en place qui s’appelle « dialogues de corps », pour rendre plus visible le travail que nous faisons. Dans le cadre de ce festival, nous permettons aux jeunes danseurs et chorégraphes que nous avons formés de prester et de montrer le talent qu’ils ont.

bor 2RIB : Qu’est-ce qu’il faut pour être un bon danseur contemporain ?

SB : C’est un training quotidien, c’est comme à l’école où on apprend chaque jour. Tous les jours il y a un entraînement du corps à faire. Même moi à mon âge, quand je me lève le matin je dois faire mes étirements et répéter tout le temps. Ce travail de répétition est nécessaire. Certains pensent que l’on monte une pièce en 1 jour mais ce n’est pas exact. Quand on monte une pièce chorégraphique d’environ 1h, ça peut prendre 6 mois. Une pièce, c’est du temps et de l’argent, il faut savoir aussi qu’à travers ce que nous faisons, nous apportons beaucoup de devises au pays. Dans le cadre de « dialogue de corps », lorsque l’on fait venir tous ces professionnels du domaine, cela signifie que l’on investit économiquement. Avec Salia, nous sommes bien connus sur le plan international donc cela fait connaître aussi le pays au-delà de nos frontières. Et nous sommes fiers aujourd’hui de permettre à de jeunes danseurs de vivre de leur métier et de faire vivre également leurs familles. C’est aussi cela, l’enjeu de tout ce que nous faisons.

RIB : La danse contemporaine semble assez physique, est-ce qu’il faut un certain type de corps pour pouvoir la pratiquer ou est-ce qu’il faut un régime alimentaire adapté ?

SB : Il faut avoir une exigence du corps, il y a un training quotidien à faire. Mais ce qu’il faut surtout retenir, c’est que tout corps peut danser. Et avoir une bonne hygiène de vie permet d’aller beaucoup plus loin dans le domaine. Il faut maintenir le corps parce que c’est notre outil de travail.

RIB : Vous avez reçu des distinctions au Burkina et ailleurs ?

SB : Je suis commandeur de l’ordre des arts et des lettres en France et chevalier au Burkina.

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