zikkLa fête de la musique est une idée du musicien américain Joël Cohen Jochen qui remonte à 1976. A ses débuts, elle était célébrée dans seulement deux villes françaises, à savoir Paris et Toulouse. La célébration a pris son envol en 1982 avec l’appui de l’Etat français. Aujourd’hui, cette fête est célébrée dans 340 villes à travers le monde. Une occasion pour Radars Info Burkina de jeter un regard sur l’histoire, l’actualité et le futur du show-biz burkinabè.

La naissance des premières formations musicales au Burkina Faso remonte au temps de la Haute Volta. Au départ, elles étaient essentiellement composées de membres de race blanche. C’est vers la fin de 1940 que naîtra par les soins d’Antoine Ouédraogo la première formation musicale voltaïque, dénommée « Harmonie voltaïque ». Après les indépendances, les premières autorités nationales n’ont malheureusement pas eu de politique musicale comme plusieurs pays africains tels la Guinée et le Mali, ce qui a permis à des groupes tels que le Bembéya jazz national et à Salif Keita d’émerger.

De 1966 jusqu’à la révolution de 1983, le pays est géré par des régimes d’exception avec de multiples couvre-feux qui ont influé sur les soirées culturelles et les spectacles. La vision sociale des révolutionnaires a eu un impact sur la musique, car pour eux il fallait que tout le monde ait droit aux loisirs. Leur objectif était également de contrôler les mœurs dans les boîtes de nuit. Ils ont donc imposé un prix forfaitaire de 300 F d’entrée lors des spectacles aux tenanciers des bars et aux promoteurs de spectacles. Une somme insuffisante pour la vitalité de la musique et du show-biz, comme nous l’a confié Noufou Méneptah Zougmoré, journaliste.

S’il est vrai que ces actions étaient profitables à la classe moyenne, il n’empêche qu’elles ont engendré la fermeture de plusieurs bars ainsi que la disparation de nombreux orchestres qui ne pouvaient plus vivre du métier. Néanmoins, il faut reconnaître à Thomas Sankara le mérite de la construction de plusieurs Centres populaires de loisirs (CPL) et de salles de cinéma (Ndlr : 25 salles en seulement une année). Le show-biz a véritablement pris son envol après la fin des régimes d’exception en 1990, mais surtout à partir des années 2000.

Aujourd’hui, le show-biz burkinabè a connu une certaine évolution, car des artistes burkinabè sont sollicités pour des spectacles à travers le monde. Ils sont de plus en plus présents sur des scènes internationales et leurs œuvres diffusées sur des chaînes de télévision du continent, voire du monde. Certains parviennent à signer des contrats avec de grandes maisons telles que la célèbre maison de production américaine Sony. Cependant, le manque à gagner reste énorme, selon Hervé David Honla, journaliste culturel. « On ne peut se faire valoir à l’international qu’en présentant nos valeurs culturelles. Si nous faisons dans le coupé-décalé ou l’afro-pop chanté en mooré ou en dioula, ce n’est pas de la musique de chez nous. Mieux vaudrait écouter ceux qui l’ont créée. Par contre, si nous faisons ce même coupé-décalé ou cet afro beat en intégrant nos rythmes dans le juste milieu, la différence se fera vite remarquer. Le Nigeria, le Cameroun en sont de bons exemples. C’est également un travail qui devrait se faire à la chaîne. Ne jetons pas seulement l’anathème aux créateurs. Notre industrie musicale n’a jamais décollé, elle reste à la traîne.

musik 2 Notre marché musical n’est pas présent parce que nous n’avons pas des professionnels aguerris en matière d’exportation de notre musique. Pour qu’elle se vende, il faut que nous ayons d’excellents promoteurs de spectacles qui peuvent faire venir de grosses pointures mondiales sur nos grandes scènes », argumente-t-il.

Sur l’évolution de la musique burkinabè, Noufou Meneptha Zougmoré, lui, a un avis différent. Il affirme que notre musique ait connu des péripéties politiques hostiles à la création et à sa vitalité sur une longue période d’exception, ajoutées à cela les difficultés économiques du pays, les artistes burkinabè ont tenu bon. « Très souvent, les gens font la comparaison entre nos artistes et les artistes ivoiriens, ghanéens ou nigérians. Ce qui est une erreur car ces pays ont eu des régimes stables, une situation économique intéressante et dès le début, ils ont eu des politiques culturelles énormes. Leur musique a bien évolué et les Burkinabè écoutent et jouent leurs titres dans leurs maquis et bars. Plusieurs artistes burkinabè sont très sollicités au pays comme à l’étranger, mais la musique burkinabè a plutôt besoin d’un bon management qui la rendra encore plus visible et positionnera des artistes tels Floby, Alif Naaba et bien d’autres qui font un travail impeccable et n’ont rien à envier aux stars des autres pays », affirme-t-il.

Autres reproches faits aux artistes burkinabè, certains observateurs les jugent complexés et leur reprochent de vouloir ressembler ou de copier leurs collègues des pays voisins. A ce propos, Hervé Honla soutient que « ce n’est pas forcément ce qui vient d’ailleurs qui est excellent. Le marché mondial nous impose certains codes, mais ce n’est pas pour autant que nous devons tricher. S’inspirer est un devoir mais copier est une paresse. Notre musique évolue en dents de scie. Ceux qui s’emploient à nous présenter une musique homogène puisée dans notre patrimoine musical ne sont pas sous les feux des projecteurs. C’est malheureusement ceux qui égrènent à longueur de journée des musiques samplers sur des ordinateurs avec des rythmes empruntés d’ailleurs à qui on fait la part belle. Mais, elles restent éphémères et stagnent localement sans pour autant voyager ».

La musique burkinabè a connu une histoire au rythme des différents coups d’Etat militaires qui ont secoué le pays, une réalité qui a eu de lourdes conséquences sur son essor. Depuis quelques années, des artistes et promoteurs de spectacles sont à l’œuvre pour hisser le show-biz national à un rang respectable. Un combat qui exige de la créativité et de l’originalité des artistes, du sérieux et de la vision des maisons de production, du soutien des mélomanes et de l’accompagnement du gouvernement.

Pema Neya (Stagiaire)

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